Note de transcription:
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HISTOIRE
DE LA
PROSTITUTION
CHEZ TOUS LES PEUPLES DU MONDE
DEPUIS
L’ANTIQUITÉ LA PLUS RECULÉE JUSQU’A NOS JOURS,
PAR
PIERRE DUFOUR,
Membre de plusieurs Académies et Sociétés savantes françaises
et étrangères.
ÉDITION ILLUSTRÉE
Par 20 belles gravures sur acier,
exécutées par les Artistes les plus éminents
TOME SIXIÈME
L’auteur et l’éditeur de cet ouvrage se réservent le droit de le traduire ou de le faire traduire en toutes les langues. Ils poursuivront, en vertu des lois, décrets et traités internationaux, toutes contrefaçons ou toutes traductions faites au mépris de leurs droits.
PARIS.—1854.
SERÉ, ÉDITEUR, RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS, 52; ET CHEZ MARTINON, RUE DE GRENELLE-SAINT-HONORÉ, 14
TYPOGRAPHIE PLON FRERES,
RUE DE VAUGIRARD, 36, A PARIS.
HISTOIRE
DE LA
PROSTITUTION
CHEZ TOUS LES PEUPLES DU MONDE
DEPUIS
L’ANTIQUITÉ LA PLUS RECULÉE JUSQU’A NOS JOURS,
PAR
PIERRE DUFOUR,
Membre de plusieurs Académies et Sociétés savantes françaises
et étrangères.
TOME SIXIÈME.
PARIS—1853
SERÉ, ÉDITEUR, 52, RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS,
ET
P. MARTINON, RUE DE GRENELLE-SAINT-HONORÉ, 14.
FRANCE.
HISTOIRE
DE LA
PROSTITUTION.
CHAPITRE XXXV.
SOMMAIRE. —La Prostitution dans les modes. —Histoire du costume, au point de vue des mœurs. —L’amour du luxe mène à la débauche. —Les ordonnances somptuaires des rois. —Simplicité du costume national des Français. —Commencements de la licence des habits. —Les moines de Saint-Remi de Reims. —Souliers à la poulaine. —La poulaine «maudite de Dieu.» —Anathèmes ecclésiastiques contre cette mode obscène. —Les becs de canne. —Les croisades apportent en France les modes orientales. —Le culte de la Mode, selon Robert Gaguin. —L’homme s’efforce de ressembler au démon. —Les cornes et les queues sous Charles VI. —Exagérations du moule de l’habit. —Définition du vêtement honnête, suivant Christine de Pisan. —Les modes d’Isabeau de Bavière. —Robes à la grand’gore. —Préjugés contre les femmes qui se lavent. —Les muguettes. —Les tirebrayes. —Les bains et les étuves. —Modes des hommes au quinzième siècle. —Mahoîtres. —Braguettes. —Les basquines et les vertugales. —Leur origine et leur usage. —Les calçons des femmes. —Nudités de la gorge. —Lits de satin noir. —Raffinements de l’impudicité. —Progrès de la décence publique.
De tous temps, il a existé des rapports intimes, des analogies frappantes, des affinités singulières, entre les mœurs et les modes françaises, tellement qu’on peut, presque à coup sûr, juger des unes par les autres: quand les mœurs sont pures, austères, bien réglées, les modes sont simples, décentes, honnêtes; au contraire, les modes sont-elles extravagantes, dissolues, obscènes, il faut que les mœurs soient effrénées, corrompues, scandaleuses. L’habillement, à chaque époque de notre histoire nationale, est, pour ainsi dire, un miroir fidèle des habitudes de la vie privée. Il suffit, par exemple, de voir la représentation exacte des costumes d’hommes et de femmes au seizième siècle, pour reconnaître d’une manière certaine que ce siècle-là fut, de tous les précédents, le plus enclin, le plus propice, le plus indulgent à la Prostitution.
