VARIÉTÉS
HISTORIQUES
ET LITTÉRAIRES
Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers
Revues et annotées
PAR
M. ÉDOUARD FOURNIER
TOME X
A PARIS
Chez PAGNERRE, Libraire
M.DCCCLXIII
_L'Oeconomie ou le vray Advis pour se faire bien servir, par le sieur Crespin_[1].
A Paris.--M.DC.XLI.
[Note 1: Nous ne savons rien sur le sieur Crespin, auteur de cette pièce très curieuse et fort rare. On verra seulement un peu plus loin qu'il étoit maître d'hôtel de la marquise de Lezay.]
_A haute et puissante dame Madame la marquise de Lezay_[2].
[Note 2: Noble dame d'une des meilleures maisons du Poitou, ancêtre du marquis de Lezay-Marnésia, littérateur agréable, qui fut député aux états généraux en 1789, et de son fils le comte de Lezay-Marnésia, préfet sous l'Empire. Mme de Lezay fut, à ce qu'il paroît, une dame accomplie, la «femme forte» de l'Écriture, comme le sieur Crespin le dira tout à l'heure. Bien qu'elle eût, à ce qu'il paroît, un grand train de maison, sa vie fit si peu de bruit, et donna si peu de prise au scandale, que Tallemant ne l'a pas même nommée, Saint-Simon non plus.]
MADAME,
Comme je suis extremement obligé à vostre grandeur, qui m'a receu à vostre service au temps que j'estois delaissé d'une bonne partie de mes plus familiers amys; maintenant que je respire le doux air qui s'exale en moy par vostre faveur, je ne sçay comme quoy recompenser ce vray office de charité que vous avez employé en mon endroit, si ce n'est par des services continuels, suivis d'une parfaite humilité deuë à vostre qualité: ayant desja acquis par vostre bienveillance le titre de maistre d'hostel, charge de laquelle j'estois indigne[3], si l'ordre que vous avez estably en vostre maison ne m'y eust dressé et appris; protestant de vostre prevoyance, est le meilleur que j'aye jamais veu pratiquer, depuis que j'ay l'honneur de servir les grands; car l'on peut dire avec vérité que vous estes cette femme que le sage appelle forte, capable d'édifier et gouverner la maison du juste, tant il est vray que toute choses sont en la vostre prudemment observées: ce que considérant en moy-mesme, je me suis représenté l'estat malheureux auquel beaucoup de personnes se trouvent enveloppez pour n'avoir pas conduit leur mésnage assez dextrement; et sur cette pensée, je suis avisé de les envoyer chez vous pour apprendre leur leçon, car je sçai par bonne experience qu'ils n'auront pas esté deux fois en vostre escole, sans en tirer un grand profit; mais comme la presse seroit trop grande, je vous supplie, Madame, de recevoir ce petit traité, que je presente à vostre grandeur, pour puis apres estre (suivant vostre volonté), eslargy et donné au public, quoy qu'il ne soit digne de vostre hautesse, si ne laissera il pas de monstrer et apprendre aux nouveaux maistres d'hostels le contenu de leur charge; vous me le permettez, Madame, s'il vous plaist, car estant sous vostre protection, il sera exempt de la censure des medisants, et pareillement receu de beaucoup d'esprits curieux qui en pourront faire leur profit. Continuant mes voeux en vous servant fidèlement, je demeureray
Madame,
Vostre très humble, affectionné et obeyssant serviteur,
CRESPIN.
[Note 3: C'étoit, après celles de l'intendant et de l'aumônier, la plus importante d'une grande maison bien réglée. «La charge de maistre d'hostel, dit Audiger, regarde la dépense générale qui se fait journellement dans une grande maison, suivant l'ordre qui luy en est donné par le seigneur ou son intendant. Pour bien s'acquitter de son devoir, il doit estre expert et capable d'establir ou maintenir le bon ordre dans une maison, et ne point manquer à donner à chacun ce qu'il doit avoir, sans augmentation ni diminution. C'est à luy de choisir de bons officiers tant d'office que de cuisine, et quand ils ne se trouvent pas capables ou qu'ils ne font pas leur devoir, les changer ainsi que les marchands fournissant pour la bouche ou autres, dont il doit prendre connaissance.» La Maison réglée, etc. Amsterdam, 1700, in-8º, liv. I, ch. 13.]
* * * * *
AU LECTEUR.
Amy Lecteur, mon principal but et dessein par lequel j'ay fait ce petit traité, que je te presente avec mon humble service, sera pour te prier de ne point censurer la première ouverture que je te fais de mes oeuvres; ains je te prie de le recevoir en bonne part, et continuer la lecture, qui n'est icy tracée que pour t'en servir et faire par icelle ton profit: t'arrestant au point lequel te fera voir un tableau, dont beaucoup de personnes ont eu leurs testes voilées, lesquels, pour ne s'estre pas informez du sujet pourquoy leurs maisons sont tombées en ruine, se sont trouvez enveloppez dans de grands embarras traisnant après eux diverses adversitez; et tels revers de fortune viennent bien souvent à cause de la négligence que l'on a en ne faisant pas boucher des petits trous, qui, à la longueur du temps, deviennent plus grands et d'autant plus dommageables. Mais comme le temps d'apresent leur a fait lever le voile, ils voyent bien le désordre de leur maisons lors qu'il n'en est plus temps; c'est pourquoy j'ay fait ce petit esclaircissement afin de les ayder, et pour leurs maistres d'hostels nouveaux, qui pourront prendre d'oresnavant, pour songer à tout; c'est mon dessein, comme estant porté d'affection à te faire service, et comme je suis tout à toy.
Adieu.
* * * * *
L'Oeconomie ou le vray Advis pour se faire bien servir.
Ceux qui depuis vingt ans ont escrit la forme et manière de vivre parmy les grands, et qui principalement se sont trouvez honorez de courir en leurs tables et festins, ou bien, comme l'on dit, aux disners d'amis, et ceux qui familierement se donnent à souper les uns aux autres, peuvent, en lisant ce petit traité, cognoistre en partie la vérité, et le sujet de tant de changements et renversements de cuisines[4] qui se font journellement ès maisons des grands seigneurs; car ce n'est pas seulement entre les personnes de qualité où se voient ces diverses mutations; mais, descendant de degré en degré jusques aux moindres, qui, se voyants comme affaiblies par les excès des tables, se contentent maintenant à ne pas tant ouvrir de fois leurs bourses pour l'entretien de leurs bouches[5].
[Note 4: Il y avoit alors déjà des modes pour la cuisine comme pour les habits. On peut voir dans les Délices de la campagne, etc., de Nicolas de Bonnefons, 1655, in-8º, la liste et la description d'un nombre prodigieux de gâteaux, rots, plats de légumes, poissons, crèmes, depuis peu à la mode.]
[Note 5: V. sur les excès ruineux de la gastronomie, introduite en France, avec tous ses raffinements, par les Italiens de la suite des Médicis, le Discours de Bodin Sur les causes de l'extrême cherté, dans notre t. VI, p. 160-161.]
