VARIÉTÉS
HISTORIQUES
ET LITTÉRAIRES
Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers
Revues et annotées
PAR
M. ÉDOUARD FOURNIER
TOME VI
A PARIS
Chez P. JANNET, Libraire
M. DCCCLVI
_Les estranges et desplorables accidens arrivez en divers endroits sur la rivière de Loire et lieux circonvoisins par l'effroyable desbordement des eaux et l'espouvantable tempeste des vents le 19 et 20 janvier 1633. Ensemble les miracles qui sont arrivez à des personnes de qualité et autres qui ont esté sauvez de ces perilleux dangers._
A Paris, chez Jean Brunet, rue Neufve S. Louys, au Trois de chiffre[1].
[Note 1: Cette enseigne de Jean Brunet, qui d'ailleurs est un libraire peu connu, mentionné par La Caille seulement pour deux ouvrages sans importance parus en 1614 et en 1631, mérite d'être remarquée. Elle nous est une nouvelle preuve que le nom de chiffre étoit spécial aux nombres écrits à la manière des Arabes, et servoit à les distinguer de ceux qu'on écrivoit en caractères romains. Plus tard, ceux-ci furent eux-mêmes appelés chiffres. Ce fut un contre-sens qui nous conduisit à un pléonasme, puisque alors, pour faire la distinction, il fallut dire chiffres arabes, en ajoutant l'adjectif parasite au substantif d'origine orientale, qui suffisoit si bien auparavant.]
M.DC.XXXIII.
Le dix neuf et vingtiesme jour de janvier present mois, il est arrivé que, par les grandes ravines d'eaux qui seroient tombées de quelques montagnes dans les rivières de Loire et d'Alliers, auroient tellement grossi les dites rivières, qu'en moins de quatre heures elles devinrent un des plus furieux et impectueux torrents que d'aage d'homme l'on n'aye peu remarquer.
Particulierement la rivière de Loire[2], de qui de tout temps les impetuositez ont tousjours fait de grands naufrages, pour autant qu'elle est platte et non profonde; cela cause son excessive rapidité, et icelle occasionne souventes fois la perte de beaucoup de biens et de personnes qui naviguent sur la dite rivière.
[Note 2: En effet, si j'en juge par la nomenclature que fait Lemaire, dans son Histoire d'Orléans, des inondations de la Loire aux derniers siècles, ces sinistres étoient encore plus fréquents que de nos jours, et chaque fois aussi terribles que ceux dont nous avons vu les désastres. De 1527 à 1641, c'est-à-dire dans un intervalle d'un peu plus de cent ans, il n'en compte pas moins de onze, savoir: au mois de mai 1527, en novembre 1542, en mai 1548, en mai 1567, en 1572, en 1586, en 1588, en 1608, puis encore en mai 1628 (c'étoit le mois fatal), une inondation qui mit en danger de sa personne le cardinal de Richelieu revenant par eau du siége de la Rochelle (V. le Mercure françois à cette date); enfin une dernière en janvier 1641; et toutes, je le répète, avoient les plus désastreuses proportions: les levées crevées, le val submergé, etc. Lemaire, qui ne s'occupe que de l'Orléanois, ne mentionne pas l'inondation dont les ravages font le sujet de la pièce que nous reproduisons. Ils avoient été circonscrits, à ce qu'il paroît, dans les pays de la Haute-Loire, où ces sinistres étoient plus multipliés encore que dans les contrées d'aval.]
Ces deux eaux, mutuellement assistées et jointes, ont tellement bondy furieusement, qu'en moins de quatre heures, comme dit est, leur estendue a esté en d'aucuns endroits d'une lieue et demie et plus, où elles ont perdu et noyé nombre de villages et maisons de noblesse, ce qui n'a esté sans la perte d'un grand nombre de personnes, chose desplorable à raconter.
A plusieurs les effects miraculeux de la bonté de Dieu ont esté manifestez en ces effroyables perils; j'en specifieray quelques uns des plus admirables (et tous veritables) pour donner quelque chose aux curieux.
Entre autres, en un hameau (demie lieue de la rivière d'Ailiers[3]), paroisse de Sainct-George, un pauvre père de famille avoit sept enfans, lequel, bien empesché à se resoudre en tel danger, pensoit au salut de ses biens; mais, comme le torrent multiplioit sur luy, laissant ce soucy pour pourvoir au salut de sa famille, abandonna ses biens à la mercy de ce ravisseur impitoyable. Or, l'affection particulière qu'il portoit à l'un des dits enfans le rendit plus soigneux en ce danger de celuy-là, et, taschant de luy prester secours, fut repoussé par l'eau, qui l'avoit tellement avancé que tous ses efforts furent vains, ayant affaire pour soy de telle sorte qu'il fut contraint d'abandonner à ce désespoir ses biens et ses pauvres enfans et gaigner hativement le toict de sa maison, où il eschapa miraculeusement.
[Note 3: Les inondations de l'Allier ont toujours été plus fréquentes encore que celles de la Loire, mais aussi moins désastreuses, par la raison que les eaux de l'Allier ne charrient pas du sable comme la Loire, mais une terre légère, qui, bien loin de stériliser le sol, s'y attache, dit Expilly, et l'engraisse. C'est ce qu'on appelle chambonnage dans le pays. La Loire, dans ses débordements simples, porte aussi avec elle cette vase fécondante qu'on nomme lage ou laye dans l'Orléanois. «En 1588, dit Lemaire, Loire deborda, dont les vins furent nommés layeux à la vendange.»]
Un gentil-homme se promenoit un matin parmy ses heritages, et, jettant sa veue sur une colline, avisa un torrent d'eau qui descouloit d'icelle dans la rivière proche, qui se grossit en un instant, s'arresta tout estonné de voir chose si estrange pour estre survenu en un instant.
Les maisons, collines, vallées, bois, prairies, terres et semblables objets de sa remarque journalière, ne paroissoient plus. Telle nouveauté luy faisoit dementir ses yeux; enfin, s'arrestant plutost au sens qu'à son imagination, se retira hastivement et à pas redoublez au logis, advertit sa femme du danger qui les menaçoit de près, et mit toute sa famille en devoir de charger ce qu'un chacun pourroit porter, afin de sauver quelque partie de ses biens.
Mais cet ennemy debridé ne leur donna pas ce relasche; il fut plustost à la porte que leurs paquets ne furent troussez; ils furent contraints de quitter ce soucy pour pourveoir à leur sauver. Les fardeaux et les charges servirent à aucuns pour estre soustenus quelque temps sur l'eau et prolonger leur naufrage.
Ce gentil-homme, sa femme et ses enfans accoururent diligemment au plus haut estage du logis, se perchans sur deux solives, tous esperdus, et, ayant abandonné leurs sens à la frayeur, commençoient à mourir à l'aspect de la mort.
Ce pauvre père de famille, en telle perplexité, s'avisa d'une bougette[4] où estoient les papiers des acquisitions de ses biens, et, avec grand hazard de sa vie, l'alla querir et la lia fermement à l'une des dites solives, à celle fin (disoit-il) que, quoy qu'il arrivast de soy et de ses biens, l'eau venant à se vuider, il eust le moyen de rentrer en paisible possession de ses biens, si la fortune luy reservoit sa dite bougette.