Il serait facile de faire l’histoire du costume en France, au point de vue des mœurs, depuis les temps les plus reculés. Nous devons nous borner ici à rechercher, épisodiquement, les caractères saillants de ce qu’on pourrait appeler la Prostitution dans l’habillement des deux sexes. Nous ne voulons qu’effleurer ce vaste et curieux sujet; mais nous en dirons assez, dans cette rapide esquisse, pour prouver que la mode fut toujours, chez nos ancêtres, le reflet des mœurs. La mode n’est ordinairement qu’une forme et une expression du luxe, qui a une si funeste influence sur la moralité publique, et qui ouvre la porte, pour ainsi dire, à tous les égarements, à tous les désordres, à tous les vices. L’amour du luxe mène à la débauche et conseille la Prostitution; c’est l’attrait, c’est l’amorce des mauvaises passions. Il y a, chez tout un peuple, une émulation ardente et désordonnée pour le mal, quand le but unique de toutes les pensées et de toutes les actions humaines n’est plus que la satisfaction immodérée des sens et de la vanité; c’est alors que la mode devient simultanément une parade d’orgueil, une excitation à l’incontinence.
Bien des fois les souverains ont essayé d’imposer des limites aux débordements du luxe; ils ont réglé par des lois somptuaires l’habillement ou la livrée de chaque classe de citoyens; mais ils ne se sont préoccupés que de la qualité et de la valeur des objets matériels qu’ils avaient à autoriser ou à interdire: leurs prescriptions sont donc purement économiques et politiques. Tantôt, ils veulent que chacun soit vêtu selon son état, et que, «par le moyen des habits,» comme le dit une ordonnance de Charles VII, on puisse reconnaître la «vaccation des gens, soient princes, nobles hommes, bourgeois, marchands ou gens de mestier;» tantôt, ils veulent que leurs sujets ne se ruinent pas «en habillemens trop pompeux et trop somptueux, non convenables à leur estat,» comme le dit une ordonnance de Charles VIII, qui rappelle, en outre, que «tels abus sont desplaisans à Dieu nostre Créateur;» tantôt, ils veulent que le pays ne soit plus appauvri par l’achat de certaines étoffes étrangères qui font sortir du royaume une partie du numéraire, comme le dit une ordonnance de Charles IX; mais ils ne paraissent guère se soucier de maintenir la décence du costume par des règlements fixes et par une pénalité sévère. C’est l’affaire du pouvoir ecclésiastique de recommander, d’exiger, d’imposer la modestie des habits; c’est à lui seul qu’il appartient de condamner, de proscrire et d’anathématiser les modes, qui ne sont pas en harmonie avec la pudeur, que la religion chrétienne ordonne à tous ses enfants. On rencontre bien çà et là des ordonnances de police, des arrêts du parlement, qui défendent de porter des habits dissolus; mais on ne désignait pas, sous ce nom, les habillements immodestes que les deux sexes se permettaient à l’envi par un raffinement de galanterie et de sensualité. La loi civile n’atteignait que les excès du luxe; la loi religieuse, et surtout la loi morale, depuis l’introduction du christianisme dans les Gaules, pouvaient seules réprimer la licence des modes et surveiller le costume au point de vue des mœurs.
Dans les premiers temps de la monarchie, hommes et femmes portaient des vêtements longs et amples, qui dissimulaient tous les mouvements du corps, et qui n’en laissaient aucune partie à découvert. Les Français avaient adopté le costume romain, la toge, la chlamyde et la tunique, en conservant les braies ou chausses des peuples barbares. L’habillement des femmes, plus simple encore que celui des hommes, se composait d’une tunique de laine, à larges plis, flottant sur les talons, avec un manteau agrafé sur l’épaule. Elles avaient, en outre, un long voile, dont elles s’enveloppaient de la tête aux pieds, et qu’elles attachaient sur l’oreille avec une agrafe de métal. Une femme, en ce temps-là, quel que fût son rang, ne se montrait en public que voilée, et se gardait bien de faire saillir sous le lin aucune forme qui accusât son sexe. L’amour de la parure, ce trait distinctif de la nation, ne se traduisait que par un amas de bracelets massifs, de bagues, de colliers et de joyaux de toute espèce. La femme la plus chargée d’or était la mieux parée, et l’on comprend que ce besoin de briller à grands frais ait dû quelquefois faire chanceler la vertu. Mais bientôt le beau sexe se montra plus jaloux de ses droits et de ses avantages; les femmes eurent des tuniques, dont le corsage dessinait la taille et se modelait sur la gorge; puis, les tuniques s’échancrèrent autour du cou et jusqu’à la naissance des épaules; plus tard, pour donner de la grâce à leur démarche, les femmes serrèrent davantage leur robe au-dessous de la ceinture, de manière à marquer les hanches, les cuisses et les reins, qui disparaissaient auparavant sous les plis épais de la jupe. Cependant il ne paraît pas qu’une femme de bonne vie ait osé, antérieurement au douzième siècle, affronter les regards des hommes, avec un vêtement qui laissât voir à nu le sein, les épaules et les bras.