Il y a donc maintenant une reforme generale dont la cause en est assez cognüe par aucuns. Pour moy (advertissant un chacun à faire son profit), je diray que ça esté par la trop mauvaise conduite de ceux qui gouvernoient leurs maisons, donnant tout, pour puis après ne rien avoir, achetant à grand prix un petit vent de faveur, qui se dissipe le plus souvent par la plus simple pluye qui soit en la moyenne region de l'air, et par ce moyen attirer à eux des gens qui s'accordent en leurs faits, dits et actions, faisant grande chère à ceux qui bien souvent les vendent à belle mesure, n'attribuant leur labeur qu'à une parfaite gausserie[6].
[Note 6: Moquerie, duperie. Le verbe gausser et le mot gausseur sont plus employés que gausserie, leur dérivé. Il étoit toutefois en usage dans cette expression proverbiale: «_Gaüsserie_ (pour plaisanterie) à part.» Comédie des Proverbes, Anc. Théâtre, t. IX, p. 334.]
Les autres bouleversent les maisons par le jeu, par les débauches excessives, despences inutiles qui ne rapportent aucun profit, et qui ne laisse pas de coûter beaucoup, ne se contentant pas de ce que la nature leur produit: ainsi ils recherchent des nouveautez surnaturelles, qui ne servent qu'à ruyner ceux qui viennent après eux, lesquels bien souvent sont privez de la maison de monsieur tel, à cause du remboursement de la somme de quatre cens mil escus, tant du plus que du moins, que ledit tel devoit avoir par contract de constitution de rente fait et passé en l'estude de tel et tel, notaires, sans conter les autres parties des marchands en gros et en détail; de sorte qu'il se rencontre bien souvent qu'il n'y a pas de quoy faire inhumer le corps de monsieur tel, lorsqu'il est mort, contraignant quelquesfois les heritiers de jetter les clefs sur la fosse[7]. Des crieurs en tels convois ne sont guères occupez; car ordinairement les curez mesmes y perdent leurs droicts.
[Note 7: Les héritiers qui renonçoient à une succession jetoient les clefs de la maison du mort sur sa fosse. La veuve qui n'acceptoit pas l'héritage faisoit de même, et de plus déceignoit sa ceinture sur la tombe. V. Anciennes coutumes du duché de Bourgogne, titre des Fiefs.]
Cependant donc que le corps de monsieur tel (qui de riche qu'il estoit durant sa vie, est devenu après sa mort pauvre) est gisant sur la paille, a le plus souvent pour compagnie le commissaire, le greffier, le sergent, gens esveillez, qui, à la requeste d'un tel et d'un tel, pose le sceau jusqu'à ce qu'il soit déclaré quelque respondant, ou gardien des meubles. Je vous laisse à penser si, en cette rencontre, se trouve là quelqu'un qui soit venu trop tard pour avoir sa part de ce qui luy est deub, et que l'on luy dise que tout est perdu pour luy et qu'il n'y a rien à esperer, le priant bien humblement de ne s'en point fascher ains se consoler, que ne fera-t-il point? Ne donnera-t-il pas monsieur un tel à tous les diables?
Que si telle chose arrive à quelque maranière[8] ou poissonnière des halles, de quelle malediction ornera elle point le drap mortuaire de son debteur trespassé? car pour son libera, elle invoque les Diables d'Enfer pour y emporter son ame.
[Note 8: Marinière.]
Pareillement, si cela s'adresse à un boucher, gens où la pitié quelquesfois trouve place, quel De profundis dira-il pour le defunct qui luy a fait perdre son bien? je ne sçay, mais au moins je croy que Dieu par luy est bien mal prié: car je croy que celuy qui se voit frustré de la somme de deux mil livres, il ne peut pas songer à autre chose qu'à sa perte.
Je me suis trouvé une fois en pareille rencontre, sçavoir d'un boucher, qui, voyant que cette femme pleuroit et se deconfortoit, voulut se mesler de luy donner quelque consolation, luy disant: mamie, malheureux sont les personnes qui ont affaires à tels affronteurs, car j'en suis logé aussi bien que vous à la levrette[9], et attrappé comme un renard[10]; c'est pourquoy vous ne vous devez tant affliger, car vos pleurs vous ferons pas plutost payer. Il se rencontra là un marchand de draps qui avoit sa part aussi bien que ces deux au gasteau, lequel, prenant la parole, dit au boucher: nous nous devons bien plus affliger, elle et moy, que vous; lors le boucher, respondant, dit: pourquoy? pour ce, dit le marchand, que si vous avez livré à M. tel des boeufs, des moutons et des veaux qui sont mangez, au moins vous a-il laissé les peaux et le reste pour maintenant en faire vostre profit, et nous n'avons rien, elle et moy, qui nous puisse d'oresnavant profiter. Ne voyla pas une belle consolation que se donnèrent ces trois personnes.
[Note 9: Nous ne connaissions pas cette singulière locution, et nous n'en comprenons guère le sens. Il peut s'expliquer, toutefois, si l'on songe que levretter, levrauder, vouloit dire poursuivre, harceler, et que, par conséquent, être levretté, levraudé, signifioit: être poursuivi, malheureux. Le premier mot se trouve dans un vieux poète, cité dans le Dictionnaire étymologique de Noël, t. II, p. 155:
..... Hélas! c'est povreté
Qui, an et jour, m'a si fort levretté.
Quant à levraudé, il se trouve dans Voltaire: «Il est un peu extraordinaire, dit-il au mot Homme du Diction. philosoph., qu'on ait harcelé, honni, levraudé un philosophe de nos jours très estimable....» Ailleurs, dans les Mémoires sur sa vie, écrits par lui-même, il dit: «Je crois qu'il vaut mieux bâtir un beau château, comme j'ai fait, y jouer la comédie et y faire bonne chère, que d'être levraudé à Paris comme Helvétius, etc.» Edit. Gotha, 1790, in-8º, t. 71, p. 311.]
[Note 10: Ici, comme dans le vers de La Fontaine (le Renard et la Cigogne):
Honteux comme un renard qu'une poule auroit pris, etc.,
se trouve un souvenir du jeu de damier, où l'on voit un pion représentant le renard, serré de si près par d'autres qui jouent le rôle de poules, et si bien enfermé dans un angle, qu'il ne peut plus ni avancer ni reculer. Adry, les Jeux de l'Enfance, p. 250-251.]
Or je dis que pour ne point tomber d'un si haut mal, il faut avec soin vivre avec ordre, et bon mesnage desormais; c'est pourquoy la plus part des grands, par exemple, doivent mettre une bonne reigle en leurs maisons; mais comme tous ne peuvent pas songer ny gouverner comme il faut un mesnage, et que même il n'est pas bien seant à leur condition de se mesler de la diversité de leur table, considerons premierement qu'il est bon d'avoir un homme fidèle et bien experimenté en l'oeconomie, qu'il soit absolument et du tout chef d'hostel[11], et par dessus tous les autres domestiques, et qui ne rende compte qu'au seigneur de la maison de qui il a reçeu l'ordre de commander: prenant soin qu'il ne s'y passe point d'amourettes qu'elles ne soient cogneuës pour bonne du seigneur et de la dame, pour autant que sous telles amitiez, il se fait ordinairement d'estranges droleries, qui bien souvent passent pour scandaleuses et de nul effet; aussi est-ce le point principal, à quoy le maistre d'hostel doit prendre garde, car il y va de l'interest et de l'honneur pour son seigneur, et le maistre d'hostel doit tous les soirs prendre advis avec les officiers de cuisine, et de faire rendre compte de la despence du jour, pour puis après en rendre compte à son seigneur devant ses domestiques, et sans passion[12].
