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HISTOIRE DU CONSULAT

ET DE L'EMPIRE

TOME XV

L'auteur déclare réserver ses droits à l'égard de la traduction en Langues étrangères, notamment pour les Langues Allemande, Anglaise, Espagnole et Italienne.

Ce volume a été déposé au Ministère de l'Intérieur (Direction de la Librairie) le 30 mars 1857.

PARIS. IMPRIMÉ PAR HENRI PLON, RUE GARANCIÈRE, 8.

HISTOIRE DU CONSULAT

ET DE L'EMPIRE

FAISANT SUITE

À L'HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

PAR M. A. THIERS

TOME QUINZIÈME

PARIS
PAULIN, LIBRAIRE-ÉDITEUR
60, RUE RICHELIEU
1857

HISTOIRE DU CONSULAT

ET DE L'EMPIRE.

LIVRE QUARANTE-SIXIÈME.

WASHINGTON ET SALAMANQUE.

Événements qui se passaient en Europe pendant l'expédition de Russie. -- Situation difficile de l'Angleterre; détresse croissante du commerce et des classes ouvrières; désir général de la paix. -- Assassinat de M. Perceval, principal membre du cabinet britannique. -- Sans la guerre de Russie, cette mort, quoique purement accidentelle, aurait pu devenir l'occasion d'un changement politique. -- À tous les maux qui résultent pour l'Angleterre du blocus continental s'ajoute le danger d'une guerre imminente avec l'Union américaine. -- Où en étaient restées les questions de droit maritime entre l'Europe et l'Amérique. -- Renonciation de la part des Américains au système de non-intercourse, en faveur des puissances qui leur restitueront les légitimes droits de la neutralité. -- Saisissant cette occasion, Napoléon promet de révoquer les décrets de Berlin et de Milan, si l'Amérique obtient le rappel des ordres du conseil, ou si à défaut elle fait respecter son pavillon. -- L'Amérique accepte cette proposition avec empressement. -- Négociation qui dure plus d'une année pour obtenir de l'Angleterre la révocation des ordres du conseil. -- Entêtement de l'Angleterre dans son système, et refus des propositions américaines, fondé sur ce que la révocation des décrets de Berlin et de Milan n'est pas sincère. -- Puériles contestations de la diplomatie britannique sur ce sujet. -- Napoléon ne se bornant plus à une simple promesse de révocation, rend le décret du 28 avril 1811, par lequel les décrets de Berlin et de Milan sont, par rapport à l'Amérique, révoqués purement et simplement. -- L'Angleterre contestant encore un fait devenu évident, les Américains sont disposés à lui déclarer la guerre. -- Dernières hésitations de leur part dues aux procédés malentendus de Napoléon, et aux dispositions des divers partis en Amérique. -- État de ces partis. -- Fédéralistes et républicains. -- Le président Maddisson. -- La guerre résolue d'abord pour 1811 est remise à 1812. -- Les violences redoublées de l'Angleterre, et surtout la presse exercée sur les matelots américains, décident enfin le gouvernement de l'Union. -- Le président Maddisson propose une suite de mesures militaires. -- Vive agitation dans le congrès, et déclaration de guerre à l'Angleterre. -- Importance de cet événement, et conséquences qu'il aurait pu avoir sans le désastre de Russie et sans les événements d'Espagne. -- État de la guerre dans la Péninsule. -- Dégoût croissant de Napoléon pour cette guerre. -- Situation dans laquelle il avait laissé les choses en partant pour la Russie, et résolution qu'il avait prise de déférer le commandement en chef au roi Joseph. -- Comment ce commandement avait été accepté dans les diverses armées qui occupaient la Péninsule. -- État des armées du Nord, de Portugal, du Centre, d'Andalousie et d'Aragon. -- Résistance à l'autorité de Joseph dans tous les états-majors, excepté dans celui de l'armée de Portugal, qui avait besoin de lui. -- Projets de lord Wellington, évidemment dirigés contre l'armée de Portugal. -- Joseph, éclairé par le maréchal Jourdan, son major général, discerne parfaitement le danger dont on est menacé, et le signale aux deux armées du Nord et d'Andalousie, qui sont seules en mesure de secourir efficacement l'armée de Portugal. -- Refus des généraux Dorsenne et Caffarelli, qui sont successivement appelés à commander l'armée du Nord. -- Refus du maréchal Soult, commandant en Andalousie, et ses longues contestations avec Joseph. -- Situation grave et difficile de l'armée de Portugal, placée sous l'autorité du maréchal Marmont. -- Opérations préliminaires de lord Wellington au printemps de 1812. -- Voulant empêcher les armées d'Andalousie et de Portugal de se porter secours l'une à l'autre, il exécute une surprise contre les ouvrages du pont d'Almaraz sur le Tage. -- Enlèvement et destruction de ces ouvrages par le général Hill les 18 et 19 mai. -- Après ce coup hardi, lord Wellington passe l'Aguéda dans les premiers jours de juin. -- Sa marche vers Salamanque. -- Retraite du maréchal Marmont sur la Tormès. -- Attaque et prise des forts de Salamanque. -- Retraite du maréchal Marmont derrière le Douro. -- Situation et force des deux armées en présence. -- Le maréchal Marmont, après avoir appelé à lui la division des Asturies, et réuni environ quarante mille hommes, n'attendant plus de secours ni de l'armée du Nord, ni de celle d'Andalousie, ni même de celle du Centre, se décide à repasser le Douro, afin de forcer les Anglais à rétrograder. -- Il espère les éloigner par ses manoeuvres, sans être exposé à leur livrer bataille. -- Passage du Douro, marche heureuse sur la Tormès, et retraite des Anglais sous Salamanque, à la position des Arapiles. -- Le maréchal Marmont essaye de manoeuvrer encore autour de la position des Arapiles, afin d'obliger lord Wellington à rentrer en Portugal. -- Au milieu de ces mouvements hasardés, les deux armées s'abordent, et en viennent aux mains. -- Bataille de Salamanque, livrée et perdue le 22 juillet. -- Le maréchal Marmont, gravement blessé, est remplacé par le général Clausel. -- Funestes conséquences de cette bataille. -- Pendant qu'on la livrait, le roi Joseph, qui n'avait pu décider les diverses armées à secourir celle de Portugal, avait pris le parti de la secourir lui-même, mais sans l'en avertir à temps. -- Inutile marche de Joseph sur Salamanque à la tête d'une force de treize à quatorze mille hommes. -- Il passe quelques jours au delà du Guadarrama, afin de ralentir les progrès de lord Wellington, et de dégager l'armée de Portugal vivement poursuivie. -- Grâce à sa présence et à la vigueur du général Clausel, on sauve les débris de l'armée de Portugal qu'on recueille aux environs de Valladolid. -- État moral et matériel de cette armée, toujours malheureuse malgré sa vaillance. -- Profond chagrin de Joseph menacé d'avoir bientôt les Anglais dans sa capitale. -- N'ayant plus d'autre ressource, il ordonne, d'après le conseil du maréchal Jourdan, l'évacuation de l'Andalousie. -- Ses ordres impératifs au maréchal Soult. -- Après avoir poursuivi quelques jours l'armée de Portugal, lord Wellington, ne résistant pas au désir de faire à Madrid une entrée triomphale, abandonne la poursuite de cette armée, et pénètre dans Madrid le 12 août. -- Joseph, obligé d'évacuer sa capitale, se retire vers la Manche, et, désespérant d'être rejoint à temps par l'armée d'Andalousie, se réfugie à Valence. -- Horribles souffrances de l'armée du Centre et des familles fugitives qu'elle traîne à sa suite. -- Elle trouve heureusement bon accueil et abondance de toutes choses auprès du maréchal Suchet. -- Le maréchal Soult, averti par Joseph de sa retraite sur Valence, se décide enfin à évacuer l'Andalousie, et prend la route de Murcie pour se rendre à Valence. -- Dépêches qu'il adresse à Napoléon afin d'expliquer sa conduite. -- Hasard qui fait tomber ces dépêches dans les mains de Joseph. -- Irritation de Joseph. -- Son entrevue avec le maréchal Soult à Fuente de Higuera le 3 octobre. -- Conférence avec les trois maréchaux Jourdan, Soult et Suchet sur le plan de campagne à suivre pour reconquérir Madrid, et rejeter les Anglais en Portugal. -- Avis des trois maréchaux. -- Sagesse du plan proposé par le maréchal Jourdan, et adoption de ce plan. -- Les deux armées d'Andalousie et du Centre réunies marchent sur Madrid vers la fin d'octobre. -- Temps perdu par lord Wellington à Madrid; sa tardive apparition devant Burgos. -- Belle résistance de la garnison de Burgos. -- L'armée de Portugal renforcée oblige lord Wellington à lever le siége de Burgos. -- Alarmé de la concentration de forces dont il est menacé, lord Wellington se retire de nouveau sous les murs de Salamanque, et y prend position. -- Pendant ce temps Joseph, arrivé sur le Tage avec les armées du Centre et d'Andalousie réunies, chasse devant lui le général Hill, l'expulse de Madrid, rentre dans cette capitale le 2 novembre, et en part immédiatement pour se mettre à la poursuite des Anglais. -- Son arrivée le 6 novembre au delà du Guadarrama. -- L'armée de Portugal, qui s'était arrêtée sur les bords du Douro, se joint à lui. -- Réunion de plus de quatre-vingt mille Français, les meilleurs soldats de l'Europe, devant lord Wellington à Salamanque. -- Heureuse occasion de venger nos malheurs. -- Plan d'attaque proposé par le maréchal Jourdan, approuvé par tous les généraux et refusé par le maréchal Soult. -- Joseph, craignant qu'un plan désapprouvé par le général de la principale armée ne soit mal exécuté, renonce au plan du maréchal Jourdan, et laisse au maréchal Soult le choix et la responsabilité de la conduite à tenir. -- Le maréchal Soult passe la Tormès à un autre point que celui qu'indiquait le maréchal Jourdan, et voit s'échapper l'armée anglaise. -- Lord Wellington n'ayant que quarante mille Anglais et tout au plus vingt mille Portugais et Espagnols, enveloppé par plus de quatre-vingt mille Français, réussit à se retirer sain et sauf en Portugal. -- Juste mécontentement des trois armées françaises contre leurs chefs, et leur entrée en cantonnements. -- Retour de Joseph à Madrid. -- Fâcheuses conséquences de cette campagne, qui, s'ajoutant au désastre de Moscou, aggravent la situation de la France. -- Joie en Europe, surtout en Allemagne, et soulèvement inouï des esprits à l'aspect des malheurs imprévus de Napoléon.