[Note 4: Petite poche, pochette. On sait que les Anglois en ont fait leur mot budget, qui n'eut pas d'abord un autre sens. Ils nous l'ont renvoyé avec l'acception politique qu'ils lui avoient donnée dans le Parlement, et en l'accueillant nous avons cru faire l'hospitalité à un étranger. Il est vrai qu'avec son nouveau sens et la forme nouvelle que lui avoit donnée la prononciation anglaise il étoit devenu bien méconnoissable. Bien peu de gens comprennent que l'expression ouverture du budget, qui revient tous les ans dans les discussions parlementaires, signifie simplement ouverture de la bougette, de la poche. C'est, en effet, le moment où celle du contribuable s'ouvre pour se vider, celle du gouvernement pour s'emplir. On lit à ce sujet un très curieux et très piquant article dans le Mercure, floréal an IX, p. 280.]
Au milieu de ce triste confort, la rivière, roidissant plus fort, renversa de fond en comble la dite maison, tellement que qui n'avoit peu gaigner le dessus mourut doublement, accablé et noyé.
Ce fut un piteux et lamentable depart du mary d'avec sa femme, et tous deux d'avec leurs enfans. Ce pauvre gentil-homme affligé, ayant par fortune attrapé un arbre qui avoit esté deraciné par la vehemence du vent et du rude courant des eaux, monta dessus, et fut porté en ceste sorte la longueur de trois cars de lieux, et fut conduit miraculeusement à la rive d'une coline, où il mit pied à terre, grimpant en hault, d'où il descouvrit la sanglante tragedie qui se passoit devant ses yeux, sur sa femme, ses enfans et sa famille, contribuant de l'eau et des larmes en abondance au torrent où ils estoient miserablement suffoquez.
Quantité de personnes de divers aages, qualitez et sexe, ont estez peris en ces deluges et furieuses tempestes des vents, et plusieurs autres ont eschappez par des façons estranges et admirables.
Entr'autres l'on rapporte d'un homme et d'une femme, près de la ville de Nevers, voyant l'augmentation des eaux proches d'eux, et n'ayant lieu pour leur sauver (ayant esté surpris), furent contrains de monter sur un arbre, n'ayant devant les yeux que l'horreur d'une mort affreuse, apperceurent de loing une cuve, large et spacieuse, laquelle s'adressoit à eux et vint finallement (comme conduite par la Providence divine) s'arrester au pied du dit arbre. Eux, reconnoissant les graces infinies que Dieu leur faisoit, après l'en avoir remercié, s'embarquèrent en icelle, laquelle incontinent reprit le fil de l'eau, et furent par ce moyen rendus à bon port.
A quatre lieues au deçà de Rouane, sur la dite rivière de Loyre, fut pris un petit enfant aagé environ de quatre ans, tout nu en chemise, sur un rameau qui le portoit, avec un poussin dans le sein. Il est à présumer que la chaleur de ce petit animal ayda beaucoup ce pauvre enfant abandonné à la rigueur d'un tel froid.
Un habitant de la ville de Sancerre, estant surpris de ceste tempeste, se retira de sur un arbre avec sa femme et un laquais qui se dit estre de la ville de Troye en Champagne. Cet habitant, ayant peu d'asseurance en cet arbre, s'hazarda à la nage d'aller querir un bateau qui flotoit sur l'eau. Lors le pauvre garçon, ayant son seul et dernier recours en Dieu, s'adressant à sa maistresse (qui estoit de la religion pretendue reformée[5]): Or, priez maintenant Dieu, luy dit-il, à vostre mode et en quelle langue que vous voudrez; je le priray à la mienne. Et commença à faire le signe de la croix et prier à la façon de l'Eglise catholique. Son maistre cependant arrive avec le bateau, par le moyen duquel ils furent sauvez miraculeusement. Reconnoissant avoir receu un si grand benefice de Dieu, ont abjuré l'heresie de Calvin, et se sont convertis avec toute leur famille à la religion catholique, apostolique et romaine.
[Note 5: On sait que tous ces parages étoient peuplés de calvinistes fervents. Le terrible siége de Sancerre, en 1574, l'a suffisamment prouvé.]
Plusieurs maisons ont estez entièrement sappées de leurs fondemens, et comme vaisseaux alloient demy noyez, flottant sur les vagues; les meubles et les provisions de plusieurs bourgs et villages ont estez miserablement ravis et entraisnez par l'eau, avec grand nombre de troupeaux de brebis et boeufs, qui, estant trop pesans à la nage, s'arestèrent au fond, où plusieurs hommes, femmes et enfans, sont demeurez ensevelis.
Ainsi quantité de semblables tragicomedies ont restées representées dans ces inondations. Le recit en seroit de trop longue haleine; ceux-cy pourront suffire pour tirer consequence des autres et faire voir quelque ressentiment des jugemens de Dieu, et donner à entendre qu'il est couroucé contre nous. Qu'ils suffisent donc aussi pour rendre les hommes plus soigneux à destourner son ire[6].
[Note 6: On ne s'occupa même pas alors de détourner la colère du fléau. Il fallut encore quatre inondations, celle de 1641, qui rompit les levées, et où l'on vit la Loire se réunir au Loiret, comme cela étoit arrivé le 28 mai 1567; celles de 1649 et de 1651, dont souffrirent surtout les vallées de l'Anjou, pour qu'on s'ingéniât enfin de prendre des mesures. Le 24 mai 1651 fut rendu un arrêt du conseil pour le rétablissement des turcies et levées de la Basse-Loire (Ordonnances de Louis XIV, t. III, fol. 320). Cent ans après seulement nous trouvons ces levées en bon état, depuis Angers jusqu'à Nevers, et aussi sur tout le cours de l'Allier jusqu'à Vichy. V. Traité de la police, t. IV, liv. VI, tit. 13, ch. 5.]
Le Feu royal, faict par le sieur Jumeau, arquebusier ordinaire de Sa Majesté[7]. Présenté au Roy.
A Paris, par Nicolas Callemont, demeurant à la rue Quiquetonne[8]. 1618.
[Note 7: On ne distinguoit pas alors les arquebusiers des artificiers, et M. de Paulmy nous en donne ainsi la raison: «On appeloit, dit-il, les arquebusiers artificiers, non qu'ils fissent et vendissent de la poudre, mais parceque toutes les armes à feu qu'ils fabriquoient étoient appelées du mot général artifice.» (Mélanges tirés d'une grande Bibliothèque, Hh., p. 5.) La vente de la poudre, et surtout celle de pièces d'artifices, furent toutefois un monopole des artificiers, qui s'étoient pourvus de provisions de la cour, et qui par là avoient le droit, comme ici le sieur Jumeau, de prendre le titre d'artificier du roi. On leur accordoit ce titre, «avec faculté de faire saisir par le bailli de l'Arsenal toutes espèces d'artifices qui se trouveroient chez les merciers et autres particuliers qui s'ingéreroient d'en faire et d'en vendre». (Guide des corps des marchands, 1766, in-12, p. 160.) En outre de ces artificiers du roi, il y avoit celui de l'Hôtel-de-Ville, qui étoit aux gages de la ville de Paris, avec lettres «qui étoient marques de sa charge». Il devoit, dans les occasions de réjouissance, faire tous les feux de la ville, tels que, par exemple, le feu de la Saint-Jean, que le roi devoit venir allumer lui-même. Louis XIII alluma celui de 1620.]