[Note 11: Le mot chef pour premier cuisinier vient de là.]
[Note 12: C'est ce que dit le sieur Audiger dans le passage de sa Maison réglée que reproduit notre note, p. 2.]
Il me souvient en passant d'une maison ou j'estois autrefois, laquelle estoit toute remplie d'amourettes, que le plus petit jusques au plus grand estoit entaché de cette furieuse maladie; et pour vous dire la verité, je n'ay jamais vu gens si prompts et charitables à se secourir les uns les autres en ce sujet, que je puis dire qu'il n'y a point de religion ou l'on pratique plus cette saincte oeuvre, tant recommandée en un meilleur sujet qu'en cette folie; car tel aymoit telle, qui croyoit que ce fust par le moyen de telle ou tel qu'il falloit l'avoir en amitié, et pour ainsi ils n'osoient ou ne pouvoient s'accuser les uns les autres. Ainsi bien souvent le maistre d'hostel excusoit le cuisinier et le sommelier, car lorsque Monsieur disoit que rien n'estoit cuit ou bon, ou que la viande sentoit le _reland_[13], ou que tout estoit trop salé, le maistre d'hostel, qui sçavoit la cause d'où provenoit toutes ses deffectuositez, ne disoit pas que c'estoit l'amour du cuisinier qui rendoit ainsi les viandes mal apprestées, mais au contraire faisoit ses excuses envers Monsieur, disant que c'estoit le temps qui en estoit la cause, ou que le cuisinier se portoit mal, que le bois estoit vert, que par malheur il estoit arrivé que le pot s'estoit cassé en voulant dresser le potage, qui faisoit que le bouillon n'estoit pas si bon qu'il devoit estre, d'autant que la graisse estoit perduë, tant y a que toutes les meilleures excuses qu'il pouvoit trouver pour le cuisinier, il le faisoit, afin que reciproquement le cuisinier excusat ses deffauts envers son seigneur, et pour ne pas luy reveler que le maistre d'hostel se promenoit tous les jours avec sa maistresse, ou bien qu'il s'estoit fait une bonne collation aux depens du seigneur.
[Note 13: C'est-à-dire sentir le gâté, le renfermé. V. l'Ancien Théâtre de la Biblioth. Elzévir., t. VIII, p. 77.]
Cependant que la fille de chambre carressoit le valet de mesme condition, que le cocher avec une semblable à luy, que les chevaux, mal pensez, n'estoient pas le plus souvent visitez de l'escuyer, qui, pour s'en rapporter au pallefrenier, passoit legerement par dessus la sujection de sa charge, ayant d'autres affaires plus pressantes en ville que celle-là. Cependant il donne ou fait donner tout ce qu'il faut, sans regarder les parties du charon et du mareschal, et mesme se fait aymer du cocher, afin qu'il ne parle pas du lieu où il a mené monsieur l'escuyer; que s'il tarde trop, il s'excuse sur c'est cecy ou cela qui en est cause; enfin il dit tout ce qu'il veut, hormis la forte amitié qu'il porte à une telle, qui enfin voit et sent son ventre enfler, pour laquelle cause l'un s'en va, et l'autre prend Guillot pour mary, l'autre prend Perette pour femme; un autre est en fuite pour l'enfant que l'on luy vouloit donner; l'autre plaide par devant l'official[14] et jure qu'il n'a jamais fait cela à la quidante qui veut couvrir son honneur du manteau du mariage; bref c'est un passe-temps que de voir un tel mesnage en une maison.
[Note 14: Sur ces procès par-devant l'official, dont le résultat ordinaire étoit de forcer le père à prendre l'enfant et à donner une certaine somme, comme dédommagement, à la fille engrossée, V. notre t. I, p. 319-320, note.]
Les créanciers, d'autre part, demeurent sans estre payez, car le seigneur dit que pour luy il ne doit rien; le maistre d'hostel dit qu'il donnoit l'argent au cuisinier; le gentilhomme[15] dit que c'est le cocher qui fait trop de despence quand on le reprend sur le controle (car tels gens bien souvent ruine la maison). Tout se sçay; alors tout ce que peut faire un seigneur est de faire maison neufve, et en cas ce à bien de la peine; car bien souvent on prend des personnes qui volle sans avoir des aisles, ce qui n'est pas plaisant ny agréable; voila pourquoy ceux qui veulent bien ordonner leur maison doivent premierement considérer leurs revenus, et ce qu'il faut aux serviteurs tant à gages qu'à entretenir, et sur ce faire compte du reste: choisir des gens qui soient de bonne vie et sans reproche, et faire ellection d'un maistre d'hostel à qui donnant l'ordre, luy declare son goust, son revenu, ce qu'il veut despendre par an, ou par jour, pour sa table ordinaire, et tant pour l'extraordinaire[16]; tant pour ses habits, tant pour ses plaisirs, tant pour les gages de ses serviteurs, chacun selon son rang; et afin d'estre bien servy, il ne faut regarder à dix escus, plus ou moins, quand l'on cognoist un bon et fidel serviteur. Que tous maistres faisans cecy se resjouyssent gaillardement avec leurs femmes, qu'ils soient d'accord de tout ce que veut l'un et l'autre, car c'est ce qui fait le bon ordre de la maison entre les serviteurs; pour ce que s'il y a de la dissention entre l'homme et la femme, l'un dit je suis à Monsieur et l'autre dit je suis à Madame, cependant tout demeure à faire, et rien ne se fait qu'avec dispute bien souvent.
[Note 15: C'étoit l'homme de compagnie du seigneur: «Le devoir et fonction d'un gentilhomme auprès du seigneur, dit Audiger, est de luy tenir compagnie, de faire les honneurs de la maison, d'entretenir les personnes de qualité qui luy viennent rendre visite, luy donner la main lorsqu'il est malade ou incommodé, et l'accompagner à la chasse et à la promenade. Il faut qu'il soit lettré, et ordinairement, quand on prend un gentilhomme, on cherche une personne de science et spirituelle, qui ait toujours quelque chose d'agréable dans sa conversation, et propre à aller complimenter les amis du seigneur sur tous les sujets qui se peuvent présenter. Quand le seigneur monte à cheval, il a toujours le meilleur cheval après luy; il mange à sa table, et, pour tout dire en un mot, c'est sa compagnie et son favory.» La Maison réglée, liv. I, ch. 10.--Pour le reste de la valetaille, ce fainéant spirituel n'étoit qu'une bête à l'engrais; aussi, aujourd'hui encore, dans les campagnes, un porc qu'on engraisse s'appelle le gentilhomme.]
[Note 16: Audiger, à la suite du passage de sa Maison réglée déjà cité, donne le détail de ces dépenses ordinaires ou d'extra, soumises toutes à la surveillance du maître d'hôtel. Un livre, aujourd'hui très rare, publié à Bordeaux en 1624, s'explique aussi longuement sur ce détail domestique; mais il s'attache plutôt à la dépense des nobles de province qu'à celle des grandes maisons de Paris. Ce volume a pour titre: _Le sommaire de l'Oeconomie de la despence, comment il faut regler la despence selon le revenu, et sçavoir ce qu'on peut despendre, soit par an ou par jour, particulièrement pour chaque espèce de despence_; 1634, in-8º.]