Ce furent peut-être les hommes qui commencèrent à se relâcher de la décence du costume national, que Charlemagne s’était efforcé de ramener à l’antique simplicité franque. Dans un synode tenu à Reims en 972, Raoul, abbé de Saint-Remi, se plaint de ce que ses moines, serrant leurs tuniques sur les hanches et tendant les fesses, ressemblent par derrière à des courtisanes plutôt qu’à des moines. (Arctatis clunibus, dit Richer au livre III de sa Chronique, et protensis natibus, potius meretriculis quam monachis tergo assimilentur.) Ces mêmes moines avaient des chausses impudiques (iniqua) d’une largeur démesurée, faites d’un tissu si léger, qu’elles ne cachaient rien (ex staminis subtilitate etiam pudenda intuentibus non protegunt). Dès cette époque, les souliers à la poulaine, à griffe ou à bec, que poursuivirent pendant plus de quatre siècles les anathèmes des papes et les invectives des prédicateurs, étaient déjà en usage. Ces souliers furent toujours considérés, par les casuistes du moyen âge, comme le plus abominable emblème de l’impudicité. On ne voit pas trop, au premier coup d’œil, ce que pouvaient offrir de scandaleux ces souliers, terminés, soit par une griffe de lion, soit par un bec d’aigle, soit par une proue de navire, soit par tout autre appendice en métal. L’excommunication infligée à cette espèce de chaussure avait précédé l’impudente invention de quelques libertins qui portèrent des poulaines en forme de phallus: ces poulaines phalloïdes furent adoptées également par les femmes, qui ne savaient peut-être pas ce que la mode leur faisait porter au bout de leurs souliers. Cette poulaine, que l’on qualifiait maudite de Dieu (voy. le Glossaire de Ducange, au mot POULAINIA), était également prohibée par les ordonnances des rois. (Voy. les lettres de Charles V, du 17 octobre 1367, relatives aux habillements des femmes de Montpellier.) Cependant les grandes dames et les grands seigneurs ne discontinuèrent pas d’avoir des poulaines, plus honnêtes sans doute que celles qui excitaient si fort l’indignation de l’Église, et qui, suivant l’expression du continuateur de Guillaume de Nangis, semblaient vouloir déplacer les membres humains; ce fut par cette raison, que Charles V, de concert avec le pape d’Avignon Urbain V, défendit l’usage de cette vilaine chaussure. (Quia res erat valde turpis et quasi contra creationem naturalium membrorum circa pedes, quin imo abusus naturæ videbatur. Continuator Nangii, ann. 1365.) La mode tint bon contre les édits royaux, puisque, sous Louis XI, les gens de cour avaient encore des poulaines, d’un quartier de long (c’est-à-dire un quart d’aune); c’est Monstrelet qui nous l’apprend, ou, du moins, son continuateur. Mais ces poulaines, qu’on appelait alors becs de canne, n’affectaient plus des formes obscènes, et se relevaient seulement en demi-spirale, comme les chaussures chinoises et turques.