[Note 8: C'est ainsi qu'on appeloit alors et qu'on auroit toujours dû nommer la rue Tiquetonne, puisqu'en effet elle eut pour parrain, au XIVe siècle, le riche boulanger Rogier Quiquetonne.]
Avec privilège du Roy.
Entre les lapidères, la pierre la plus précieuse estimée est le diamant, l'oeuvre n'en rehaussant nullement l'excellence, mais seullement celuy qui a plus de pois et d'eclat a plus de pris: de mesme est-il des hommes, qui semblent que la nature les ayent formés en mesme moulle; mais l'esprit seullement leur donne le pois et le pris, et particullièrement ceux qui ont recherché l'invention des feux d'artifices, invention estimée par toutes les nations du monde, puisque aux choses memorables et aux actions les plus celebres, c'est l'ame des passetemps et le plaisir le plus estimé, puisque c'est celuy de nostre roy[9]. Aussi en ce jour heureux de Sainct-Cosme, pour lequel cest artifice avoit esté destiné et differé en consideration du voyage de Sa Majesté, où il s'agist de la commune resjouissance des François pour l'heureuse naissance de Louys le Juste, nostre roy invincible[10], où il s'est veu des effaits admirables du feu, que jadis celuy qui brusla ce que Alcide eust de mortel ne le peut esgaller, ny celuy dont Prometée anima ses statues ne fut jamais si glorieux.
[Note 9: Les feux d'artifice étoient en effet fort à la mode alors. On se les permettoit même dans les couvents lorsqu'il s'agissoit de cérémonies un peu importantes, telles que canonisations de saints ou de saintes. Les fêtes de la canonisation de sainte Thérèse furent pour les carmes l'occasion de réjouissances de cette espèce. V. notre édit. des Caquets de l'Accouchée, p. 48-49, note, et Dreux du Radier, Récréations historiques, t. 2, p. 183.]
[Note 10: Louis XIII étoit né le 29 septembre, jour de Saint-Côme.--Le feu d'artifice du sieur Jumeau, préparé pour célébrer l'heureux événement de la paix survenue entre le roi et les princes après l'assassinat du maréchal d'Ancre, avoit été ajourné jusqu'à l'anniversaire de la naissance de Louis XIII par suite des voyages du roi à Rouen et dans le centre de la France.]
En la première action il s'est veu cent fusées produire et nous monstrer diverses sortes de feu et de figures portées en l'air par des inventions admirables et qui n'ont jamais esté veues[11].
[Note 11: Pendant tout ce règne et le suivant, ces inventions se perfectionnèrent encore. Lors de la naissance de Louis XIV, il y eut, par exemple, des feux d'artifice qui éclipsèrent tout ce qu'on avoit vu jusque alors. «Les jésuites, outre près de mille flambeaux dont ils tapissèrent leurs murs les 5 et 6, firent, le 7 dudit mois de septembre, un ingénieux feu d'artifice dans leurs cours, qu'un dauphin alluma entre plus de deux mille autres lumières qui éclairoient un ballet et comedie, sur le mesme sujet, representés par leurs escoliers.» (Cérémonial françois, t. 2, p. 214.)--C'est un nommé Carême qui, à la fin du XVIIe siècle, excelloit dans ce genre de merveilles pyrotechniques. «Carême, lit-on dans le Livre commode des adresses, au chapitre des Passe-temps et menus plaisirs, se rend célèbre par les feux d'artifice figurés, coloriés.»]
En la seconde action il s'est veu six geans, representant six nations en circonference, combatre les uns contre les autres au milieu de la rivière de Seine[12], qui avoient une perpétuelle action et un mouvement continuel, sans que l'on peust recoignoistre qui les faisoit mouvoir, au milieu de laquelle circonferance il y avoit un rocher eslevé d'une toise et demie de hauteur, sur lequel estoit un aigle d'une excessive grandeur, et Jupiter posé dessus, tenant son foudre à la main, qui lança sur les geans qui vouloient saper son trosne, lequel foudre il jetta sur eux et les reduit au neant.
[Note 12: Les feux d'artifice étoient tirés, au XVIIe siècle, soit sur des bateaux en pleine Seine, comme celui dont l'ambassadeur d'Espagne donna le spectacle aux Parisiens en 1722, à l'occasion de l'arrivée de l'infante, et qui fut disposé avec beaucoup d'art entre le Pont-Royal et le Pont-Neuf (V. Journal de Marais, Rev. rétrosp., 30 nov. 1836, p. 182), soit sur la Pont-Neuf même. C'est là que fut tiré celui des fêtes de la naissance de Louis XIV, qui inspira ces vers de Saint-Amant:
Au milieu du Pont-Neuf,
Près du cheval de bronze,
Depuis huit jusqu'à neuf,
Depuis dix jusqu'à onze,
On fit un si grand feu qu'on eut grand'peine
De sauver la Samaritaine
Et d'empêcher de brûler la Seine.
Voy. aussi le Journal de Barbier, t. 2, p. 138, 241, 304.--Sous Louis XIII, les particuliers qui vouloient se donner ce divertissement se rendoient dans l'île Notre-Dame (île Saint-Louis), à peu près inhabitée, et y tiraient leurs feux d'artifice. Une fusée lancée de là par un jeune garçon, pendant les fêtes de la Saint-Jean de cette même année 1618, tomba sur un bateau du port au Foin, qui prit feu, et qui, s'en allant à la dérive, incendiant les autres bateaux, faillit embraser le pont. (Mercure françois, 1618, p. 25.)]
Par la circonferance est representé le royaume de France, qui est tousjours demeuré ferme au milieu des ondes, bien qu'il aye esté battu, et quasi comme abbattu d'une infinité d'orages et de mouvemens divers que les siècles passés luy ont fait voir. Le mouvement continuel, c'est la sagesse et la raison qui balancent continuellement dans l'esprit de ceste Antipater de nostre Philippe François, que je puis nommer le premier cercle de ceste sphère et la première horloge dont le contre-poids tend tousjours au bien du public, que l'on peut dire avoir autant de faveur que son merite est eslevé entre les hommes; la vertu duquel l'on ne peut mettre en sa juste exaltation, car, si les souhets des sujets de Sa Majesté avoient lieu aux choses mortelles, je lui souhetterois de l'immortalité et luy donnerois toutes les louanges que les siècles que nous avons passé attribuent à l'integrité, au service et à la fidellité deue à son prince. Le rocher qui est au milieu de la circonferance, c'est la ville de Paris, ce miracle du monde, laquelle, encore qu'elle aye esté agitée et sa sainture aye esté veue de l'estranger, est tousjours demeurée ferme comme un rocher en l'obeissance de Sa Majesté.