Or comme l'homme et la femme sont unis par le sainct mariage, et que Dieu les bénit, il faut donc s'aymer puisque Dieu le veut ainsi, et principalement les gens de condition; il faut que l'homme considère que la femme est sa chair, et la femme cognoisse que son origine est de retourner à sa source; avec ce conseil de l'Evangile, qu'il faut quitter père et mère pour suivre son mary, c'est un commandement de Dieu, et que si tant est que la femme soit douée d'un esprit plus fort que son mary, il faut qu'elle l'attire à soy par mignardise, et par ainsi luy oster toute occasion de fascherie; comme si un vouloit tout perdre, sans vouloir toutesfois rien laisser. Je jure, et il est vray qu'il n'y a point d'homme qui ne se laisse facilement persuader par sa femme, quand il est par elle traitté doucement. L'homme semblablement peut beaucoup sur la femme et luy sert d'un grand soutien, et semblable à un cocher resistant contre les tempetes qui taschent de bouleverser un bon mesnage; cela fut dernierement approuvé par une dame, laquelle voyant sa fille veufve lui dit ces paroles: il est vray, ma fille, que vous vous devez à bon droict affliger, puisque vous avez perdu la plus belle fleur qui faisoit l'ornement de vostre bouquet.
Quand l'homme voit quelque défaut provenir du costé de la femme, il doit aussi, avec une douceur capable de remède, luy remonstrer ses manquemens, et luy commander avec une authorité mediocre et la prier de mieux faire à l'advenir, et que ce soit sans se fascher; et en ce point le mary est plus que le père et la mère d'icelle, puisque nous oyons dire ordinairement par les belles mères à leurs filles: c'est vostre mary, vous estes en sa puissance, faites ce qu'il vous dira. De mesme le mary peut dire telles raisons à son beau père, à sa belle mère.
Sçachez sur toutes choses, que pour faire un bon mesnage il est nécessaire que l'homme et la femme couchent souvent ensemble, et qu'ils prient Dieu, ainsi que fit jadis Tobie, qu'il luy plaise leur envoyer des enfans: car par le bonheur d'un enfant, la paix se trouve ordinairement entre le père et la mère. Et d'autant que je sçay qu'il y a des personnes qui destournent et empeschent l'homme, par je ne sçay quel desdain, d'approcher de la femme, je dis qu'il faut chasser et aneantir tel personne, puisqu'ils se font maistre du mal qui en peut arriver par après.
Or, puisque la charité commande d'aymer son prochain comme soy mesme, l'homme doit donc aymer sa femme plus que tout autre chose qui soit au monde, d'autant qu'il l'a joincte avec luy pour fructifier et remplir la terre d'une semence qui soit agréable à Dieu; cela estant, tout ira bien. Esgayez donc vos esprits au cours et à la promenade, tandis que je donneray l'ordre à vostre maistre d'hostel, comme vous voulez estre servis, selon tel somme par jour, et ce que vous desirez qu'il vous soit servy, avec l'instruction par laquelle vous voulez qu'il se comporte en vostre maison, afin de vous oster de peine et de tracas.
* * * * *
Discours de l'Autheur avec le Maistre d'Hostel.
Monsieur le maistre, cependant que le temps est beau, faisons un tour de jardin; il y a longtemps que je desire vous entretenir sur le sujet que Monsieur a de vouloir regler sa maison, et c'est pourquoy il s'en veut rapporter en vous, et m'a commandé de vous dire de sa part son dessein.
Premierement, il a tant à despenser par an, il en veut mettre tant pour sa table, tant pour ses chevaux, tant pour ses plaisirs et pour ses habits, et veut qu'il luy reste cela franc par an. Cela est bien aysé à faire, mais il veut donner un metier à tel et marier tel avec telle[17], et prendre de bonnes et fidelles personnes qui soient affectionnez à luy faire service; c'est pourquoi il veut que vous soyez indifférent à tous et sans exception de qui que ce soit, vous les teniez sous le joug de l'obéissance pour son service; mais comme la jeunesse est libertine et malaysée à corriger, c'est pourquoy il faut que vous trouviez des moyens propres et faciles, afin d'y pourvoir, et c'est aussi le principal point de ce que j'ay à vous dire.
[Note 17: Les seigneurs avoient alors de ces soins dans leur domestique. Ils étoient pères de famille autant que maîtres. Audiger, dans la Préface de la Maison réglée, parle de cette sorte de paternité seigneuriale, et vante particulièrement à ce sujet la conduite tenue par le prince de Condé: «Ils doivent tous considérer, dit-il, qu'un vieux domestique qui n'est plus en état d'apprendre un métier ny d'aller servir ailleurs est véritablement digne de compassion, et que c'est alors qu'ils doivent s'efforcer de lui faire quelque bien, et d'imiter en cela feu M. le prince de Condé, qui, suivant le mérite et les services de ses anciens domestiques, leur assignoit des pensions ou leur donnoit des emplois dans ses terres, où ils pouvoient doucement et sans peine passer le reste de leurs jours.»]
Premièrement, vostre place est au bout de la table; en suite de vous et à vostre droicte, se doit mettre l'aumosnier[18], si il y en a un; l'escuyer vis-à-vis[19], et le valet de chambre après. Puis quant aux officiers, comme les pages[20], le cocher et laquais doivent suivre, si tant est que la coustume soit qu'ils y mangent, car on donne ordinairement à tels gens leur argent à despendre par mois, ou bien ils doivent manger en une table à part, et le meilleur est de les nourrir que de leur donner leur argent à despendre.
[Note 18: Tout un long chapitre, le 5e du livre Ier, est consacré à l'Aumônier dans la Maison réglée d'Audiger.]
[Note 19: L'écuyer a son chapitre aussi, le 8e du livre Ier, dans l'ouvrage d'Audiger, «car, dit celui-ci, sa charge tient encore le haut rang parmi les domestiques les plus considerez d'un grand seigneur. Elle regarde le soin de commander à tous les gens de livrée, etc.»]
[Note 20: «Lorsqu'il y a des pages dans la maison d'un grand seigneur, comme estant gentilshommes, ils ne servent qu'à luy faire honneur. On ne les met là que pour apprendre à vivre et à faire leurs exercices.» Audiger, liv. Ier, ch. 9.--C'étoit à qui auroit des pages, même sans avoir un très grand train de maison. La Fontaine se moque de cette prétention quand il dit dans sa fable la Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le Boeuf:
Tout marquis veut avoir des pages.
Sarrazin, dans ses Vers irréguliers à madame la princesse de Condé, parle aussi de la haute noblesse qui seule donnoit droit aux doubles laquais et aux pages:
Vous verrez bien que ces atours
Ne sont pas de noblesse à complet équipage
Qui double le laquais, qui pousse jusqu'au page,
Et qui mène carrosse au Cours.