Il faut évidemment rattacher aux croisades l’altération du costume national en France: les modes de l’Orient furent apportées par les croisés, avec les étoffes de soie de ce pays, et la jeune noblesse française s’effémina, pour ainsi dire, en s’appropriant les habitudes du luxe asiatique. Ce n’étaient plus que draps battus d’or, draps d’écarlate, riche siglaton et samit ouvré (dit la Chanson d’Antioche), fourrures précieuses, broderies et franges, au lieu des gros draps de laine, du camelot de poil de chèvre et du bureau, qui avaient suffi si longtemps à nos ancêtres. Nous avons vu combien ce luxe nouveau fut préjudiciable aux bonnes mœurs. On peut dire avec certitude, que, depuis cette époque surtout, les femmes se laissèrent entraîner à tous les dévergondages de la toilette. C’est à partir du douzième siècle seulement, qu’elles renoncèrent à la simplicité et à la chasteté des vêtements, pour suivre avec passion le culte de la mode, qui devint dès lors une divinité toute française. Voici en quels termes l’historien Robert Gaguin se déchaîne contre ce culte profane, que le démon de la luxure semblait avoir inventé: «Cette nation, dit-il en parlant des Français, journellement livrée à l’orgueil et à la débauche, ne fait que des sottises: tantôt les habits qu’elle adopte sont trop larges, tantôt ils sont trop étroits; dans un temps, ils sont trop longs; dans un autre, ils sont trop courts. Toujours avide de nouveautés, elle ne peut conserver, pendant l’espace de dix ans, la même forme de vêtement.» (Compendium Roberti Gaguini, lib. VIII, anno 1346.)
On dirait que, dans tout le moyen âge, il y eut une sorte de gageure tacite entre les créateurs et les ordonnateurs de la mode, pour déformer le corps de l’homme, par des habits ridicules ou monstrueux (c’est là ce qu’un chroniqueur, Gaufredus Vosiensis, appelle deformitas vestium), et pour ajouter à la créature de Dieu quelques traits empruntés au diable, tel que l’imagination des peintres et des imagiers l’avait créé. Ainsi, nous regardons les poulaines, comme une imitation du pied fourchu qu’on attribuait à Satan et à son infernale famille. De là, sans doute, la colère des ecclésiastiques contre l’audacieuse prétention de ressembler physiquement à l’esprit malin. Ce fut certainement à la même source, que la mode du quatorzième siècle alla chercher les queues et les cornes. Ces cornes, merveilleusement hautes et larges, qui ornaient de chaque côté la coiffure des femmes, du temps de Charles VI, avaient pris une telle dimension, que les portes des salles n’étaient plus assez grandes pour qu’une porteuse de cornes pût y passer de face et sans se baisser. Un prédicateur de la cour fulmina contre les cornes, comme ses prédécesseurs l’avaient fait contre les poulaines: «Après son departement, raconte Juvénal des Ursins dans sa Chronique, les dames relevèrent leurs cornes et feirent comme les limaçons, lesquels, quand ils entendent quelque bruit, retirent et resserrent tout bellement leurs cornes.» Les queues, auxquelles les prédicateurs firent aussi la guerre, étaient plus ou moins développées au bas de la robe et à l’extrémité du chaperon. Les queues des robes, qu’Olivier Maillard traite d’_inventions diaboliques_ dans plusieurs de ses sermons, restèrent toutefois en usage à la cour, sous la protection de l’étiquette. Quant aux queues des chaperons, qui tombaient le long du dos des hommes et des femmes et descendaient jusqu’à terre, on les retroussa d’abord sur l’épaule et on les roula ensuite autour du cou, avant de les retrancher tout à fait.
C’était un orgueil satanique, qui avait peut-être mis à la mode les griffes, les queues et les cornes: ce fut probablement un goût dépravé, qui conseilla aux hommes et aux femmes de diminuer ou d’augmenter dans leur habillement les proportions de certaines parties de leur corps. L’origine de ces tromperies du costume accuse, il est vrai, le désir de corriger la nature en ce qu’elle peut avoir de défectueux ou d’imparfait. On a cherché naturellement, à l’aide des prestiges de la toilette, les moyens de cacher les vices de la forme: la femme trop maigre a voulu paraître grasse; la femme trop grasse a voulu dissimuler l’excès de son embonpoint. «Il faut donc se résoudre, dit Marie de Romieu dans son Instruction pour les jeunes dames publiée en 1573, qu’il est besoin remédier aux défaux et imperfections de nature le plus que l’on peut.» Mais il faut bien reconnaître que la plupart de ces exagérations du moule de l’habit ont été faites dans le but de satisfaire à des instincts et à des caprices de libertinage; car elles ont toujours porté, de préférence, sur les parties du corps qui jouent le principal rôle dans les imaginations licencieuses. Ainsi, chez les femmes, ce sont les reins, les hanches, la taille, les cuisses et la gorge, qui, de tous temps, ont exercé surtout l’art des couturiers et des lingères; chez les hommes, ce sont également les membres les plus déshonnêtes, que l’industrie du tailleur cherchait à mettre en relief et à étaler aux yeux avec un cynisme effronté.