L'aigle qui estent ainsi les ailes, c'est cet auguste parlement, ce nid de science qui protège, sous l'authorité du roy, le public et le particulier. Par Jupiter, qui est sur l'aigle assis, est representé Louys le Juste, nostre roy, qui, tout ardant de combattre comme un Cesar, tout redouté en son combat comme Henry le Grand, ayant le fer et le foudre en la main, le lance sur les nations qui le voudroient empescher de porter son espée sur les confins de l'univers, où nous luy verrons naistre les palmes dedans les mains et le laurier seindre son front glorieux.
En la troisième action il s'est veu sur un batteau sur lequel estoient des niches remplies de personnages et bordé de fleurs de lis coronnées d'une excessive grandeur avec L. L. d'or assises en des croissans soustenus par des septres, le tout semé de lances à feu qui rendent une clarté admirable, au milieu duquel estoit une piramide fort bien eslabourée et esmailée de toutes sortes de couleurs, aux angles de laquelle estoient quatre vazes dans lesquels estoient posez des bouquets de fleurs d'Italie representés au naturel, et à la pointe de laquelle estoit un soleil de huit pieds de diamètre, dont les rayons esbloissoient les yeux des assistans qui estoient accourus de toutes pars pour voir les merveilles de cet artifice. Le roy et la cour ayant veu ce soleil faire son cours en un quart d'heure, incontinent l'on entendit milles tonnerres retentir par le bruit des canons, qui sembloit que la machine du ciel devoit dissoudre.
Par ce pié d'estal[13] nous est figuré une cadrature qui est la mesme fermeté et asseurance, qui nous represante la paix, precieux gaige que le roy nous a donné, que nous ne pouvons plus dire que nostre bonne fortune soit chancellante, mais maintenant qu'elle est assise sur un ferme et durable fondement, durant laquelle voyons espanouir les fleurs de lis, non en l'orient ny au midy, mais au couchant de la journée, que nous pourrons dire estre animez de l'ardeur du soleil qui les regarde par une puissance extraordinaire.
[Note 13: Piédestal ne s'écrivit d'abord pas autrement.]
Les personnages qui sont autour du piedestal representent la Force dont la Justice doit estre aydée, car depuis qu'elle est armée de puissance elle presse les passions violantes de l'ame du celerat qui a pour objet la punition qui le retient, et le bon à la vertu, qui l'engaige à bien faire. Les L. L. qui sont assises en des croissans representent le nom de Louys le Juste, que son peuple comble de benedictions, afin que, croissant en aage, en justice, pieté, clemence et en toutes autres sortes de vertus, nous puissions vivre en esperance que la France reverra encore le siècle doré. La piramide assise au milieu de la cadrature nous represente la Justice, qui est un des fondemens principaux du bastiment d'un Estat, justice qui vient du ciel divinement s'espandre sur la personne des roys; comme nous voyons l'humeur se puiser dedans l'eau, la chaleur venir du feu, la solidité du corps naistre de la terre et l'esprit se tirer de l'air, de mesme nous pouvons dire la justice venir de Dieu sur les roys, qui la renvoyent par reflection, comme les sources font leurs ruisseaux, dessus leurs peuples pour leur en faire user une plus tranquille et plus assurée. Aussi la justice est-elle la fin de la loy, la loy l'oeuvre du prince, et le prince l'image de Dieu. Les quatre vases qui sont au pied de la piramide representent les quatre cas dont la Justice est animée, qui sont le commandement, la deffence, la permission et la punition, car la fin de la loi gist à commander, deffendre, permettre et punir. Cela estant inviolablement gardé fera que nous verrons le bouton et la fleur de la justice rendre les quatre coins du royaume tout odorans. En la pointe de la piramide est un soleil brillant qui porte le nom de ce grand roy, qui nous represente la Religion, qui est la première colonne, le principal apuy des royaumes, et le pivot qui donne le mouvement à ceste miraculeuse machine qui brille continuellement sur la justice, sur les lys et en la paix, et particulièrement au siècle où nous sommes, où nous voyons Sa Majesté estre le premier et principal protecteur, de sorte que nous pouvons dire que c'est un Cesar conquerant, un Auguste pacificateur de son Estat et un Constantin restaurateur de son Eglise.
En la quatriesme action, il s'est veu cent partemens de fusées enrichir le ciel d'un million d'estoilles, diverses sortes d'autres feux que l'on a veu serpenter dedans l'air et dedans l'eau[14]. L'on a veu des commettes non decendre du ciel, mais sortir de terre pour aller dans les cieux y porter les voeux et les prières de tous les sujets de Sa Majesté pour perpetuer les jours à la durée d'un siècle de ce grand roy, borner son royaume des confins de l'univers et le rendre le plus heureux monarque qui aye jamais veu le soleil.
[Note 14: Ceci nous fait souvenir du feu d'artifice du Menteur (acte 1er, sc. 5), qui, selon la mode du temps, auroit aussi été tiré sur la rivière:
Après qu'on eut mangé, mille et mille fusées S'élançant dans les airs, ou droites ou croisées, Firent un nouveau jour, d'où tant de serpenteaux D'un déluge de flamme attaquèrent les eaux, Qu'on crut que, pour leur faire une plus rude guerre, Tout l'élément du feu tombait du ciel en terre.]
Memoire veritable du prix excessif des vivres de la Rochelle pendant le siège.
Envoyé à la Royne mère.
A Paris, par Nicolas Callemont, demeurant rue Quiquetonne.
M.DC.XXVIII[15].
[Note 15: Cette pièce, très rare, a été analysée dans une relation du siége de la Rochelle reproduite, d'après l'édition du temps, par les Archives curieuses, 2e série, t. 3, p. 111-113.--Un autre Mémoire sur le même sujet parut alors sous le titre de _Mémoire très particulier de la despence qui a esté faicte dans la ville de la Rochelle, avec le prix et qualité des viandes qui ont esté excessivement vendues en ladite ville, depuis le commencement du mois d'octobre jusqu'à sa réduction_. A Paris, chez Charles Hulpeau, sur le pont Sainct-Michel, à l'Ancre double, et à sa boutique dans la grand salle du Palais, 1638, avec permission; in-8. Il existe entre les deux pièces, pour quelques détails de l'étrange tarif qu'elles donnent l'une et l'autre, des différences que nous signalerons au passage.]
Depuis qu'une fois les hommes se retirent du sentier de la raison, non seulement ils se rangent au nombre des brutes, mais s'abaissent encore en un degré beaucoup plus bas: car, si les animaux iraisonnables souffrent quelquefois, ce n'est que par quelque accident, pour lequel eviter la nature leur a desnié la prevoyance; et les humains, qui prevoyent leur malheur et cognoissent bien le goufre dans lequel leurs violentes passions les vont precipiter, ne laissent pas de les suivre avec le mesme visage que si elles alloient les faire participant des honneurs d'un celèbre triomphe.
L'obstination des Rochelois donne assez de lumière à ceste verité, qui, soubs pretexte de mettre tous ceux de sa suitte en liberté, en a privez un bon nombre de la vie et fait abismer leurs ames aux creux des enfers, où elles sont reduictes en une horrible et perpetuelle servitude.
Elle a changé en un neant leur souveraineté pretendue, et, cependant qu'ils s'amusoient à forger de la monnoye[16], ils ne consideroient pas que ceste furie marquoit leurs ames à son coing pour les rendre là-bas de meilleur alloy et en faire un payement aux diables, desquels elle avoit emprunté les artificieuses inventions avec lesquelles elle avoit tant pris de peine pour les perdre.