[En marge: Mai 1812.]

[En marge: Événements qui se passaient en Angleterre, en Amérique et en Espagne pendant la campagne de Russie.]

Pendant que s'accomplissait au nord de l'Europe la catastrophe sans exemple que nous venons de retracer, les rivages lointains de l'Atlantique, les plages brûlantes de l'Espagne étaient le théâtre d'événements moins extraordinaires sans doute, mais extrêmement graves, comme tous ceux qui découlaient de la politique exorbitante de Napoléon, et prouvant tout aussi évidemment la folie de cette politique. On y pouvait voir démontrée clairement cette vérité que nous avons déjà énoncée, que si au lieu d'aller chercher à vaincre l'Europe au fond de la Russie, Napoléon avait persévéré à la combattre sur le théâtre difficile, mais choisi par lui, de la Péninsule et de l'Atlantique, en conduisant à terme la guerre d'Espagne et le blocus continental, il eût probablement contraint l'Angleterre à céder, désarmé du même coup l'Europe entière, sinon pour toujours, du moins pour bien des années, et se serait ainsi ménagé le temps (la raison venant l'éclairer) de faire du faîte même de sa grandeur les sacrifices qui auraient rendu sa domination durable en la rendant supportable. Il faut donc avant de reprendre les suites de la fatale expédition de Russie, retracer les événements de l'Espagne et de l'Amérique pendant l'année 1812, les uns funestes, les autres inutilement heureux, tous effets de la même cause, la volonté mobile et désordonnée d'un génie immense mais sans frein.

[En marge: Continuation des embarras commerciaux de l'Angleterre.]

Lorsque Napoléon dégoûté de la guerre d'Espagne, au moment même où la persévérance aurait pu en corriger le vice, avait songé à porter ses forces au nord, la Grande-Bretagne était, comme on l'a vu, dans une situation des plus difficiles. Les succès obtenus par lord Wellington grâce à nos fautes avaient sans doute rendu en Angleterre quelque sérénité aux esprits, mais on y sentait tous les jours davantage les cruelles gênes imposées au commerce, on entrevoyait avec effroi le terme d'une puissance financière trop peu ménagée, et on pensait sans cesse au danger qui menacerait l'armée britannique, si jamais Napoléon dirigeait contre elle un effort décisif. La situation commerciale ne s'était point améliorée. D'énormes quantités de denrées coloniales en sucres, cafés, cotons, accumulées ou dans des docks, ou sur des vaisseaux qui obstruaient la Tamise; des quantités non moins considérables d'objets manufacturés ne sortant pas de chez les fabricants qui les avaient produits, ou de chez les spéculateurs qui les avaient achetés; les unes et les autres servant de motif à une vaste émission de papier de commerce, que la banque escomptait, et dont elle fournissait la valeur en papier-monnaie qui perdait 20 à 25 pour cent; une baisse continue du change résultant de cet état de choses, laquelle ne pouvait être arrêtée qu'au moyen d'une exportation illégale et continue de numéraire, à ce point qu'à Gravelines et Dunkerque seulement les smogleurs apportaient par mois plusieurs millions de guinées en or: telle était, avons-nous dit, la situation commerciale de l'Angleterre depuis quelques années. Des dépenses publiques qui commençaient à être de cent millions sterling par an (2 milliards 500 millions de francs) contre 90 millions sterling de ressources, dans lesquelles figurait un emprunt annuel de 20 millions sterling, constituaient la situation financière. La disette qui nous avait tourmentés cette année, n'avait pas moins sévi en Angleterre, et des bandes d'ouvriers brisant les métiers, égorgeant quelquefois les manufacturiers, demandant du pain avec des cris qui auraient fait trembler un gouvernement moins habitué aux clameurs d'un peuple libre, mais qui devaient émouvoir tout gouvernement sage et humain, ajoutaient le dernier trait à cette détresse, causée par une longue guerre au sein de la plus prodigieuse richesse qui eût encore paru sur notre globe.