Cette indécente affectation de l’habillement des deux sexes ne fut jamais plus sensible qu’à l’époque de Charles VI, et l’on est forcé d’attribuer à la coquetterie de la reine Isabeau les déréglements des modes de son temps, où la Prostitution des mœurs se refléta si audacieusement dans le costume de la cour. Christine de Pisan, la preude et chaste Christine, qui composait alors son Trésor de la cité des dames, ne trouvait pas sans doute beaucoup de crédit dans cette société dépravée, qui se souciait peu d’apprendre d’elle «comment femmes d’estat doibvent estre ordonnées en leur habit.» Christine leur recommandait expressément de n’être point «outrageuses en leurs vestures et habillemens, tant es coustementz comme es façons.» Une des raisons qu’elle faisait valoir contre ce luxe immodéré de la mode, c’était «qu’on donne, disait-elle, par désordonné et outrageux habit, occasion à autruy de pécher, ou en murmuration ou en convoitise désordonnée.» La convoitise est, en effet, une des mauvaises passions auxquelles la mode s’adresse avec le plus de malice, et Christine de Pisan remarquait très-sagement que le plus périlleux inconvénient «qui peut sourdre à une femme par habit désordonné et par manière malhonneste, c’est l’amusement des fols hommes qui peuvent penser qu’elle le face pour estre convoitée et désirée par folle amour.» Voici donc les vertueuses instructions qu’elle présente aux dames et damoiselles, qui n’en profitaient guère: «Si appartient doncques à toute femme qui veult garder sa bonne renommée, qu’elle soit honneste et sans desguisures, en son habit et habillement non trop estrainte, ne trop grands colletz, ne autres façons malhonnestes, ne grand’trouveresse de choses nouvelles, par especial, non honnestes. Et, avec cela, manière et contenance y faict moult. Car, il n’est rien plus desséant à femme, que layde maniere et mal rassise; aussy, ne chose plus plaisante, que belle contenance et coy maintien.»
Mais, en dépit de ces sages et honorables conseils, les contemporaines de Christine de Pisan ne se contentaient pas de leurs hennins ou hauts-bonnets à oreilles et à cornes, de leurs robes à queue traînante, de leurs surcots ou corsages étroits, de leurs souliers à poulaines et de tout l’attirail de leurs estats et bombans; elles s’appliquaient à montrer qu’elles étaient en bon poinct. Le poëte de la cour de Charles VI, Eustache Deschamps, dans son poëme intitulé le Mirouer de mariage, encourage les demoiselles qui cherchaient des maris, à adopter les robes de nouvelle forge, à large collet évasé, de manière à rendre «plus apparans» les seins et la gorge.
Mais, quoique la maigreur fût plus rare autrefois chez les femmes, qu’elle ne l’est aujourd’hui, il y avait pourtant des femmes maigres, qui se seraient crues déshonorées si elles n’eussent reconquis par artifice l’embonpoint qui leur manquait. C’était, il est vrai, l’enfance des faux appas, qui, depuis cette époque jusqu’à nos jours, n’ont pas cessé de faire partie essentielle de la science de la toilette. Le poëte Eustache Deschamps, dans son poëme du Mirouer de mariage, n’a garde de les oublier: il prend même la peine d’indiquer le moyen de les fabriquer avec «deux sacs, par manière de male», qui remplissaient à peu près les conditions d’un corset moderne bien rembourré.
Ce n’est pas tout; une femme à la mode devait faire saillir ses hanches et donner à ses formes postérieures autant d’ampleur et de proéminence que la nature pouvait en accuser. Le procédé le moins factice consistait à serrer étroitement la taille, avec la ceinture, afin que les reins parussent plus larges, développés, au-dessous du buste, aminci par un corsage plat et collant.