[Note 16: Ceci prouveroit que les Rochellois fabriquèrent une monnoie ayant cours dans leur ville pendant le siége, comme cela s'est très souvent pratiqué. Les pièces en sont, à ce qu'il paroît, devenues très rares, car Tobiesen Duby et M. Cartier ne les mentionnent pas dans leurs curieux travaux sur les Monnoies obsidionales et de nécessité.]
Ainsi ceux qui mettoient l'esperance de leur conservation au ciel, à la mer et à la terre, ont trouvé que la terre, la mer et les cieux ont esté les propres ministres de sa ruyne, et que, lors qu'ils presumoient de faire estimer leurs courages affamez de gloire, leurs corps furent tellement affamez de vivres que le plus grand nombre a esté contrainct de succomber soubs les efforts de la necessité, et l'autre reduict à les achepter au prix dont le memoire suivant faict mention:
Un biscuit de demy-livre, 25 livres.
La livre de boeuf, ou vache, 12 livres.
La livre de cheval, 6 livres.
La livre de chien, 20 sols.
La teste de chien, 10 livres.
Un oeuf, 8 livres.
La pinte de vin, mesure de la ville[17], 7 livres.
La livre de peau de boeuf apprestée, 3 livres[18].
Une poulle, 24 livres.
Un mouton, 300 livres.
Une vache, 2,000 livres.
La livre de sucre, 24 livres.
La livre de castonnade[19], 16 livres.
Une mourue, 10 livres.
Une seiche, 6 livres.
La livre de confiture commune, 16 livres.
La livre de peau de boeuf seiche, 20 sols.
Une racine de poirée, 8 sols.
Deux feuilles de choux, 5 sols[20].
Un oignon, 10 sols.
Une trippe de boeuf, 3 livres.
Une trippe de cheval, 20 sols.
Une pomme, 32 sols[21].
La pinte de lait, 3 livres[22].
Le boisseau de bled, mesure de la Rochelle, 800 livres.
La huictiesme partie du boisseau de bled, avec le sang de pigeon,
90 livres.
Le boisseau de vaisse, 100 livres.
La livre de viande d'asne, 32 sols.
Un pasté d'une ruelle de boeuf, 100 livres.
Un collet de mouton, 27 livres.
La livre de lart, 12 livres.
L'once de pain ordinaire, 32 sols.
L'once de pain de paille fait avec sucre, 22 sols.
Un reffort, 5 sols[23].
La livre de raisins frais, 18 livres.
La livre de beurre, 18 livres.
La livre d'huille, 18 livres.
L'once de pain d'iris, avec sucre, 24 sols.[24]
[Note 17: Dans le Mémoire très particulier la pinte de vin n'est portée qu'à 3 livres, mais sans doute d'après la mesure de Paris, qui alors eût été moindre que celle de la Rochelle.]
[Note 18: Dans le Mémoire très particulier la livre de peau de boeuf est portée à 7 livres, encore ne dit-on pas, comme ici, qu'elle fût apprêtée.]
[Note 19: On disoit alors indifféremment cassonnade ou castonnade, et les deux mots passoient pour aussi françois l'un que l'autre. Ménage même préféroit le dernier, mais il manquoit en cela à ses devoirs d'étymologiste, puisqu'en effet, le mot venant des casses ou caisses, dans lesquelles ce sucre brut venoit du Brésil, c'est bien certainement cassonnade qu'il faut dire. L'auteur des Bagolins, comédie imprimée à Amsterdam, en avoit déjà décidé ainsi en 1703. Bagolin, l'amant ridicule, faisant une déclaration à sa maîtresse, lui adresse ces vers:
Beau miel très savoureux, que doit lescher mon ame, Doux beure qui se va tout foudre par ma flamme, Luisant sucre candy, cassonnade d'amour, Cresme de la beauté, tarte sortant du four, Regardez un amant qui devient confiture.]
[Note 20: Article porté à 10 sols dans le Mémoire très particulier.]
[Note 21: 30 sols seulement d'après l'autre Mémoire.]
[Note 22: Var.: 4 livres.]
[Note 23: On ne trouve pas dans le Mémoire très particulier le prix du raifort, mais, en échange, celui d'une rave, 8 sols.]
[Note 24: On ne trouve pas ici le détail de tout ce qu'on mangeoit à la Rochelle pendant le siége: les chats et les rats entroient dans le menu, et les puissants parmi les assiégés, voire M. de Rohan et sa mère, devoient se contenter de ce régal. On le sait par les Mémoires de Feuquières. Ceux de Pontis donnent d'autres détails plus navrants. Ils parlent, entre autres, d'un hôtelier qui «pendant huit jours s'étoit tiré du sang et l'avoit fricassé pour en nourrir son pauvre enfant».]
La grande proprieté des bottes sans cheval en tout temps, nouvellement descouverte, avec leurs appartenances, dans le grand magasin des esprits curieux.
* * * * *
SUBJECT DU PRESENT DISCOURS.
Je ne crains point d'avoir mon bas crotté,
Car en tout temps sans cheval suis botté.
Ce noble estat m'espargne argent et page,
Laquais, cheval, foin, avoine et fourrage.
* * * * *
A Paris, chez Nicolas Alexandre, rue des Mathurins.
M.DC.XVI.