[En marge: Désir général de la paix.]

[En marge: Longues hésitations du régent.]

Il est vrai que cent vaisseaux de guerre, deux cents frégates, portant sur toutes les mers un pavillon victorieux, qu'une armée de terre peu nombreuse, mais vaillante et sagement conduite, et enfin un cabinet qui seul en Europe n'avait pas subi les volontés despotiques de Napoléon, dédommageaient la glorieuse Angleterre de ses souffrances. Mais tous les gens sages reconnaissaient que cette situation cachait de grands périls, que si le génie redoutable auquel on avait affaire mettait quelque prudence et quelque suite dans ses desseins, il pouvait en continuant son blocus continental un an ou deux encore, réduire le commerce et les finances de l'Angleterre aux dernières extrémités, et terminer même l'interminable guerre d'Espagne, en jetant à la mer lord Wellington et sa brave armée. Cent mille des six cent mille hommes perdus en Russie, et la personne de Napoléon, auraient dans la Péninsule rendu ce résultat infaillible. Voilà ce que tout le monde sentait confusément, et ce que chacun exprimait avec le langage qui lui était propre. Les opposants du parlement britannique le disaient en langage de parti; le peuple le vociférait dans les rues de Londres à la façon de la populace; des ministres éclairés le disaient eux-mêmes dans le sein du cabinet anglais, et le marquis de Wellesley, frère du célèbre lord Wellington, personnage aussi clairvoyant qu'éloquent, partageant cet avis, était sorti du ministère par antipathie pour le caractère de M. Perceval et pour sa politique inflexible. Mais il y a une ornière de la guerre, ornière aussi profonde que celle de la paix quand on s'y est traîné longtemps, et dont alors on ne savait pas plus sortir en Angleterre qu'en France. On y était, on y restait, bien qu'on eût songé plus d'une fois à s'en tirer. Le résultat, il est vrai, devait donner raison à ceux qui s'obstinaient à rester dans cette ornière, mais avec un peu de sagesse de la part de Napoléon, il en eût été tout autrement.

[En marge: Mort de M. Perceval.]

Un sentiment honorable, mêlé à un sentiment intéressé, y retenait, il faut le reconnaître, le gros de la nation, c'était la sympathie qu'on avait conçue pour les insurgés espagnols, et le désir aussi d'empêcher Napoléon d'établir son influence dans la Péninsule. Si Napoléon avait fait un sacrifice à cet égard, ou bien si par une victoire décisive il eût dégagé l'honneur de l'Angleterre envers les Espagnols, la paix eût été immédiatement acceptée, avec de prodigieux agrandissements pour la France. Deux hommes seulement manifestaient en Angleterre une résolution inébranlable, c'étaient M. Perceval et lord Wellington. Le premier, avocat habile, coeur honnête, mais esprit étroit et indomptable, désagréable même à ses collègues par son entêtement, et devenu par ce défaut, ou cette qualité, le véritable chef du cabinet, ne voulait pas céder, uniquement par opiniâtreté de caractère. Lord Wellington, par l'intérêt de sa gloire qui grandissait tous les jours dans la Péninsule, et par une sagacité profonde qui lui faisait démêler dans la conduite des affaires d'Espagne un commencement de déraison, signe ordinaire de la fin des dominations exorbitantes, lord Wellington voulait persévérer, et disait que sans être assuré de se maintenir toujours dans la Péninsule, il croyait entrevoir cependant que le vaste empire de Napoléon approchait de sa ruine. Le prince régent, arrivé depuis une année au gouvernement de l'État, hésitait entre les chefs de l'opposition, ses anciens amis, et les ministres, anciens dépositaires de la confiance de son père. Peu à peu il s'était habitué à ceux-ci, et s'était refroidi pour ceux-là; mais il sentait le danger de s'obstiner dans le système d'une guerre sans terme, et le danger aussi de remettre soudainement le pouvoir aux mains d'hommes qui n'avaient jamais dirigé cette guerre, qui la condamnaient même, dans un moment où pour la bien finir il fallait peut-être savoir y persévérer quelque temps encore. Au milieu de ces perplexités, il avait essayé au commencement de 1812, comme nous l'avons dit ailleurs, de ménager entre les ministres et les lords Grey et Grenville un rapprochement qu'il désirait beaucoup, et qu'il n'était point parvenu à opérer. Tout à coup un événement imprévu, qui dans toute autre situation aurait certainement amené un changement de pouvoir en Angleterre, avait fait disparaître de la scène le principal ministre, par un crime étrange, auquel on ne put découvrir d'autre cause que la folie d'un individu. Le nommé Bellingham, espèce de maniaque, qui croyait avoir rendu en Russie des services à son pays, qui ne cessait d'en réclamer le prix tantôt auprès de l'ambassadeur, lord Gower, tantôt auprès des membres du cabinet, et qui tous les jours assiégeait les avenues du parlement pour intéresser à sa cause des protecteurs puissants, résolut de tuer l'un des personnages qu'il avait sollicités en vain. Celui qu'il aurait voulu immoler à sa vengeance était lord Gower. Il rencontra M. Perceval, et le tua d'un coup de pistolet. Il se constitua lui-même prisonnier, s'avoua coupable, et mourut avec la tranquillité d'un insensé. On avait cru d'abord à un crime politique; on se convainquit bientôt du contraire; néanmoins quelque chose de politique apparut dans ce crime, ce furent les cris féroces d'une populace exaspérée par la souffrance, et donnant des témoignages d'intérêt au misérable qui avait frappé un homme illustre, justiciable de l'histoire, mais non du poignard des assassins.

[En marge: Sans la guerre de Russie, qui fit naître de nouvelles espérances, la mort de M. Perceval eût amené un changement de politique.]

Si un pareil événement avait eu lieu avant qu'on pût prévoir la guerre de Russie, probablement il eût amené un changement de système. Mais M. Perceval avait été frappé le 11 mai, au moment même où Napoléon marchait vers le Niémen, et cette guerre qui ouvrait des perspectives toutes nouvelles à la vieille politique de M. Pitt, ne permettait pas qu'on changeât de direction. En confiant les affaires extérieures à lord Castlereagh, le prince régent avait manifesté sa résolution de persévérer dans la politique de MM. Pitt et Perceval.

C'était une première chance heureuse que l'expédition de Russie enlevait à Napoléon. Il allait voir s'en évanouir une autre non moins regrettable, c'était celle qui aurait pu naître de la guerre imminente entre l'Angleterre et l'Amérique.

[En marge: Imminence d'une guerre entre l'Angleterre et l'Amérique.]

Cette guerre, toujours possible, toujours probable depuis plus d'un an, venait enfin d'être déclarée.