Eustache Deschamps décrit ce procédé, comme s’il avait étudié la poésie chez un tailleur de robes. D’après sa description, la robe d’une femme à la mode devait être «estroicte par les flancs,» très-étoffée autour des reins, bouffante par derrière et garnie déjà de cet accessoire que nous avons nommé tournure; moins ample au-dessous du genou et tombant «à fond de cuve» sur les pieds.
Les miniatures des manuscrits du temps nous permettent de juger combien de pareilles robes donnaient aux femmes un air étrange, une contenance roide et une silhouette disgracieuse.
Dans ce système de robe, la poitrine était entièrement découverte, pectus discopertum usque ad ventrem, dit Olivier Maillard dans un de ses sermons. Cette espèce de robes, ouvertes par-devant jusqu’au ventre, avait été imaginée par la reine Isabeau, et le peuple, qui s’indignait de ce luxe outrageux, les avait surnommées robes à la grand’ gore (truie); il appelait aussi gorières les femmes qui les portaient, et il regardait comme des filles publiques, celles qui n’avaient pas la précaution de fermer, avec une affiche ou broche de métal, l’ouverture de leur corsage.
Depuis la fin du quatorzième siècle, il y eut toujours, dans les modes des femmes, une intention, plus ou moins marquée, de montrer ce qu’on feignait de vouloir cacher.
Si la licence des mœurs, à cette époque, amena l’immodestie du costume, si l’amour du luxe fut le principal agent de la Prostitution, il faut dire cependant que la galanterie eut cela de bon qu’elle enseigna la propreté aux femmes, qui avaient été auparavant fort sales et peu soigneuses de leur personne. Un proverbe populaire, rapporté et commenté par Beroalde de Verville dans son Moyen de parvenir, prouve assez que les femmes honnêtes osaient s’enorgueillir de ne jamais se permettre d’ablutions secrètes. Selon ce proverbe obscène, les courtisanes seules ne se bornaient pas à se laver la figure et les mains. Ce fut évidemment l’envie et le besoin de plaire qui apprirent aux dames et demoiselles à se tenir bien nettes et bien propres, à se parfumer et à combattre avec de bonnes senteurs les émanations nauséabondes de l’infirmité humaine. Il paraît pourtant que certains soins de la toilette furent réprouvés d’abord par le préjugé national et qu’on se défendit longtemps de les employer; mais, si les femmes entouraient du plus profond mystère ces délicatesses de propreté locale, elles ne craignaient pas d’avouer l’usage qu’elles faisaient des fards et des odeurs, qui leur avaient valu le surnom de muguettes. Ce n’est qu’au seizième siècle que la propreté du corps devint une condition essentielle de la beauté féminine. Marie de Romieu, dans son Instruction pour les jeunes dames, ne rougit pas de les inviter à «se tenir bien nettement, quand ce ne seroit que pour la satisfaction de soy mesme ou d’un mary.» Elle s’exprime, sur ce sujet, en femme qui a reconnu que l’eau ne coule pas seulement pour la honte de son sexe: «Encores, dit-elle, ne faut-il pas faire comme quelques-unes que je cognois, qui n’ont soin de se tenir propres, sinon en ce qui paroist à descouvert, se tenant ordes et sales, au demeurant de ce qui est dessous le linge. Mais je veux qu’une belle damoyselle se lave bien souvent d’eau où on auroit bouilly de bonnes senteurs, car il n’y a rien si certain que ce qui fait plus fleurir la beauté d’une jeune dame, est la propreté de se tenir nettement.» On voit, dans les Controverses du sexe masculin et féminin de Gratian du Pont, seigneur de Drusac, publiées en 1530, que, nonobstant les lois naturelles de la propreté, les femmes usaient de senteurs plutôt que d’eau claire; elles ne faisaient qu’accroître ainsi la mauvaise odeur qu’elles voulaient déguiser. Le seigneur de Drusac dit que quelques-unes, les grasses surtout, portaient des éponges parfumées
Entre leurs cuisses et dessoubz les aisselles,
Pour ne sentir l’espaulle de mouton,
Le faguenas et telz senteurs infames...