En 1682, quand fut jouée la Matrone d'Ephèse, ou Arlequin Grapignan, la mode en étoit un peu passée. Cependant, on s'y moque encore des «marquis à pages». Le Théâtre italien de Ghérardi, t. 1, p. 36-40.]
Vous representez le maistre du logis, faisant les hola et empeschant le desordre; laissez faire la bénédiction de la table à l'aumosnier, et quand la feste de Pasque s'approchera, c'est à vous de dire que tel et telle fassent leur bon jour, et devez leur commander de jeusner, afin d'estre mieux preparez pour ce faire, et bien que ce soit la charge de l'aumosnier de leur montrer ce qui en est, d'autant qu'il est prestre; mais s'il advenoit qu'il ne fust pas en ces jours-là en la maison, vous devez, en ces cas, servir de prestre et de maistre d'hostel, et commencez le premier à estre bon, tout le reste après vous suivra; quand aux autres festes, cela despend de la volonté d'un chacun. Procurez du bien pour les serviteurs, empeschez tant que vous pourrez les blasphemes et juremens, faites congedier les amours impudiques, et sans frapper, donnez congé à ceux qui n'auront jamais voulu obeyr, avec quelque recompense: c'est là le seul et vray moyen de se faire bien servir.
Et quant à servir sur table[21], il faut prendre garde que si c'est une table carrée, l'on doit servir par quatre plats[22]. Le haut bout est le lieu le plus apparent du costé droict, ou selon que le lieu est disposé; mais le plus commun est à main droicte sous la cheminée. Si la table est ronde, il faut prendre garde de servir par sept, neuf ou treize plats, car c'est l'ordre de la table ronde pour estre bien couverte; et si la table est longue, il faut poser les plats en longueur; et faites si bien que vos plats ne soyent pas trop escartez, et semblablement qu'ils ne se touchent pas et qu'il y ait diversité entre les viandes, en sorte qu'il ne s'en rencontrent point de deux façons, c'est-à-dire blanc, verd, rouge, et noir.
[Note 21: Dans les Délices de la campagne de Nicolas de Bonnefons, 1655, in-8º, les fonctions du «maistre d'hotel servant sur table» sont décrites en détail.]
[Note 22: «La grande mode, dit aussi Bonnefons, est de mettre quatre beaux potages dans les quatre coins, et quatre porte-assiettes entre deux, avec quatre salières qui toucheront les bassins des salières en dedans. Sur les porte-assiettes, on mettra quatre entrées dans des tourtières à l'italienne.» V. aussi sur cette règle fondamentale du nombre 4 dans les repas, l'Ecole des officiers de bouche, au chapitre: Idées qu'on peut se former pour servir toutes sortes de repas.]
Que s'il advient que Monsieur desire traitter quelqu'un extraordinairement, vous devez recevoir son ordre, et observer de point en point ce qu'il vous dira; et afin que vous n'y manquiez, faites un mémoire de vos plats d'entrée, de second, d'entre-mets et de fruict selon la saison. Marchez le premier, et soyez suivy de vos gens, chacun portant un plat[23], les faisant demeurer en rond; que le premier deschargé passe par autre voye qu'il n'est venu, afin qu'il ne renverse rien de son compagnon. N'oubliez pas d'escrire tout ce que vous accepterez, recevrez et donnerez par jour, afin d'en rendre (le soir de chaque jour, par sepmaine ou par mois) bon et fidel compte; ayez un tarif, papier de despence, avec poids et balance, plume et escritoire. Achetez du vin à bon pris et tout du meilleur, ayez tousjours quelque chose preste à mettre en broche, et lorsque vous serez aux champs, il faut s'enquester de ceux qui doibvent par rente des poulles, poulets, pigeons, agneaux et lièvres, faisant le tout apporter en la maison; faites saler du lard, et songez que vous estes comme un père de famille, et prenez plaisir à tout cela. Vous ferez souvent aussi reveuë dedans la cave avec le sommelier; c'est tout ce que je vous puis dire, car voilà Monsieur qui revient de la promenade: je m'en vais le saluer et prendre congé de luy,
[Note 23: C'est l'ordre suivi dans le repas de Boileau:
.....Un jambon d'assez maigre apparence
Arrive sous le nom de jambon de Mayence.
Un valet le portoit, marchant à pas comptés
Comme un recteur suivi des quatre facultés.
Deux marmitons crasseux, revêtus de serviettes,
Lui servoient de massiers et portoient deux assiettes.]
Monsieur, ha! vous voilà encore? Il est vray, Monsieur, que je me suis fort promené dans vostre jardin avec monsieur le maistre. Et bien! Nous avons parlé de l'estat de vostre maison, et de vostre ordre ce qui se trouve bon, c'est pourquoy j'ay disposé monsieur le maistre à vostre volonté. Vous avez eu un beau temps au Cours! Ouy. Monsieur. Voilà vostre souper que l'on a servi, je m'en vay prendre congé de vous et vous donner le bon soir; Je suis votre très-humble serviteur.
Monsieur le maistre, est-il bon que vous voyez un peu comme l'on sert à la maison des grands et particulièrement, pour vostre cuisinier, qu'il hante Forger, escuyer de la reine, pour les potages[24]; La Diablerie pour les entrées; Nicolas pour les autres mets[25]; George pour le poisson[26]; Mathieu Pallier peur les ragouts[27]; La Pointe pour les confitures[28]; Hester pour le linge[29]; avec maistre Martin pour le boudin. Trois de mes amis sont morts, qui faisoient bon ypocras et bonne limonade. Espargnez le bien de vostre maistre. Je me recommande à vous jusques à la première reveuë; et surtout ayez patez et jambons près, pour les survenans, et principalement pour les chasseurs, car c'est le plaisir du maistre du logis.
[Note 24: C'est à cet officier de bouche, au service d'Anne d'Autriche, qu'on devoit sans doute ce fameux potage à la reine, «fait de quelque hachis de perdrix ou faisan,» dont parle Nicolas de Bonnefons.]
[Note 25: C'est le maître Nicolas, «célèbre cuisinier» de M. de Valencay, d'abord évêque de Chartres, puis promu à l'archevêché de Reims en 1641, l'année même où maître Crespin vantoit ainsi son cuisinier. Tallemant, édit. in-12, t. III, p. 190.]
[Note 26: C'est Georges, l'écuyer de cuisine de la maison du roi, avec lequel Louis XIII apprit si bien à larder. «On voyoit venir l'écuyer Georges avec de belles lardoires et de grandes longes de veau, et une fois, je ne sais qui vint dire que Sa Majesté lardoit. Voyez comme cela s'accorde bien: Majesté et larder.» Tallemant, édit. in-12, t. III, p. 68.]
[Note 27: V. pour la diversité des ragoûts dans lesquels excelloit Mathieu Pallier, le Cuisinier françois de La Varenne, Lyon, 1680, chap. des Entrées.]
[Note 28: Il y a un livre spécial pour cette partie du dessert ou de l'issue, comme on disoit alors: Nouvelles instructions pour les confitures, les liqueurs et les fruits, Paris, Sercy, 1692, in-12.]