Si Napoléon pour soumettre aux rigueurs du blocus continental les puissances du continent, était condamné à les froisser cruellement, l'Angleterre pour exercer son despotisme sur les mers, était condamnée aussi à froisser non moins cruellement les puissances maritimes. Pour obliger en effet toutes les nations commerçantes à venir toucher à Londres ou à Malte, y recevoir permission de naviguer, y payer tribut, s'y charger de marchandises anglaises; pour les obliger à reconnaître comme bloqués des ports qui ne l'avaient jamais été, même par des forces illusoires, il fallait exercer une tyrannie insupportable sur mer, et tout aussi odieuse que celle de Napoléon sur terre. Si Napoléon sous prétexte de fermer au commerce britannique une portion de rivage, s'en emparait, témoin la Hollande, Oldenbourg, les villes anséatiques, l'Angleterre ne pouvant prendre possession de l'Océan, s'y arrogeait des droits qui valaient bien les usurpations territoriales de Napoléon, et qui devaient tôt ou tard révolter les nations intéressées à la liberté des mers.

[En marge: Excès de pouvoirs commis par l'Angleterre sur les mers, et assez semblables à ceux que Napoléon se permet sur le continent.]

C'était là une des circonstances dont Napoléon aurait pu profiter, et qui lui aurait procuré des alliés, comme il en donnait à l'Angleterre par les rigueurs du blocus continental, s'il avait su en quoi que ce soit attendre les bienfaits du temps.

La plupart des puissances maritimes de l'ancien monde, absorbées dans son immense empire, avaient disparu. Mais au delà de l'Atlantique il en restait une inaccessible aux armées européennes, grandissant en silence, acquérant chaque jour des forces qu'on soupçonnait, sans les connaître, c'était l'Amérique, véritable Hercule au berceau, qui devait étonner l'univers dès qu'il ferait un premier essai de sa vigueur naturelle. On se rappelle l'attitude qu'avaient prise à son égard l'Angleterre et la France, à propos du droit maritime, soutenu par l'une, contesté par l'autre, et il semblait que toutes deux fissent assaut de fautes sur ce théâtre où elles auraient eu tant d'intérêt à se bien conduire. Mais le cabinet britannique ayant même surpassé les fautes de Napoléon, la balance allait enfin verser en faveur de ce dernier, et la guerre s'était détournée de la France pour assaillir l'Angleterre, conjoncture bien heureuse, si quelque chose avait pu être heureux encore, lorsque toutes nos ressources venaient de s'engloutir dans l'abîme du Nord.

[En marge: L'Amérique révoque l'acte de non-intercourse, et déclare qu'elle rétablira ses relations commerciales avec celle des puissances belligérantes qui renoncera à ses prétentions arbitraires sur les mers.]

On a vu plus haut comment l'Amérique révoltée par les ordres du conseil, qui exigeaient qu'on touchât à Londres ou à Malte pour obtenir la permission de naviguer, et qui frappaient d'interdit de vastes étendues de rivages sans l'excuse du blocus réel, avait été presque aussitôt froissée par les décrets de Berlin et de Milan, qui déclaraient dénationalisé tout bâtiment ayant déféré aux prescriptions du conseil britannique, et comment indignée également de ces deux tyrannies, dont l'une pourtant était la suite inévitable de l'autre, elle avait répondu d'une manière égale à toutes deux, en leur opposant l'acte de non-intercourse. On se souvient que cet acte défendait aux navigateurs américains de fréquenter les mers d'Europe, mais que beaucoup de ces navigateurs, enfreignant les règlements de leur pays, avaient, par l'appât d'un gros bénéfice, subi les lois, le pavillon, la souveraineté de l'Angleterre, et fourni cette race de faux neutres, dont Napoléon avait fait de si larges captures, et dont il avait voulu obliger tous les États, même la Russie, à faire leur butin. On se souvient encore qu'après moins de deux années de ce régime, l'Amérique dégoûtée de se punir elle-même pour punir les autres, avait enfin changé de système, et déclaré qu'elle était prête à rentrer en relations commerciales avec celle des deux puissances belligérantes qui renoncerait à toute prétention tyrannique sur les mers.

[En marge: Napoléon saisit cette occasion, et révoque les décrets de Berlin et de Milan à l'égard des Américains, à condition qu'ils feront respecter leurs droits par l'Angleterre.]

Napoléon avait habilement saisi cette circonstance, et déclaré qu'à partir du 1er novembre 1810 les décrets de Berlin et de Milan seraient levés pour l'Amérique, si celle-ci obtenait par rapport à elle-même la révocation des ordres du conseil, ou si, ne le pouvant pas, elle faisait respecter ses droits. C'était une déclaration conditionnelle, incomplète dans sa forme, car Napoléon n'avait pas encore émis de décret, incomplète dans ses effets, car il ne restituait pas immédiatement aux Américains tous les droits de la neutralité, mais très-sincère, et qu'il était résolu à faire suivre d'effets sérieux, à condition que les Américains se conduiraient convenablement envers nous et envers eux-mêmes, c'est-à-dire qu'ils exigeraient la révocation des ordres du conseil, ou déclareraient la guerre à l'Angleterre. Napoléon, avec des ménagements qu'il n'avait pas toujours pour la dignité d'autrui, s'était abstenu de prononcer le mot de guerre à l'Angleterre, pour ne pas dicter trop ouvertement à l'Amérique la conduite qu'elle avait à tenir, et il s'était renfermé dans la formule plus générale, mais suffisamment significative, que nous venons de rapporter, formule qui n'imposait à l'Amérique d'autre obligation que celle de faire respecter ses droits.

[En marge: L'Amérique accepte la déclaration de Napoléon, rétablit les relations commerciales avec la France, et les laisse suspendues avec l'Angleterre.]

[En marge: Modifications illusoires apportées par l'Angleterre à ses ordres du conseil.]

[En marge: Prétentions dans lesquelles persiste l'Angleterre.]

[En marge: La presse exercée à l'égard des matelots américains.]