Il faut lire ces Controverses, pour se rendre compte de ce que c’était que la malpropreté de la plupart des femmes, et principalement des femmes de bien, malgré leur curieuse recherche de parfumerie, qu’elles ne regardaient, en aucun cas, comme un déshonneur. Le seigneur de Drusac rapporte, entre leurs grandes habiletez, qu’elles portaient souvent des caleçons ou tirebrayes, quand elles dansaient des danses lombardes ou gaillardes, et ces caleçons, inventés «pour garder de tumber le boyau,» étaient ordinairement remplis de souillures et sentaient plus fort qu’un retrait. N’était-ce pas un merveilleux préservatif de leur vertu?
Les bains d’eau de rivière, froide ou tiède, ne furent presque pas en usage avant le dix-septième siècle; on ne les prenait que dans l’intérieur des maisons riches, en arrivant de voyage ou bien au moment de se mettre à table. Nous voyons, dans la Chronique scandaleuse de Louis XI, que ce roi, allant souper et loger chez de bons bourgeois de Paris, y trouvait toujours un bain chaud qui l’attendait. Mais rien n’était moins général que cette espèce de bains de luxe. On se contentait des bains de vapeur, et on allait aux étuves. Ces établissements publics se multiplièrent à Paris vers le douzième siècle et furent très-suivis jusqu’à la fin du seizième siècle, où on les abandonna tout à coup, on ne sait pourquoi. Il n’y avait pourtant pas d’autres bains et l’on n’en désirait pas d’autres. C’était une imitation des habitudes orientales que les croisades avaient importées en France. Mais les femmes, celles du moins qui tenaient à leur réputation, n’allaient point aux étuves: on n’y rencontrait que des chambrières, des commères, des femmes de mauvaise vie. «Aussy, disait Christine de Pisan, de baigneries, d’estuves et de commérages trop hanter à femmes, et telles compagnies, sans nécessité ou bonne cause, ne sont que despens superflus, sans quelque bon qui en puisse venir, et, pour ce, de toutes telles choses et d’autres semblables, femme, si elle est saige, qui ayme honneur, et eschever veut blasme, se doibt garder.» Il résulte d’une foule de témoignages qui s’accordent tous, qu’une femme qui fréquentait les étuves n’en revenait plus propre au physique qu’aux dépens de sa pureté morale. Voilà pourquoi ces étuves furent presque assimilées aux lieux de Prostitution.
Les hommes pouvaient donc se vanter d’être plus difficiles en fait de propreté, que les femmes; aussi étaient-ils moins qu’elles, adonnés aux senteurs et aux fardements. Ils se modelaient pourtant, en affaire de mode et de toilette, sur le sexe, qui était toujours le souverain arbitre de ces mondanités. A toutes les époques où le luxe des habits se ressentait de la dépravation des mœurs, les hommes, de même que les femmes, se plaisaient, suivant l’expression de Dulaure, à «défigurer le nu» et à refaire, pour ainsi dire, l’œuvre du Créateur, sous l’inspiration d’une idée indécente ou libertine. Ainsi, quand les femmes s’appliquèrent à faire ressortir artificiellement les formes de leur sein, de leurs cuisses, de leurs reins et même de leur ventre, les hommes, dit Monstrelet, «se prindrent à vestir plus court qu’ils n’eussent oncques fait, tellement que l’on véoit la façon de leurs culs et leurs genitoires, ainsi comme l’on souloit vestir les singes, qui estoit chose très-malheureuse et très-impudique. Portoient aussy à leur pourpoint gros mahoistres, pour monstrer qu’ils feussent larges par les espaules.» Ces mahoitres étaient une sorte de bourrelet qui augmentait la carrure des épaules et garnissait l’avant-bras. Le muguet le plus fluet se donnait, par ce moyen, l’apparence d’un Hercule. La vanité masculine ne s’était point arrêtée là. «Sous le règne de Charles VII, on voit se répandre généralement, dit M. Ludovic Lalanne dans le Dictionnaire encyclopédique de la France (article COSTUMES), avec la mode des épaules artificielles ou bourrelets, appelés mahoitres, d’où pendaient de grandes manches déchiquetées, celle des braguettes ou étuis, qui resserraient l’entre-deux du haut-de-chausses et s’ornaient de franges et de touffes de rubans.»