O bella cosa! disoit dernierement un ramoneur lombard voyant la merveille des bottes. Disons donc: Ho! messieurs, venez voir, venez voir, et tost donc! Voicy l'invention des inventions, voire la plus belle chose qui se puisse trouver au ratelier du grand chosier. Or escoutez donc, car vous verrez et orrez merveilles. Je souppois dernierement avec le bon père Crito (je m'enten bien); il estoit aussi un peu philosophe, et venoit tout estonné de faire la ronde autour de l'esquadre des fols, et, pour m'assurer de son dire, me jura sur son court et large coutelas qu'il n'estoit plus si fol qu'il souloit estre au temps du philosophe Menippus, qui portoit tousjours le pacquet de sa folie sur luy, soit qu'il allast aux champs ou qu'il fust de sejour en la ville. Revenant donc, dit-il, de ce beau pays des fols, il dit qu'il eut beaucoup de peine à retrouver le chemin, car l'air inferieur en estoit tout obscurcy, et ne sçavoit lequel regarder, tant il y en avoit; entre autres il vit la nouvelle façon des bottes sans chevaux et en fut tout estonné, veu que ce n'est la coustume en France d'avoir des bottes s'il n'y a cheval en l'escurie. Mais il s'advisa et dit en soy-mesme: Peut estre, helas! que je me suis fourvoyé et que je suis en l'autre monde. Et, cherchant de tous costez, s'asseura, cognoissant qu'il estoit à Paris, et sceut par un savetier au coin d'une rue[25] l'occasion de tant de bottes sans chevaux; et, beuvans ensemble, ledit savetier (salva reverentia vestra) luy dit: Monsieur, vous qui venez de loin, n'avez-vous point appris par ouyr dire pourquoy vous voyez tant de gens bottez? Il y a icy, je me doute, de la ruse et de la finesse cachée.--Je vous le diray, puisqu'il vous plaist me faire cest honneur que bevions icy particulierement au fond de ceste cave: personne ne nous orra. C'est (mais à vos graces cependant) qu'un certain quidam, gentil-homme sans nom, botté et espronné comme un cocq, mais sans cheval, est arrivé en ceste ville n'y a pas long-temps, et, feignant estre quelque grand entrepreneur, promit à plusieurs un secret pour paroistre galand homme et contre-faire le courtisan. O! que cela plaist à plusieurs aujourd'huy, qui demandent à ces pauvres col-porteurs: Et bien! mon maistre, y a-il rien de nouveau? Qu'est-ce que tu as là dans ta bale? N'est-ce que cela de nouveau? Et disant cela n'oublient une autre nouvelle façon de se curer les dents; mais, helas! les miserables n'ont encor desjeuné, quoy qu'il soit trois heures après midy, faute d'un sol pour demy-septier et deux liards de pain, et ils demandent de la nouveauté. C'est bien raison, puis que Moustafa porte des bottes, cheminans superbement les mains sur les costez comme pots à anses, dedaignans moustachiquement tout ce qu'ils rencontrent. Leurs foudroyantes espées peuplent presque tous les cimetiers de corps, lesquels, après avoir esté tuez de tels gens, ne laissent de se bien porter par après[26], et qui pis est, de leur regard louchant soubs un branlant pennache de demy-quart d'escu[27], ils font presques fremir Juppin, qui est sur le point, ce leur semble, de leur cedder son foudre et son aigle pour avoir paix avec eux, nonobstant qu'ils ne facent peur qu'aux limaçons[28], mousches et sauterelles. Je m'assure que, si le plaisant Lucian les rencontrait, il s'en riroit demesurement, et par pitié leur donneroit de ses roses, pour d'asnes (comme il fut autrefois) les faire devenir hommes[29], afin qu'estans deschargez du fardeau de folie, ils peussent passer la barque de Charon et aller hors de nostre sphoere danser aux champs Elisiens. Mais, à propos de bottes[30] (nous en dirons ce qu'il faut sur la fin), nostre Crito dit avoir ouy une grande plainte: c'est que les chapeliers sont tout estonnez non seulement de tant de bottes nouvelles, mais aussi des nouveaux chappeaux pour accompagner les dites bottes dans plus de la moitié de la Savaterie, et disent qu'en cela ils perdent l'escrime et le meilleur de leur latin, quoy qu'il n'y en ait guères: car en la fabrique des chappeaux l'un les veut pointus en pyramides, à la façon d'un pain de sucre[31], qui dansent en cheminant sur la perruque acheptée au Palais, garnie de sa moustache[32] à queue de rat derrière l'oreille; autres les veulent plats façon de chasse, ou à la cordelière, retroussez d'un costé en façon de mauvais garçon, avec un morceau de plume verte, jaulne, rouge, grise ou autrement, et voilà le galand; autres en veulent en façon de turban levantin ou moscovite, ronds et peu de bords[33], pour dire: Je ne suis plus Francé. C'est comme on parle maintenant[34]. Je veux une nouvelle façon. Et quoy! ne paroistray-je pas botté, espronné, moustaché et guirlandé? Si feray dea! C'est la verité, Monsieur; vous estes brave comme cela, et si paroissez autrement, vous vous pourriez bien hardiment dire descheu du point d'honneur et n'oseriez vous trouver au lendit de Sainct-Denys[35]. Une autre nouveauté, c'est les habits de certaines damoiselles imprimées nouvellement qui sont habillées à la suisse, faisant boufer hors des manches le taffetas, comme les brayettes d'iceux Suisses[36], où il y a du nez, quoy qu'on en die; mais elles gastent toute la bigarure avec leurs fausses perruques, saulpoudrées de poudre de Cypre[37] (c'est discrettement fait), à sçavoir pour corrompre une plus mauvaise odeur cachée dessouz, et _pro causa_[38]. Je les entends desjà, ce me semble, car elles ont bon caquet: «Nostre-Dame, ma mie, ma commère, qu'est cecy? de quoy se mesle-on? qu'a-on affaire de nos menues folies?» Patience, damoiselettes, attendez, et non fumetis, ayez patience. Elles portent encore (Ha! maistre Crito, vous direz tout à la fin) le teton bondissant[39] et relevé par engins au dehors, pour donner appetit et passetemps aux alterez. Ainsi marchoit Thaïs de Corinthe, Flora, Romaine, et autres femmes lascives; et, suivant cela, on dit que bon vin n'a besoin de bouchon[40].
[Note 25: Chaque coin de rue avoit alors son savetier, qui étoit le grand causeur, le grand gabeur, le gazetier de tout le voisinage. On connoît cette jolie épigramme de d'Aceilly:
Le savetier de notre coin
Rit, chante et boit sans aucun soin.
Nulle affaire ne l'importune.
Pourvu qu'il ait un cuir entier,
Il se moque de la fortune
Et se rit de tout le quartier.]
[Note 26: C'est à peu près le vers du Menteur:
Les gens que vous tuez se portent assez bien.]
[Note 27: Le luxe des panaches étoit une des grandes dépenses des courtisans. Une plume d'un demi-quart d'écu étoit du dernier misérable. Le Mascarille des Précieuses (scène 10) se vante que chaque brin des siennes lui coûte un louis d'or.--Les panaches se portaient surtout à l'armée, ce qui fait dire par du Lorens, dans une de ses Satyres, 1624, in-8, p. 60:
Si la guerre n'étoit un moyen de voler, Sans ailes ni sans plume on n'y voudrait aller.]
[Note 28: Comme les Espagnols, grands mangeurs d'escargots et d'oignons, et que toutes les caricatures du temps nous représentent largement pourvus de ces denrées. V. Musée de la Caricature, premières livraisons.]
[Note 29: On connoît ce passage de la Luciade où Lucius, changé en âne, retrouve sa forme humaine après avoir mangé une couronne de roses. V. la traduction de P. L. Courier, Oeuvres, édit. du Panthéon littéraire, p. 135.]
[Note 30: On n'est pas bien d'accord sur l'origine de cette locution proverbiale. Il se pourroit qu'elle vînt de l'anecdote dont nous avons déjà parlé (t. 5, p. 186), et qui nous montre François Ier se décidant tout à coup à substituer la langue françoise à la langue latine dans les tribunaux, parce-qu'un seigneur que la cour avoit debouté (debotaverat) avoit cru être débotté par elle. Cette importante mesure auroit, en effet, été prise ainsi à propos de bottes. M. Quitard pense cependant que cette expression est plus ancienne. Il dit l'avoir retrouvée dans un livre antérieur au règne de François Ier, avec une note marginale qui en attribuoit l'origine aux exactions que les Anglois, maîtres de la France, commettoient contre les paysans, jusque là qu'ils prélevoient de fortes dîmes et de grosses sommes pour leurs souliers et leurs bottes. (Quitard, Dictionnaire des Proverbes, p. 163-164.)]
[Note 31: C'est ce que G. Naudé, dans le Mascurat, in-4, p. 187, appelle des chapeaux en pot à beurre.]