L'Amérique s'empressant d'accueillir cette ouverture, avait déclaré, par un acte du 2 mars 1811, tous les rapports maritimes rétablis avec la France, et l'acte de non-intercourse maintenu envers l'Angleterre, jusqu'à ce que celle-ci révoquât ses ordres du conseil. À cette nouvelle le cabinet britannique, s'obstinant par amour-propre bien plus que par intérêt, dans ses ordres du conseil, les avait modifiés dans quelques-unes de leurs dispositions, sans les abroger en principe. Ainsi il avait cessé d'imposer aux bâtiments de commerce la relâche à Londres ou à Malte; il avait restreint aussi son système de blocus, et s'était borné à déclarer bloquées les côtes de l'Empire français, depuis l'Elbe jusqu'à Saint-Sébastien dans l'Océan, depuis Port-Vendre jusqu'à Cattaro dans la Méditerranée et l'Adriatique, et quant à la prétention de confisquer la propriété ennemie sur les bâtiments neutres, il l'avait maintenue sans restriction. C'était retenir à peu près tout entière la tyrannie maritime que l'Angleterre s'était arrogée, car si l'obligation d'aller à Londres cessait, si le blocus sur le papier était un peu moins étendu, en réalité la prétention de visiter les neutres autrement que pour constater la sincérité du pavillon, et de rechercher à leur bord la propriété ennemie, la prétention de leur interdire tel ou tel port qui n'était pas bloqué effectivement, constituaient justement toutes les usurpations dont ils s'étaient plaints, et qui avaient amené en représaille les décrets de Berlin et de Milan. Si en droit les violations de principes étaient tout aussi flagrantes, en fait elles étaient tout aussi incommodes, car la visite exercée contre le pavillon neutre servait non-seulement à saisir chez les Américains les soieries, les vins, tout ce qui faisait l'objet de leur commerce avec la France, sous prétexte que c'était propriété ennemie, mais donnait occasion à une vexation insupportable, la presse des matelots. Les Anglais en effet prétendaient avoir le droit de poursuivre les matelots anglais déserteurs de leur patrie, en quelque lieu qu'ils les trouvassent. En conséquence, après avoir recherché sur les bâtiments américains tout ce qui pouvait paraître marchandise française, ils enlevaient encore les matelots américains, sous prétexte que parlant anglais ils étaient Anglais. Cette dernière vexation était devenue intolérable. Tout bâtiment portant une marchandise française en était dépouillé; tout matelot parlant anglais était arrêté comme déserteur, et plusieurs frégates anglaises exerçaient ce droit sur les rivages mêmes d'Amérique, à la vue des populations indignées. Sans doute il pouvait y avoir en Amérique quelques matelots anglais déserteurs, car dans tous les pays qui sont en état de guerre, il arrive qu'un certain nombre de matelots émigrent pour ne pas être arrachés au commerce, toujours plus lucratif pour eux que la guerre. Mais heureusement pour l'honneur des nations, c'est le moindre nombre qui agit de la sorte. Or, on évaluait à plus de six mille les matelots dont la capture était légalement constatée, ce qui donnait lieu de croire qu'on en avait enlevé le double au moins sur les bâtiments américains, en supposant qu'ils étaient Anglais. Si donc au droit de visite ainsi exercé, on ajoute le blocus de l'Empire français, qui comprenait alors la meilleure partie de l'Europe civilisée, on conviendra que le commerce de l'Europe restait impossible aux Américains, et que les dispenser de venir prendre à Londres ou à Malte la permission de naviguer, que restreindre quelque peu en leur faveur le blocus général, c'était laisser subsister la tyrannie des mers tout entière. Autant valait pour un Américain subir une relâche à Londres, car au moyen de cette relâche il obtenait une licence avec laquelle il avait ensuite la faculté d'aller où il voulait, et de faire au moins le commerce britannique à défaut d'autre.

[En marge: Longue controverse entre l'Angleterre et l'Amérique.]

Les Américains connaissaient trop le droit maritime et leurs propres intérêts pour ne pas relever à l'instant ces intolérables prétentions, et montrer tout ce qu'avaient d'illusoire les prétendues modifications apportées aux ordres du conseil. La presse de leurs matelots surtout, obstinément continuée à l'embouchure de la Chesapeak et de la Delaware, par des frégates anglaises dont on entendait le canon, était, chaque fois qu'elle s'exerçait, l'occasion d'un cri unanime, et le sujet des plus véhémentes réclamations. Toute l'année 1811, employée par Napoléon à faire une guerre négligée dans la Péninsule, et à préparer une guerre fatale en Russie, avait été pour les Anglais et les Américains remplie de cette contestation, parvenue bientôt au dernier degré de violence. Lord Castlereagh soutenait avec une arrogance incroyable, et une obstination sophistique peu digne de l'Angleterre, que les modifications apportées aux ordres du conseil étaient considérables, plus considérables que celles que Napoléon avait apportées aux décrets de Berlin et de Milan; qu'en réalité ces décrets n'avaient pas été révoqués, que l'Amérique ne pouvait pas fournir la preuve de cette révocation, que tous les jours on avait la démonstration du contraire dans l'arrestation de nombreux bâtiments américains par la marine française; qu'enfin en demandant pour le pavillon neutre la liberté de transporter ce qu'il voudrait, sauf la contrebande de guerre, on demandait tout simplement la libre circulation des produits français dans le monde entier, vins, soieries, etc., et qu'en retour les Américains n'avaient pas obtenu la libre circulation des produits anglais. Quant à la presse des matelots, lord Castlereagh se montrait inflexible, et ne voulait à aucun prix renoncer à l'exercer, disant qu'en fait d'hommes de mer, lesquels constituaient la plus précieuse des propriétés britanniques, l'Angleterre prenait son bien partout où elle le trouvait.

Les Américains répondaient avec raison que les modifications apportées aux ordres du conseil étaient nulles, lorsqu'on se réservait la faculté de rechercher la propriété ennemie sous le pavillon neutre, et lorsqu'on maintenait en outre le blocus fictif; que la révocation des décrets de Berlin et de Milan était un acte qui les concernait exclusivement, de la sincérité duquel ils étaient seuls juges, puisqu'il s'appliquait à leur commerce et non à celui d'autrui; que d'ailleurs ils avaient dans les mains la déclaration officielle du ministère français, prête à être convertie en décret dès que la condition exigée par la France serait remplie par l'Amérique; qu'à la vérité quelques procédés arbitraires, résultant d'une situation indéterminée, résultant surtout des violences britanniques, étaient encore à déplorer de la part de la France, que c'était à l'Amérique à les faire cesser, et qu'elle y pourvoirait; qu'en tout cas la révocation des décrets de Napoléon la regardait, qu'elle y croyait, que cela suffisait pour qu'elle pût demander un acte semblable à l'Angleterre; que relativement au reproche de n'avoir pas obtenu de la France la libre circulation des marchandises anglaises, ce reproche était puéril, et indigne de toute controverse sérieuse; qu'en effet, l'Amérique en réclamant la liberté pour le neutre de charger à son bord ce qu'il voulait, ne demandait pas à introduire en Angleterre par exemple des vins ou des soieries de France, ce qui eût été une prétention impertinente, mais à porter par toutes les mers des soieries et des vins aux peuples auxquels il conviendrait de recevoir ces objets; que c'était là le droit incontestable de toute nation neutre, car elle ne devait pas souffrir de la guerre, n'y prenant aucune part; que ce droit elle le réclamait, et allait l'obtenir de la France par la révocation des décrets de Berlin et de Milan; qu'elle pourrait dès lors à la face du pavillon français porter sur ses bâtiments et sur toutes les mers des cotonnades anglaises par exemple, les offrir à tous les pays qui en désiraient, mais qu'elle ne pouvait exiger de ces pays, et de la France notamment, qu'ils les reçussent, car la liberté du pavillon n'était pas la liberté du commerce; elle était la faculté de porter ce qu'on voulait à qui voulait le recevoir, mais non la faculté d'introduire chez autrui ce qu'il ne lui convenait pas d'admettre sur son territoire; que se plaindre de ce que la diplomatie américaine n'avait pas obtenu davantage, de ce qu'elle n'avait pas exigé de la France la libre introduction des produits anglais, était déraisonnable jusqu'à la puérilité, et que ce n'était pas traiter sérieusement que de prétendre en faire un grief.