[Note 29: Le linge de table importoit beaucoup. L'un des axiomes gastronomiques, suivant l'Art de bien traiter, Paris, 1674, in-12, chap. Principes, étoit celui-ci: «Bon pain, bon vin, linge propre, et servez chaud.» Le linge devoit non-seulement être propre et fin, mais habilement disposé. Il y avoit un art particulier de bien plisser la nappe, plier les serviettes, etc. On peut se renseigner, à ce sujet, dans le Cuisinier françois de La Varenne, au chapitre: Manière de plier toutes sortes de linges de table et en faire toutes sortes de figures.]
FIN.
_La Promenade du Cours, à Paris, en 1653_[30].
[Note 30: Cette pièce se trouve dans le manuscrit 4725 du supplément françois, à la Bibliothèque Impériale, fol. 328 et suiv. Bien qu'elle ait été publiée deux fois dans ces derniers temps, d'abord par M. Édouard de Barthélemy dans le Bulletin du Bibliophile, mai 1860, p. 1184-1189, ensuite par M. Anatole de Montaiglon dans l'Annuaire général du département de la Seine pour l'année 1860, col. 810-813, nous n'hésitons pas à la donner ici. Elle est, en effet, le complément de celle que nous avons reproduite dans notre t. IX, p. 125-135, sous le même titre. C'est un tableau pareil, à vingt-trois ans de distance. La première pièce est de 1630, la seconde est de 1653. M. de Montaiglon pense qu'il est question, dans celle-ci, non pas du Cours de la porte Saint-Antoine, mais du Cours la Reine, tandis que M. Ed. de Barthélemy pense le contraire. C'est son avis que nous partageons.
Le Cours décrit ici est bien, suivant nous, celui de la porte Saint-Antoine, décrit déjà dans la pièce de 1630. S'il s'agissoit de l'autre, le Cours la Reine, il y seroit certainement parlé de la Seine, qui, par son voisinage, en étoit le principal ornement. Or, il n'en est pas dit un mot, tandis que dans une autre pièce, le Cours de la Reyne, ou le grand promenoir des Parisiens, Paris, 1649, in-4º, reproduite aussi par M. de Montaiglon dans l'Annuaire tout à l'heure cité, col. 802-810, on ne manque pas de faire valoir l'agrément que ce voisinage du fleuve donnoit à la promenade. D'autres détails, que nous indiquerons au passage, sont encore favorables à notre opinion.]
Prince[31], qui fustes jadis
Un des saincts du paradis
Ou petit Dieu d'amourettes,
Merveille des beaux esprits,
Et dont le coeur fut espris
De mille flammes distrètes,
Escoutez donc ce discours
Concerté dedans le Cours
Et dans ces objets grotesques
Dont les jeunes favoris
Bannissent les vieux maris
A barbes pantalonesques[32].
Or pour le moins, s'ils y sont,
Les pauvres viellards s'en vont
Dès les cinq heures sonnées;
Le serein est dangereux
Et les rendroit catherreux
En l'hyver de leurs années.
Aussitost qu'ils sont partis,
Les galants sont advertis
Que les vieillards font retraite.
A l'approche des amis,
Les masques et les mimis[33]
Se donnent à la soubrette.
Lors, d'un pas doux et coulant
Les carrosses vont branlant
Portière contre portière[34];
Et si le Cours est poudreux[35],
Les larmes de l'amoureux
Raffermissent la poussière.
Là s'apprennent tous les maux
Des domestiques deffauts,
Par l'envie des coquettes,
Qu'une telle est du mestier,
Qu'un autre est banqueroutier,
Qu'un tel porte des cliquettes[36].
Les braves à l'oeil froncé
D'un air demy courroucé
Font flotter leurs grands panaches,
Aux portières s'avançant,
Et guignent tous les passants
Au travers de six moustaches[37].
Le mariolet[38] plus huppé
Fait monstre du point eouppé,
N'osant dire ce qu'il pense,
Car il voit le fanfaron
Menacer de l'esperon
Au premier pas qu'il s'avance.
Les visages peinturés
Sont des amants adorés;
La vieille fait la folastre,
Couverte d'huile de talq,
Et, se tenant à l'escart,
Montre un visage de plastre.
Les barbes des vieux Gaulois,
Malgré les sévères lois
De l'aage qui tout consomme,
Noircissent tous les matins,
Et sans faveur des destins
On voit rajeunir un homme.
Les mignons délicieux
Viennent faire les doux yeux
Aux desseins qui les attendent,
Et tient-on pour vérité
Que d'un ou d'autre costé
Messieurs ont ce qu'ils prétendent.
Le bourgeois passe riottant
Et promène en s'esbattant
Cinq enfants et deux nourrices
Qui ont plein leurs devanteaux
De craquelins, de gasteaux,
De guignons, de pain d'espice[39].
La soubrette a son dessein
Et se fait gonfler le sein
Plus dure qu'un cuir de botte,
Et veut charmer de cela
Les yeux de son Quinola[40],
Qui lui promet une cotte.
Les discrettes dans le Cours
Font les doux yeux sans discours,
Droites comme des pouppées,
Et leurs amants ajustés
Ressemblent, à leurs costés,
Marmots de pommeaux d'espées.
Les nobles de cent couleurs,
Estendus parmy les fleurs[41],
Se paillardent sur la soye,
Laissant dans le désespoir
Le commis vestu de noir
Qui n'a que la petite oye.
Un farouche vient au trot
Et s'en va, sans dire mot,
Guetter le monde à la porte[42];
Je crois que le plus souvent
Il n'y cherche que du vent,
Et c'est ce qu'il en remporte.
Quelques braves vont contant
Quel bruit font en s'escartant
Les grains mortels des grenades,
Si bien qu'un bourgeois peureux
Baisse la teste auprès d'eux
Comme au bruit des mousquetades.
L'on y void à certains jours,
Sans rideaux et sans velours,
Un vieil coche de la foire
Où l'on void fort librement
Qu'il a l'air assurément
D'un bordel ambulatoire[43].
Il y vient certains censeurs
Blasmer le siècle et les moeurs,
Et le luxe des étoffes,
Qui font aller leurs chevaux
A pas gravement esgaux,
Pour marcher en philosophes.
Si bien que Fontainebleau
N'a point de si vif tableau,
Encore qu'il en abonde,
Et de guerres et d'amours,
Comme on en void dans le Cours
De la cabale du monde.
Mais quand le soleil, penchant
Sur les rives du couchant,
Replie ses tresses blondes,
Dont le vermeil nous reluit,
Et prend son bonnet de nuit
Pour dormir dessous les ondes,
Retirons-nous, il est tard;
Allons prendre nostre part
Des biens que la terre nous donne,
Et cherchons en lieu secret
La bonté d'un vin clairet,
Car le jour nous abandonne.
Recevez bien ce récit,
Pardonnez si je n'ay dit
Tout ce qui se pouvoit dire:
Car j'ay craint qu'il n'arrivast
Que sa lecture ennuyast
Comme il m'ennuye à l'escrire.
Ce tableau laborieux
Est discret et curieux,
Et fait pourtant bien connoistre
Aux bons esprits que celuy
Qui blasme si bien autruy
Sçauroit bien louer son maistre.
[Note 31: Je ne sais à quel prince l'anonyme s'adresse ici. Peut-être est-ce Gaston?]