[Note 32: Sur ces moustaches ou cheveux tombant sur les côtés de la perruque, V. le t. 3, p. 243.--Celles qu'on appeloit cadenettes devoient leur nom à l'un des frères de Luynes, Honoré d'Albert, seigneur de Cadenet. Ménage nous l'avoit appris depuis long-temps; les Historiettes de Tallemant nous l'ont confirmé. V. édit. P. Paris, t. 1, p. 399.]
[Note 33: Sur ces diverses formes de chapeaux, voir le Satyrique de cour, dans notre t. 3, p. 245.]
[Note 34: C'étoit la prononciation à la mode, due à l'imitation de l'accent efféminé des Italiens. «On n'ose plus, dit Henry Estienne dans son Dialogue du nouveau langage françois italianizé, Paris, 1579, on n'ose plus écrire françois, françoise, sous peine d'être appelé pédant.» Courval Sonnet, qui avoit vu les progrès de cette mauvaise prononciation, et qui la trouvoit tout à fait triomphante sous Louis XIII, à l'époque même où parut la pièce que nous reproduisons, s'en explique ainsi dans une de ses satyres:
Bref, que dirai-je plus? Il faut dire il allèt, Je crès, françès, anglès, il disèt, il parlèt.
C'est donc inutilement que les doctes, Pasquier en tête, avoient proscrit cet accent exotique. «Le courtisan aux mots douillets, écrivoit-il dans sa quatrième lettre à Ramus, nous couchera de ces paroles: «_reyne_ (au lieu de royne), allèt, tenèt, menèt ... Ni vous, ni moi, je m'asseure, ne prononcerons, et moins encore écrirons, ces mots de reyne, allèt, menèt.» V. Lettres de Pasquier, in-fol., t. 2, p. 46, 57-58.]
[Note 35: On sait que le landit étoit la foire qui se tenoit à Saint-Denis dans la dernière quinzaine de juin.]
[Note 36: V. le Satyrique de cour, dans notre t. 3, p. 248, note.]
[Note 37: Cette poudre, dont nous avons déjà parlé, t. 3, p. 253, note, resta long-temps en faveur pour la toilette des hommes comme pour celle des femmes, surtout pour les perruques:
Le matin y met de l'ambre,
De la pommade, de l'iris,
Des poudres du nom de Cypris,
Qui s'attachent à la pommade.
Vers à la Fronde sur la mode des hommes, présentés aux curieux du temps..., 1650, in-4.
«Diane, lit-on dans le Francion, édit. de 1663, p. 267, se plaignit à sa servante de ce qu'il y avoit eu quelque gueux qui avoit fait de l'ordure dedans son banc. Ce fut cela qui l'en fit sortir; mais la poudre de Cypre dont vous étiez couvert vous empescha de sentir une si mauvaise odeur.»]
[Note 38: Ce qui donne raison à ce joli distique de Martial dans l'une de ses épigrammes (liv. 2, épigr. 12):
Hoc mihi suspectum est, quod oles bene, Posthume, semper. Posthume, non bene olet, qui bene semper olet.]
[Note 39: V. notre t. 3, p, 257-258.]
[Note 40: C'est, comme on sait, le vieux proverbe latin qui se trouve dans les Mimes de Publius Syrus: Vino vendibili hedera non opus est.]
Mais j'ay pensé oublier le principal: c'est que, pour porter proprement telles bottes, il faut s'accoustumer à dire: chouse, je venés, je disés, j'estés, Anglés, Francés, et autre tel barraguin estranger; et qui n'a ceste pièce en sa valise, qu'il se garde bien pour son honneur de porter des bottes de cordonnier, soit de la savaterie, car elles sont aujourd'huy cause d'un grand bruit, d'autant que les maistres cordonniers sont sur le point de se bien galer avec les savetiers, car il n'y a qu'eux qui vendent des bottes frippées à un quart d'escu ou vingt sols. Ils veulent aussi aux ferronniers de la vallée de Misère[41] pour les vieux esperons. Autre grand debat s'est esmeu entre les maquinons, vendeurs de chevaux, avec les sus dits savetiers, car ils veulent sçavoir, quoy qu'il en soit, d'où ils ont tant de bottes, et eux ne vendent point de chevaux, et asseurent en leurs articles qu'il y a de la tromperie, veu qu'il ne peut avoir tant de bottes sans chevaux[42]. Mais l'affaire n'a point esté si aigre, car les savetiers ont représenté (descouvrant le secret du sus dit gentil-homme sans nom) que les grandes boues de Paris estoient cause de telle confusion de bottes[43], et qu'un homme a plus tost trouvé vingt sols pour une paire de bottes que vingt escus pour un meschant cheval, joint qu'elles sont propres du tout pour espargner souliers, bas de chausses, se garder des crottes et espargner le foin et l'avoine pour un cheval; et, qui plus est, un homme botté et esperonné est estimé, peu s'en faut, gentil-homme, et a plus de credit à la rotisserie et au tripot, attendant les foins nouveaux[44]. Ces considerations diligemment et meurement pesées, burelées et justifiées, les commoditez des bottes recognues si grandes, qui sera si hardy d'en oser medire? Voyons-nous pas qu'elles servent en tout temps pour aller à pied sans cheval? Y a-il rien de plus gentil et mirlifique que voir un homme perruqué, escharpé, botté et esperonné? Est-ce pas un traict d'espargne provenant d'un bon esprit? Le pauvre Platon fut estimé fol autrefois parce qu'il descendit de cheval aussi tost qu'il y fut monté. Il me semble d'en avoir ouy la cause, et ay ouy dire que ce fut parcequ'il se recogneut estre sans bottes. Ainsi, par consequent, je concluds, soit en baroco[45], padesmo ou autrement, comme on le trouvera meilleur, qu'un homme est tousjours plus asseuré des chiens avec des bottes qu'avec un bas de toile, principalement quand les esperons y tiennent, et qu'il ne doit pour son honneur aller à cheval sans bottes. Ainsi se trouve verifiée ceste generale et merveilleuse prediction du grand Artus, au large bonnet flocqué[46], qui vivoit du temps de son grand frère Desiré[47], bon homme des Entomures[48], souz le pilier verd des gras fromages, aux hasles, qui a predit qu'au temps que les grues pondroient en l'air on verroit de très grandes merveilles, à sçavoir des chevaux en pourpoint et des hommes bottez sans mule. Finalement, pour eviter à toutes questions, noises, frais et debats, a esté d'un mutuel accord et consentement conclud, clos et arresté entre tous les autres estats qui y pourroient ou voudroient pretendre quelque interest, et les sus dits savetiers, tant des hasles, savaterie, rue de la Poterie et ailleurs, tous ès lieux de leur fripperie, assemblez à la Table Roland[49], et partout où le vin a esté trouvé le meilleur, que les dits savetiers n'achepteront ny vendront desormais, tant en gros qu'en detail, aucunes bottes, tant crottées qu'autrement, si le cheval, mulet ou asne à selle ne les cautionne duement et suffisamment; mais il est apparent et notoire qu'il n'y a point de cheval à l'estable faute d'avoine, de foin et d'argent, qui est le pis, ergo gluc, etc. Les bottes sans cheval sont fessées, biffées et annulées, et remises ès pieds et jambes de ceux qui auront le moyen de les entretenir avec leurs despendances, et ce soubs ceste moderation:
Vade pede quando copia deficit equi.