Quant à la presse des matelots, les Américains ajoutaient que si la désertion était un délit que les Anglais avaient incontestablement le droit de poursuivre et de punir sur leur territoire, ils ne pouvaient pas le poursuivre sur le territoire d'autrui; que sur les mers, qui sont à tous et à personne, un bâtiment couvert de son pavillon national était territoire national, que c'était là un principe reconnu par tous les peuples; que, dès lors, rechercher un matelot, Anglais ou non, sur un bâtiment américain était un fait aussi révoltant que le serait celui d'un constable anglais voulant saisir à Washington même un coupable anglais, et lui faire subir ou une loi anglaise ou un jugement anglais; que c'était là purement et simplement une violation de territoire; qu'enfin tous les droits d'un gouvernement poursuivant un coupable de sa nation sur le sol étranger, se réduisaient à réclamer l'extradition, ce qui ne pouvait s'obtenir qu'en vertu de stipulations spéciales et réciproques, appelées traités d'extradition.

[En marge: L'exaspération des Américains contre la Grande-Bretagne les aurait amenés à lui déclarer immédiatement la guerre, si Napoléon ne leur avait lui-même fait subir des rigueurs intempestives.]

Ces principes étaient tellement clairs, que lord Castlereagh et ses légistes furent réduits au silence, et que dès l'année 1811 la guerre eût été déclarée à l'Angleterre par les États-Unis, circonstance alors des plus heureuses pour nous, si des rigueurs moins graves sans doute, mais fâcheuses encore, exercées par la France, n'avaient fourni aux partisans de l'influence britannique en Amérique et aux amis exagérés de la paix des arguments spécieux contre la guerre.

Napoléon n'avait pas voulu révoquer immédiatement ses décrets, et s'était borné à une simple promesse formelle de les révoquer, dès que l'Amérique aurait fait quelque chose de significatif contre l'Angleterre. L'acte américain du 2 mars 1811, qui rétablissait les rapports commerciaux avec la France, et les laissait suspendus avec l'Angleterre, ayant été connu en Europe, Napoléon y répondit par un acte du 28 avril 1811, qui révoquait les décrets de Berlin et de Milan par rapport à l'Amérique. Cet acte officiel causa une vive sensation aux États-Unis, et fit tomber la principale des assertions anglaises, au point de ne pas permettre de la reproduire. Malheureusement Napoléon détruisit en partie ce bon effet, en maintenant encore certaines exceptions au droit pur des neutres, et en imposant au commerce américain certaines gênes singulièrement incommodes.

[En marge: Maintien des saisies prononcées en France contre les cargaisons américaines.]

D'abord il ne voulut pas restituer les fameuses cargaisons américaines capturées en Hollande, parce qu'elles avaient une grande valeur, et qu'elles appartenaient d'ailleurs à cette classe d'Américains qui s'étaient faits les complaisants du commerce britannique, et pour lesquels il avait plus d'aversion que pour les Anglais eux-mêmes. Il donnait à l'appui de cette rigueur deux bonnes raisons, premièrement que les propriétaires de ces cargaisons se trouvant en Europe contrairement à l'acte de non-intercourse, y étaient en violation des lois de leur pays, et devaient dès lors être considérés comme dénationalisés; secondement, qu'à la même époque on avait arrêté en Amérique des bâtiments français, pour violation de l'acte de non-intercourse, et que l'arrestation des Français autorisait naturellement celle des Américains. À la vérité, les Français saisis étaient au nombre de trois ou quatre, et les Américains au nombre de plusieurs centaines. Mais en fait d'honneur, disait Napoléon, on ne comptait pas, et mille Américains capturés ne compensaient pas à ses yeux un seul Français maltraité dans les ports de l'Union. Toutefois il avait consenti à restituer les quelques Américains saisis depuis la déclaration du 1er novembre 1810, c'est-à-dire depuis l'offre faite à l'Amérique de révoquer les décrets de Berlin et de Milan, si elle acceptait les conditions mises à cette révocation.

[En marge: Diverses restrictions au droit des neutres maintenues par Napoléon.]

Quant au droit des neutres, Napoléon, en le rétablissant au profit des Américains, avait laissé subsister diverses exceptions. Il renonçait complétement à la faculté de rechercher la propriété ennemie sous le pavillon neutre, et admettait que le pavillon couvrant la marchandise, le neutre pouvait porter ce qu'il voulait en tous lieux. Il renonçait à rechercher si un bâtiment américain avait touché à Londres ou à Malte; il renonçait également à tous les blocus fictifs, mais il prétendait encore saisir un Américain qui serait trouvé sous convoi anglais, comme devenu ennemi par cette association; il prétendait en outre, les Anglais persistant à bloquer les rivages de France, interdire à tout bâtiment l'accès des rivages d'Angleterre, ne s'adressant pas en cela, disait-il, aux Américains, mais aux rivages d'Angleterre, en représaille de ce qui se faisait contre les rivages de France. Enfin, ayant des armées devant Lisbonne et Cadix, il soutenait que porter des farines à Lisbonne et à Cadix c'était violer un blocus réel, et il avait prescrit de l'empêcher. Ces restrictions au droit pur des neutres étaient fort soutenables, mais leur utilité réelle ne valait pas le mauvais effet qu'elles devaient produire en Amérique.

[En marge: Précautions gênantes imposées au commerce américain.]

Quant au commerce, Napoléon, toujours soigneux en admettant en France les Américains de n'y introduire ni des bâtiments anglais ni des produits anglais, avait imaginé des précautions extrêmement minutieuses. D'abord il n'avait permis que deux points de départ, New-York et la Nouvelle-Orléans, et trois points d'arrivée, Bordeaux, Nantes et le Havre. Il avait exigé que chaque cargaison fût, avant le départ d'Amérique, vérifiée et inventoriée par ses consuls, pour qu'il n'y eût pas en route substitution de valeur et de qualité. En outre il avait désigné les matières qu'on pourrait importer en France, en avait exclu le sucre et le café, qui sont d'origine toujours douteuse, et avait voulu qu'en retour des marchandises introduites, les Américains fussent tenus d'exporter un tiers de la valeur de ces marchandises en vins, et deux tiers en soieries. Enfin il avait soumis les objets importés d'Amérique au fameux tarif du 5 août 1810, lequel consistait à substituer un droit de 50 pour cent à la prohibition absolue prononcée contre tous les produits exotiques.

Lorsque les Américains admis dans nos ports y trouvèrent ces gênes, relativement aux points de départ et d'arrivée, relativement à la nature des marchandises qu'ils pouvaient introduire, à la nature et à la proportion de celles qu'ils étaient tenus d'exporter, ils se plaignirent vivement d'un commerce chargé de pareilles entraves, et malheureusement leurs plaintes portées aux États-Unis devaient y produire un retentissement fâcheux. Napoléon, en effet, se privait pour un bien petit avantage d'un résultat politique fort important, celui d'une déclaration de guerre de l'Amérique à l'Angleterre. Tout en ayant raison de ne pas vouloir laisser s'infiltrer les produits anglais en France par le moyen des neutres, il était bien certain qu'une fois la guerre déclarée les Américains ne puiseraient guère la matière de leurs importations dans les entrepôts britanniques. De plus, en exigeant des constatations bien faites par des consuls d'une probité rigoureuse, il aurait pu se dispenser de restreindre à deux ports en Amérique, à trois ports en France, les points de départ et d'arrivée, car c'était rendre aux Anglais le blocus de nos rivages trop facile, que de réduire à trois le nombre des points à bloquer. Quant aux marchandises, la plupart, comme les bois, les tabacs, les farines, étaient tellement propres aux États-Unis, les autres, comme les cotons, avaient des signes tellement certains de leur origine, qu'il n'y avait pas à craindre la substitution pendant la traversée du produit anglais au produit américain. Quant aux sucres et cafés, comme il en fallait absolument une certaine quantité en France, et que Napoléon permettait même d'aller les chercher en Angleterre au moyen des licences, il eût été bien plus simple de les recevoir des Américains, dussent ces derniers les prendre dans les colonies anglaises. Enfin, quant à l'obligation d'acheter une certaine proportion de vins et de soieries de France, il fallait ne pas tant s'occuper de Bordeaux et de Lyon, car c'était leur nuire par trop de sollicitude, et il suffisait de s'en fier aux Américains du soin de choisir ceux de nos produits qu'ils pourraient exporter avec le plus d'avantage.