[Note 32: On sait que Pantalon étoit, ainsi que Cassandre, un des vieillards de la comédie italienne. On peut juger de sa barbe vénérable, mais peu vénérée, sur la figure que M. Maurice Sand a donnée de lui au t. II, pl. I, de ses Masques et Bouffons.]
[Note 33: C'est le demi-masque, importé de la comédie italienne, ou pour mieux dire des mimes italiens, dans le monde, et nommé pour cela mimi. En 1632, il étoit à la mode déjà. Dans l'étrange tragi-comédie du sieur de Richemond, l'Espérance glorieuse, publiée cette année-là, nous lisons:
On la voit à l'église avec un tour de teste Regarder si Phillane a pris garde à son teste, Et dit, en souriant, à travers le mimy: «Que j'aime ces beaux nez d'un empan et demy!»
Plus tard, les mimis faillirent l'emporter sur les masques, et peu s'en fallut qu'il n'y eût querelle entre celles qui préféroient les uns et celles qui tenoient pour les autres: «Les mimis ont failli de se brouiller avec les masques,» lit-on dans les Jeux de l'Inconnu, Rouen, 1645, in-8º, p. 165. Le mimi s'appela ensuite un loup, «parce que d'abord, dit Furetière en son Dictionnaire, il faisoit peur aux petits enfants.» Il ne s'attachoit pas; on le tenoit dans la bouche avec un bouton. C'est ce qu'on avoit appelé d'abord un touret de nez. V. l'Heptaméron, 1er janvier, 20e Nouvelle.]
[Note 34: Ils alloient ainsi côte à côte, sur une longue file très serrée, ce qui porta malheur au musicien Chambonnière. «Il avoit, lit-on dans le Segraisiana, p. 79, un carrosse traîné par deux méchants chevaux, avec un page en effigie et rempli de foin, attaché sur le derrière. Etant au Cours avec ce carrosse, où les carrosses se suivent en marchant lentement, suivant la coutume, les chevaux du carrosse qui suivoient le sien, sentant le foin devant eux, se mirent à prendre le page par les jambes. Quelqu'un, qui s'en aperçut, cria au cocher: «Prenez garde à vos chevaux, ils mangent le page de monsieur.» Chambonnière logeoit dans ce quartier, et comme ces chevaux n'eussent pu faire le voyage du Cours-la-Reine, il ne les menoit qu'au Cours de la porte Saint-Antoine. C'est tout près, sur le rempart du Marais, aujourd'hui le boulevard Saint-Antoine, qu'il les envoyoit paître. «Je vous laisse à penser, dit Tallemant, en quel estat ils estoient. Des escorcheurs les prirent pour des chevaux condamnés, et, un beau matin, ils les écorchèrent tous les deux.» Historiettes, édit. P. Paris, t. VII, p. 387.]
[Note 35: Il l'étoit en effet dans les jours de sécheresse autant que boueux dans les jours de pluie. Richelieu avoit eu l'intention de le faire paver, mais n'avoit pas, malheureusement, mis ce projet à exécution. Tallemant, édit. in-12, t. VI, p. 77.]
[Note 36: Comme les ladres, forcés de cliqueter ainsi pour avertir qu'on ne les approchât pas. Les gens à cliquettes, en devenant plus nombreux, formèrent ce qu'on appelle encore une clique. Le mot quiquelique, qu'employoient les écoliers au moyen âge, avoit déjà un sens injurieux. Bataille des Sept arts, édit. Jubinal, p. 22 et suiv.]
[Note 37: La moustache étoit la boucle de cheveux pendant sur les yeux et sur les joues.]
[Note 38: C'étoit le nom donné depuis Henri IV aux jeunes beaux de Paris. Sully, Oeconomies royalles, 1re édit., t. II, p. 107. Ce mot se prenoit aussi alors dans le sens d'entremetteur. C'étoit le mezzano italien. V. Guzman d'Alpharache, traduct. de Chapelain, 1re part., liv. I, ch. 8.]
[Note 39: Les petits marchands de ces friandises ne manquoient pas sur le Cours; mais, pour les avoir bonnes, il falloit s'en fournir rue Saint-Antoine, près Saint-Paul, chez Flechmer, l'illustre pâtissier qui, suivant Marigny en son poëme du Pain béni, avoit le monopole des pains bénits de la paroisse: «Le sieur Flechmer, lit-on dans le Livre commode des Adresses, fait un grand débit de fines brioches, que les dames prennent chez lui en allant au Cours de Vincennes.»]
[Note 40: C'est le valet de coeur au reversis, et par suite en bien d'autres jeux: «_La jeune Iris_,» dit S. Pavin en des stances à Mlle de Sévigné, que M. Montmerqué publia le premier (Lettres de Mme de Sévigné, édit. Blaise, 1818, in-12, t. I, p. 195):
La jeune Iris n'a de souci
Que pour le jeu de reversi;
De son coeur il s'est rendu maître;
A voir tout le plaisir qu'elle a
Quand elle tient un Quinola,
Heureux celui qui pourroit l'être!]
[Note 41: C'est-à-dire dans le jardin voisin du Cours, dont parle plus longuement la pièce que celle-ci complète (V. t. IX, p. 126. V. aussi t. VII, p. 201-202, note). Ce détail, qui ne peut s'appliquer au Cours la Reine, suffiroit pour prouver qu'il s'agit ici de celui de la porte Saint-Antoine.]
[Note 42: Porte Saint-Antoine.]
[Note 43: C'est le nom qu'on donna plus tard aux fiacres, et qu'ils ont pour la plupart mérité de garder. «Ces carrosses, dit Leroux, font ordinairement beaucoup de bruit en roulant; ils n'ont point de glaces ni devant ni aux portières... Les fiacres (cochers) qui mènent ces carrosses sont la plupart des maquereaux, qui connoissent tous les lieux de débauche de Paris...» Dict. comique, 1718, in-8º, p. 66.]
_Rapport d'un affidé de l'Angleterre, à Paris, en 1655_[44].
[Note 44: Ce rapport, des plus intéressants par le détail qu'il donne sur l'état de la France et sur sa politique pendant l'une des années qui suivirent la Fronde, se trouve au State-paper office. Il a déjà été publié, dans les Archives des Missions (année 1850, p. 470-477), par M. Dareste, mais sans aucun des éclaircissements indispensables; c'est ce qui nous engage à le reproduire ici. Nous croyons d'ailleurs qu'il sera mieux à sa place et moins perdu dans notre recueil que dans l'autre, où ceux qui le connaissent vont surtout chercher des documents archéologiques.--Nous ignorons quel est l'auteur de ce rapport, ou pour mieux dire de cette gazette politique. Ce devait être un homme d'importance, ainsi que l'indiquent ses relations presque intimes et ses attaches directes avec la cour. Il avoit eu part aux conférences de Munster pour le traité de Westphalie, comme il le dira lui-même, et son zèle pour les intérêts de l'Angleterre, son ardeur à vanter Cromwell, donnent à penser qu'il étoit du parti protestant, dans lequel l'Angleterre se recruta d'espions jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes.]
5 juillet 1655.--J'ai reçu votre lettre, par laquelle j'ai vu ce qu'on m'offre par mois, jusqu'à ce que je me sois fait connaître, ce que j'accepte.