Je vay botté en attendant un cheval.
Je vous conseille donc, bonnes gens bottez sans cheval, laissez ces bottes aux seigneurs et gentils-hommes qui ont moyen d'avoir des chevaux. Cela vous eschaufe trop les jambes et vous empesche. Aussi n'avez-vous accoustumé d'en porter, comme n'estant vostre estat. Je vous assure qu'on se mocquera de vous, et ce que je voy arriver de pis, c'est qu'il les faudra à la fin vendre à mespris pour payer voz gistes, car les hostesses de Paris n'ont que faire de bottes: elles veulent d'argent. Adieu; soyez sages.
[Note 41: C'est aujourd'hui le quai de la Mégisserie. Aux derniers siècles, on lui donnoit aussi le nom de quai de la Ferraille, qu'il devoit aux ferronniers dont il est ici question. Vers la fin du règne de Louis XV, ils en furent éloignés en vertu d'une ordonnance de police que le chevalier de Piis formuloit ainsi, avec une richesse de rimes sans égale:
Enjoignons aux vieux ferailleurs
De vendre leur vieux fer ailleurs.]
[Note 42: «N'est-ce pas, dit Hortensius, faisant, au liv. 10 du Francion, «l'oraison démonstrative» des bottes, n'est-ce pas grand avantage, si l'on veut aller se promener, que de paroistre chevalier, estant seulement botté, encore que l'on n'ait point de cheval, d'autant que ceux qui vous voient s'imaginent qu'un laquais tient vostre monture plus loin? Aussi un estranger s'estonnoit-il un jour où il pouvoit croistre en France assez de foin et d'avoine pour nourrir les chevaux de tant d'hommes qu'il voyoit bottez à Paris; mais l'on le guerit de son ignorance, luy remontrant que les chevaux de ceux qu'il avoit veus ne coustoient guère à entretenir.»]
[Note 43: «Car, dit encore l'Hortensius du Francion, il n'y a rien de plus commode pour espargner les bas de soye, à qui les crottes font une guerre continuelle, principalement dedans Paris, qui, à cause de sa boue, fut appelé Lutèce. N'y a-t-il pas un adage qui dit que verolle de Rouen et crotte de Paris ne s'en vont jamais qu'avec la pièce?» C'est en effet l'abondance continuelle des boues dans Paris qui avoit amené cet usage des bottes, devenu si général. «Ceux d'entre nous, dit le commissaire La Mare, qui ont vu le commencement du règne de Sa Majesté (Louis XIV), se souviennent encore que les rues de Paris étoient si remplies de fange que la nécessité avoit introduit l'usage de ne sortir qu'en bottes.» (Traité de la police, t. 1, p. 560.)]
[Note 44: «C'est, dit encore l'Hortensius de Francion dans sa fameuse oraison à propos de bottes, c'est une nécessité aux braves hommes d'en porter s'ils veulent paroistre ce qu'ils sont, et à beaucoup d'autres s'ils veulent paroistre ce qu'ils ne sont pas. Si l'on est vêtu de noir, l'on vous prend pour un bourgeois; si l'on est vêtu de couleur, l'on vous prend pour un joueur de violon ou pour un bateleur, spécialement si l'on a un bas de soye de couleur différente; mais arrière ces opinions quand l'on a des bottes, qui enrichissent toutes sortes de vêtements!»]
[Note 45: Dans l'école, le quatrième mode de syllogisme de la seconde figure s'appeloit syllogisme en barôco, et il méritoit à tous égards d'être l'origine de notre mot baroque.]
[Note 46: C'est-à-dire avec des flocques ou des houppes.]
[Note 47: Artus Désiré, cet étrange écrivain, ce pamphlétaire du catholicisme, qui devança par ses virulents libelles les sermons des prédicateurs de la Ligue. Si les quelques détails qu'on donne ici sur lui sont vrais, ce sont à peu près les seuls que l'on ait sur sa vie. V. l'abbé d'Artigny, Mémoires, t. 2, p. 49.]
[Note 48: C'est-à-dire bon aux coups de poings, aux rudes horions, comme le frère Jean de Rabelais.]
[Note 49: Ce cabaret, dont nous avons déjà parlé, t. 1, p. 195, se trouvoit près le Châtelet. V. les Visions admirables du pèlerin du Parnasse, et l'analyse curieuse que Nodier a faite de ce livre, Bullet. du Biblioph., août 1835, p. 10.]
Les etrennes de Herpinot[50], presentées aux dames de Paris, desdiez aux amateurs de la vertu, par C. D. P.[51], comedien françois.
A Paris, jouxte la copie imprimée à Rouen, chez Michel Talbot, imprimeur, demourant rue du Gril.
1618. In-8.
[Note 50: Ce Herpinot étoit un joueur de farces qui avoit son échafaud aux halles, vers la pointe Saint-Eustache, comme Jean de Pont-Alais avoit eu le sien avant lui. Ses farces étoient au gros sel et de haulte gresse, comme on en pourra juger par cette pièce, écrite sous son nom, ce qui n'empêchoit pas que, par ironie ou par antiphrase, on n'appelât Herpinot le Caton des halles. V. Leber, Recherches d'un homme grave sur un farceur, p. 13-14, et le Catalogue de la Bibliotheque, nº 2623.]
[Note 51: Ces initiales ne cachent-elles pas le nom d'un certain de La Porte, comédien de Bourges, qui écrivoit alors des pièces du genre de celle-ci, et même des pasquils satiriques. L'Estoille (édit. Champollion, t. 2, p. 448) en cite un de lui contre les jésuites que M. du Puy lui avoit recommandé, et dont il donne ainsi le titre: Prologue de La Porte, comédien de Bourges. Il le trouva mal basti et gauffé, c'est-à-dire écrit dans ce gof parisien, dans ce langage des halles que Catherine de Médicis aimoit tant et parloit si bien, selon le Scaligerana, et que plus d'une phrase de cette pièce reproduit dans toute sa pureté. Ce de La Porte, comédien, d'après quelques détails contenus dans ce qui va suivre, auroit joué aux halles sous le nom d'Adenot, et y auroit précédé Herpinot, pour lequel il écrit ici. Ces étrennes même pourroient bien n'être qu'une adresse du prédécesseur recommandant son successeur à ses pratiques.]
Mes dames, voicy un don incomparable, produit de la bienveillance de vostre très intime et fidelle Herpinot, premier joueur de cornemuse, sorty du tige d'Apolon et de Pan, grand aumonier de ce qu'il trouve et baron de nul lieu, et gouverneur de son vent soufflé du plus profond de ses grègues, entonné au bout d'une pièce de bois percé, et fait entendre en ce premier jour d'année en vostre faveur, en vous donnant le meilleur timbre de son harmonie et le meilleur plat de son mestier, pour et à celle fin de vous faire mourir de rire et vous donner autant de contentement comme il a eu à etudier ce ballet qu'il vous garde pour vos estrennes, qui est sur le chant:
Gaudinette, je vous aime tant[52],