Le premier intérêt, celui qui l'emportait sur tous les autres, même par rapport au blocus continental, c'était d'amener la guerre entre l'Amérique et l'Angleterre. Dût-il en résulter quelque fraude, il fallait à tout prix amener cette guerre, car à l'instant les Anglais perdaient leur commerce avec l'Amérique, qui était encore de deux cents millions, et rien ne pouvait les dédommager d'une telle perte. De plus, la suppression du pavillon américain comme intermédiaire était pour eux un dommage d'un autre genre, qui valait tous les sacrifices momentanés qu'on s'imposerait en faveur de l'Amérique. Lorsque par exemple nous obligions les Suédois, les Danois, les Prussiens à déclarer la guerre aux Anglais, ils cédaient à la violence, et ne se livraient qu'à de feintes hostilités. Mais une fois le premier coup de canon tiré entre l'Amérique et l'Angleterre, une haine nationale ardente devait s'allumer entre elles, le pavillon américain devait cesser d'être le complaisant de la marine britannique, et se figure-t-on ce que serait devenu pour l'Angleterre le blocus continental, si les Américains ne s'étaient plus offerts pour déjouer ce blocus, en prêtant aux Anglais leur prétendu pavillon neutre?

[En marge: Les procédés de la France envers l'Amérique servent d'arguments aux partisans de l'Angleterre.]

En vue d'obtenir un tel résultat, aucun sacrifice ne devait nous coûter, et il était évident que pour l'obtenir il fallait d'abord faire cesser toute plainte fondée des Américains contre nous, afin que leur irritation fût exclusivement tournée contre l'Angleterre, et ensuite leur faire espérer, en dédommagement du commerce qu'ils allaient perdre avec l'Angleterre, un large commerce avec la France. Malheureusement, par défiance, par orgueil, par entêtement, Napoléon se défendait contre les concessions qu'on lui demandait, ne les accordait qu'une à une, et souvent même en détruisait l'effet par des rigueurs intempestives. Aussi lorsque dans le congrès américain les partisans de la guerre citaient les vaisseaux arrêtés par les Anglais, ou ceux à bord desquels on avait exercé la presse, les partisans de la paix citaient en réponse les vaisseaux américains arrêtés par la marine française aux bouches de la Tamise ou du Tage; et lorsqu'on voulait faire luire à leurs yeux le vaste commerce de l'Empire français en compensation du commerce britannique, ils citaient les deux ports d'où l'on pouvait partir d'Amérique, les trois ports où l'on pouvait aborder en France, et les gênes, les tarifs excessifs qu'on était exposé à y rencontrer.

[En marge: État des partis en Amérique.]

L'état des esprits aux États-Unis, la division des partis dans cette contrée libre, compliquaient encore cette situation. Alors comme plus anciennement, et comme plus tard, l'Amérique du Nord était divisée en fédéralistes et en démocrates.

[En marge: Les fédéralistes, leur caractère et leurs opinions.]

Les premiers, bien qu'ayant autrefois voulu la guerre contre l'Angleterre pour l'affranchissement du sol américain, étaient revenus, cet affranchissement obtenu, à une sorte de prédilection pour l'ancienne mère patrie, et désiraient le commerce avec elle, l'alliance avec sa politique, n'étant ni honteux ni fâchés d'une ingratitude à l'égard de la France. Leurs intérêts et leurs opinions étaient la double cause de ces penchants. Établis presque tous sur les côtes nord-est de l'Amérique, à Philadelphie, à New-York, à Boston, ils étaient d'anciens négociants anglais, intermédiaires naturels du commerce avec l'Angleterre, et voulaient que l'Amérique consommât surtout les produits britanniques dont ils étaient les importateurs et les trafiquants. Ne produisant ni coton, ni sucre, ni tabac, ni grains, ni bois, comme les colons de l'intérieur, ils se souciaient peu de trouver des débouchés à ces produits, et ne s'inquiétaient que du commerce anglais dont ils étaient les agents. Tels étaient leurs intérêts; quant à leurs opinions, elles s'expliquaient tout aussi simplement. Négociants riches, ayant les moeurs, les goûts, les idées du grand commerce anglais dont ils étaient issus, ils avaient les opinions réservées, sévères d'une aristocratie commerciale, aimaient la politique sage, mesurée, conservatrice de Washington, inclinaient fort à celle de M. Pitt, et ressemblaient singulièrement à cette puissante cité de Londres, qui avait toujours formé la clientèle de l'illustre ministre anglais. Quant à ce qui regardait spécialement l'Amérique, ils désiraient un ordre de choses régulier, soutenaient volontiers le gouvernement fédéral, et désiraient se maintenir en paix avec toutes les puissances. La France de Louis XVI leur convenait à peine, celle de la Convention pas du tout, et celle de Napoléon fort peu. Ils déploraient les rigueurs de l'Angleterre envers leur commerce; mais ils aimaient mieux les souffrir que de se mettre en guerre avec elle, et surtout n'avaient aucune confiance dans le gouvernement de Napoléon, qu'ils trouvaient à la fois révolutionnaire, despotique, ambitieux, et perturbateur au plus haut point.

[En marge: Les démocrates.]

Les démocrates ou républicains, comme on les appelait à cette époque voisine encore de la proclamation de la république, étaient par leurs intérêts et leurs opinions exactement le contraire des fédéralistes. Colons de l'intérieur pour la plupart, répandus dans la Virginie, la Caroline, l'Ohio, le Kentucky, territoires riches en cotons, en tabacs, en sucres, en céréales, en bois de toute espèce, ils avaient intérêt à commercer avec la France, qui avait grand besoin des produits de leur agriculture. Ayant les goûts de nos colons des Antilles plutôt que ceux des négociants anglais, ils préféraient nos produits à ceux de l'Angleterre, et enfin avec les moeurs des planteurs ils en avaient les opinions, et étaient portés aux idées immodérément libérales. Ardents autrefois à provoquer la révolte contre l'Angleterre, ardents à désirer, à poursuivre l'indépendance de l'Amérique, ils avaient, à la différence des fédéralistes, continué à haïr l'Angleterre même après en avoir triomphé, et voulaient achever l'oeuvre de leur indépendance en s'affranchissant du commerce, des usages, de l'alliance de l'ancienne métropole. Naturellement ils portaient à la France la bienveillance qu'ils refusaient à la Grande-Bretagne, lui conservaient une vive reconnaissance des services qu'ils en avaient reçus, lui pardonnaient aisément ses excès révolutionnaires, dont ils avaient été moins révoltés que les fédéralistes, et, quoiqu'elle fût tombée sous un despotisme passager, voyaient toujours en elle la nation active, entreprenante, destinée en tout temps à précipiter les mouvements de l'esprit humain. Irrités au plus haut point des outrages faits à leur pavillon, ils étaient impatients de les venger; ambitieux, ils tenaient à conquérir le Canada, poussaient par ces motifs à la guerre avec l'Angleterre, et formaient des voeux pour que la France, en ouvrant largement ses ports à leur commerce, reçût leurs produits agricoles du sud et de l'ouest, et fournît ainsi des arguments à leur polémique véhémente et passionnée.