Mais j'entends que quand on aura vu comment je peux servir, et quels services je peux rendre, on augmente de beaucoup ma pension.
Je vous prie de bien faire comprendre ceci: qu'on ne peut pas faire naître les occasions à servir, mais qu'on peut seulement les embrasser lorsqu'on les trouve. Ce que je dis parce que peut-être on pourra s'étonner de la stérilité des avis, ce qui procédera du cours des affaires, et non de ma faute.
Assurez-vous que le prince de Condé ne fera grand'chose cette campagne, que les Espagnols se tiendront sur la défensive, et que nous faisons cette année de grands progrès partout.
* * * * *
8 juillet.--Présentement, il n'y a nul changement à attendre en ce royaume. Les peuples sont accablés de misères, de tailles, de toutes sortes d'impositions, qu'ils aiment mieux souffrir que la guerre[45].
[Note 45: On peut lire, sur la misère des populations pendant et après la Fronde, de 1650 à 1655, les relations des Missionnaires de M. Vincent (saint Vincent de Paul), envoyés pour examiner la situation des provinces, relations qu'une société semblable à celle qu'on appelle aujourd'hui de Saint-Vincent-de-Paul publioit chaque mois, et dont le recueil, formant une brochure de 120 pages environ, se trouve à la Bibliothèque Impériale, L, nº 747, in-4º. Il faut lire aussi, à ce sujet, le seul numéro du Magasin charitable que possède la Bibliothèque Impériale, L, 759, in-4º. Ce numéro, d'une publication destinée, comme l'autre, à décrire les misères et à mentionner les secours apportés, est celui du mois de janvier 1653. Enfin, pour se renseigner complétement sur l'état des populations, surtout celles de la campagne, à cette époque, il ne faut pas oublier l'Etat sommaire des misères de la campagne et besoin des pauvres des environs de Paris, adressé par l'abbé Féret à l'archevêque de Paris, dont il étoit le vicaire général. Cette pièce se trouve à la Bibliothèque impériale, au t. 57e, 3e série, de la Collection Choisy. Un document conservé à l'Arsenal, Recueil de Pièces, nº 1675 bis, relatif à la misère de l'année 1662, sera encore fort bon à consulter.]
La noblesse est tellement ruinée, qu'elle n'est pas capable de monter à cheval pour aucune exécution, quelque apparence qui leur puisse être présentée d'une plus avantageuse condition[46].
[Note 46: Les Relations des missionnaires citées tout à l'heure font foi de cette misère de la noblesse. On lit par exemple dans celle où est décrite la misère en Picardie et en Champagne, pendant l'hiver de 1651: «La petite noblesse a aussi besoin de secours, n'ayant pas moins souffert que les autres, et se voyant sans pain, sans argent, sans couverture, et réduite sur la paille, elle souffre encore la honte de n'oser mendier de porte en porte; et d'ailleurs à qui pourroit-elle demander, puisque la guerre a mis égalité partout: l'égalité de la misère!»]
Les parlements sont tous asservis, et ceux qui les composent n'oseroient parler ni rien dire contre le présent gouvernement[47].
[Note 47: C'est au mois d'avril de cette même année que Louis XIV, en habit de chasse, avoit fait au Parlement cette visite qui le rappela si brusquement au devoir. V. sur cet épisode, presque toujours mal raconté et fort exagéré, l'Administration monarchique en France, par M. Cheruel, t. II, p. 32-34.]
Les grandes villes ne respirent que le repos, et détestent tous ceux qui ont été les auteurs des derniers troubles.
L'Ordre ecclésiastique est tout dépendant de la cour et du favori, de qui ils ont reçu leurs bénéfices.
Tous les gouverneurs de places sont attachés de même à la cour et au cardinal.
Tous les grands seigneurs se plaignent, et je n'en connais pas un seul qui soit capable de rien.
Pour Paris, tout le monde déteste le présent gouvernement, et s'y assujettit pourtant volontairement.
On a cru que le cardinal de Retz pourroit causer quelque altération pour le jubilé[48], car, venant à être donné par ses ordres, l'autorité du roi étoit en quelque façon violée, et le jubilé étant refusé au peuple, cela devoit, selon toute apparence, causer quelque sédition; cela n'a point du tout réussi: Les grands-vicaires nommés par le cardinal de Retz ont été mandés en cour. Un d'eux a obéi et y est allé; l'autre y a été amené par force, et le peuple n'a point remué. Et quand on auroit pris tous les curés prisonniers, personne n'auroit rien dit. On voit clairement que dans Paris on veut le repos, et qu'on ne veut plus entendre à aucun remuement; cela est certain.
[Note 48: Le jubilé avoit été différé à cause de l'absence du cardinal de Retz, archevêque de Paris, réfugié à Rome après sa fuite de la prison de Nantes. Les contestations survenues au sujet du gouvernement du diocèse avoient aussi été une des causes de ce délai; mais enfin la nomination du curé de Saint-Leu, M. Du Saussay, comme grand vicaire, ayant donné à ce gouvernement la régularité qui lui manquoit, on crut pouvoir s'occuper du jubilé sans avoir besoin des ordres du cardinal-archevêque. Ce fut d'autant plus facile, que M. Du Saussay, dont la nomination avoit été arrachée par surprise au cardinal de Retz, étoit dans les intérêts de Mazarin, et tout disposé, pour lui plaire, à soustraire le gouvernement du diocèse à l'autorité de l'archevêque exilé. Mémoires de Joly, 1718, in-12, t. II, p. 167-169.]
Quant aux courtisans, ils sont toujours mal contents; mais avec cela, il découle toujours quelque douceur qui les appaise, et nul n'est capable de rien.
Le maréchal de Turenne, qui seul a sens, courage et expérience, est asservi à la faveur; car, depuis qu'il est marié[49], il a si grande peur de perdre la fortune de sa famille, qu'il est le valet des valets de M. le cardinal[50]. Les autres courtisans sont pires que valets, car ce sont des esclaves.
[Note 49: Il avoit épousé, à la fin de l'hiver de 1653, Anne de Nompar de Caumont, fille du maréchal duc de La Force.]
[Note 50: C'est pour servir l'intérêt de sa famille qu'il maria, son neveu, le duc de Bouillon, avec une des nièces de Mazarin. St-Simon, Mémoires, édit. Hachette, in-12, t. III, p. 361.]
Pour les princes, le duc d'Orléans est dans sa maison de Blois, entièrement enseveli dans la douceur de la vie champêtre[51]. On le prie de venir en cour, et on ne désire pas qu'il vienne. Et lui aime son repos et considère que s'il étoit à la cour, il seroit le jouet des favoris, qui, tous les jours, le rendroient méprisable. Il n'est point homme ni à faire ni à entendre à aucune entreprise, quand même elle seroit assurée.
[Note 51: C'est-à-dire qu'il s'y livroit à la culture de ses jardins, dont cette année même son médecin, Abel Brunyer, publioit, pour la seconde fois, la description, sous le titre d'Hortus regius Blesensis. V. pour la vie de Gaston à Blois à cette époque, les Mémoires de Mlle de Montpensier, édit. Petitot, t. III, p. 39, 233-234, et l'Histoire du château de Blois, par. M. de La Saussaye, 1840, in-12, p. 416 et suiv.]