[En marge: Arguments que les uns et les autres tirent de la conduite de l'Angleterre et de la France à l'égard de l'union américaine.]

Dès que des nouvelles arrivées d'Europe apportaient la connaissance de quelques excès commis par les Anglais, les démocrates triomphaient, et lorsqu'au contraire on apprenait que les Français avaient arrêté encore quelque bâtiment américain, les fédéralistes disaient qu'à être justes il faudrait déclarer la guerre aux deux puissances, et que ne pouvant sans folie la faire à toutes deux, il fallait ne la faire à aucune. Les démocrates répliquaient qu'il n'y avait que des gens sans honneur, sans patriotisme, qui pussent souffrir la presse de leurs matelots, la violation de leur pavillon, qu'anciens colons de l'Angleterre les fédéralistes voulaient le redevenir; et les fédéralistes ainsi injuriés répondaient aux démocrates qu'ils étaient des brouillons asservis à l'influence française.

[En marge: Caractère et politique de M. Maddisson.]

Le chef du pouvoir exécutif en ce moment était M. Maddisson, ami et disciple de Jefferson, démocrate modéré, instruit, clairvoyant, rompu aux affaires, et trouvant dans ses lumières personnelles un correctif aux opinions trop vives de son parti. Convaincu de bonne foi que l'Amérique avait bien plus d'intérêt à s'allier avec la France qu'avec l'Angleterre, que, tout en voulant rester en paix, afin de recueillir les immenses profits de la neutralité, il fallait au moins faire respecter les droits de cette neutralité, il regardait une guerre avec l'Angleterre comme tôt ou tard inévitable; mais il voulait y être forcé par l'opinion, y être secondé par la France, et recevoir de celle-ci en avantages commerciaux le prix du courage qu'on mettrait à défendre la cause du droit maritime. Sage, mais aimant le pouvoir, il avait une ambition, la seule jusqu'ici connue chez les présidents de l'Union, celle d'obtenir une seconde élection, d'étendre ainsi de quatre à huit années la durée de leur présidence, ce qui avait déjà été la récompense et la gloire de Washington et de Jefferson, le terme de leurs modestes et patriotiques désirs. Mais s'il avait devant les yeux l'exemple de ces deux hommes illustres, il avait aussi celui de M. John Adams, qui, ayant voulu en 1798 provoquer une guerre avec la France, avait manqué sa réélection, et vu terminer sa gestion après quatre années. Aussi apportait-il de grands ménagements dans sa conduite, et il avait pris pour ministre des affaires étrangères M. Monroe, démocrate de sa nuance, habitué autant que lui aux affaires, tour à tour négociateur en Angleterre et en France, voulant être un jour le continuateur de M. Maddisson, comme M. Maddisson lui-même l'était de Jefferson. Mais, pour appeler M. Monroe à ce poste, M. Maddisson avait écarté M. Smith, démocrate distingué et violent, appartenant à une famille puissante, et il avait à se garder non-seulement des fédéralistes, mais des démocrates extrêmes, mécontents de sa circonspection et de sa lenteur calculée.

Pour couper court à cette lutte des deux politiques qui divisaient l'Amérique, il eût suffi d'une dépêche de Paris apportant la complète et définitive reconnaissance du droit des neutres, et la concession de sérieux avantages commerciaux. Malheureusement on était à la fin de 1811; Napoléon était déjà tout occupé de ses projets contre la Russie, et sa tête ardente, quoique immensément vaste, ne portait pas deux projets à la fois. Passionné en 1810 pour le blocus continental, il eût trouvé dans une guerre de l'Amérique avec l'Angleterre l'occasion de mille combinaisons favorables à ses plans, et il n'eût rien négligé pour l'amener. À la fin de 1811, au contraire, plein de l'idée de terminer au nord de l'Europe toutes ses luttes d'un seul coup, il ne donnait à M. Barlow, ministre d'Amérique et ami du président Maddisson, qu'une attention distraite, et lui faisait quelquefois attendre une audience pendant des semaines entières. Outre cette disposition aux préoccupations exclusives, ordinaire aux âmes passionnées, Napoléon en avait une autre tout aussi prononcée, c'était une espèce d'avarice politique, consistant à vouloir tirer tout des autres en leur donnant le moins possible, disposition qui par crainte d'être dupe d'autrui expose quelquefois à l'être de soi-même, car ne rien accorder, ou n'accorder que très-peu, n'est souvent qu'un moyen de ne rien obtenir. Persévérant quoique avec moins de passion dans son système de blocus continental, craignant toujours s'il y changeait quelque chose, d'ouvrir des issues aux Anglais, craignant aussi d'être dupe des Américains, il voulait ne leur rien concéder tant qu'ils n'auraient pas déclaré la guerre à l'Angleterre. Il disait sans cesse à M. Barlow: Prononcez-vous, sortez de vos longues hésitations, et vous obtiendrez de moi tous les avantages que vous pouvez désirer.--En attendant, les frégates françaises détruisaient tout bâtiment américain portant des blés à Lisbonne ou à Cadix, et nos corsaires couraient sur ceux qui essayaient de pénétrer dans les bouches de la Tamise.

[En marge: La guerre, qui aurait pu éclater en 1811, est remise à l'année 1812.]

C'est ainsi que la guerre qui aurait pu être déclarée en 1811 ne le fut pas, et que toute cette année se passa en discussions violentes entre les partis qui divisaient l'Amérique. À chaque vaisseau arrivant d'Europe, on courait chez M. Sérurier, ministre de France, pour savoir s'il avait reçu quelques nouvelles satisfaisantes, et ce diplomate, que Napoléon, après les affaires de Hollande, avait envoyé à Washington pour y pousser les Américains à la guerre, et qui s'y comportait avec zèle et mesure, répétait chaque fois la leçon qu'on lui envoyait toute faite de Paris, et disait sans cesse aux Américains, que lorsqu'ils auraient abandonné leur politique de tergiversation, ils recueilleraient le prix de leur dévouement à la cause du droit maritime. Le congrès américain fut ainsi ajourné à 1812 sans avoir pris un parti, et ce fut, il faut le répéter, un grand malheur, car cette guerre était de nature à donner au blocus continental une telle efficacité, et à causer aux Anglais une telle émotion, que la politique du cabinet britannique aurait pu en être tout à coup changée.

[En marge: Effet produit en Amérique par la presse des matelots.]