Les historiens de la Mode ne parlent qu’avec une extrême réserve, de cette partie du haut-de-chausses ou plutôt de cet appendice bizarre, qu’on nommait braguette ou brayette, aux quinzième et seizième siècles, et qu’on aurait peine à regarder comme une mode historique, si on ne la retrouvait dans les anciens tableaux et les anciennes gravures. C’était, dans l’origine, une bourse ou un fourreau en cuir, entièrement séparé du haut-de-chausses, auquel il se reliait par des nœuds ou des aiguillettes. On comprend que ce singulier vêtement local ne fut d’abord admis que par les gens du peuple; mais on le trouva commode, et dès que les yeux s’y accoutumèrent, on ne dédaigna pas de lui accorder successivement droit de bourgeoisie et de noblesse. Bientôt, tous les hommes, à quelque condition qu’ils appartinssent, le roi comme le portefaix, arborèrent la braguette et l’étalèrent aux regards des dames, qui ne s’en offusquaient plus. L’origine de la braguette se rattache sans doute à l’histoire des armes défensives, et l’on peut lire, à ce sujet, un chapitre du Pantagruel (liv. III) intitulé: Comment la braguette est la première pièce de harnoys entre gens de guerre. Lorsque les gens de guerre étaient armés de pied en cap et couverts de lames ou de mailles de fer, une boîte de métal, garnie intérieurement d’une éponge, protégeait leurs parties naturelles; cette boîte fut remplacée par un treillis d’acier et ensuite par une bourse de cuir. Le cuir ne tarda pas à faire place à des étoffes de laine et de soie, dès que la braguette devint une pièce de l’habillement civil, et, comme pour attirer davantage sur elle l’attention de toutes les personnes qui ne songeaient plus à s’en scandaliser, on l’enjoliva de rubans, de dorures et même de joyaux. Un passage du Gargantua, dans lequel Rabelais décrit minutieusement le costume de son héros, donne une idée exacte de l’effet que devait produire une de ces braguettes monstrueuses qui n’étaient pleines, dit-il, que de vent. Il ne faut pas oublier que Gargantua était un géant énorme qui compissait les Parisiens du haut des tours de Notre-Dame: «Pour sa braguette, feurent levées seize aulnes un quartier d’icelluy mesme drap (estamet blanc) et feut la forme d’icelle comme d’un arc-boutant, bien estachée joyeusement à deux belles boucles d’or, que prenoient deux crochets d’esmail, en un chascun desquels estoit enchassée une grosse esmeraugde, de la grosseur d’une pomme d’orange. Car (ainsy que dict Orpheus, libro de Lapidibus, et Pline, libro ultimo), elle n’a vertus erectifve et confortatifve du membre naturel. L’exiture (ouverture) de la braguette estoit, à la longueur d’une canne, deschiquetée comme les chausses, avec le damas bleu flocquant comme devant. Mais, voyans la belle bordure de canetille et les plaisans entrelacs d’orfebvrerie garniz de fins dyamans, fins rubis, fines turquoyses, fines esmeraugdes et unions (perles) persiques, vous l’eussiez comparée à une belle corne d’abondance, telle que voyez es antiquailles et telle que donna Rhea aux deux nymphes Adrastea et Ida, nourrices de Jupiter: tousjours galante, succulente, resudante, tousjours verdoyante, tousjours fleurissante, tousjours fructifiante, pleine d’humeurs, pleine de fleurs, pleine de fruicts, pleine de toutes delices. Je advoue Dieu, s’il ne la faisoit bon veoir!» Rabelais s’occupe si souvent des braguettes, dans son joyeux roman, qu’on peut se figurer le rôle important qu’elles jouaient dans le monde. Rabelais parle même d’un livre qu’il avait composé sur la dignité des braguettes!
Ces terribles braguettes tinrent bon, et s’étalèrent en public, jusqu’au règne de Henri III, où les tailleurs eurent la pudeur de les faire rentrer dans l’économie des chausses à la suisse ou à la martingale; leur nom seul resta encore à la partie mobile, moins apparente et plus modeste, qui faisait corps avec le vêtement, et qui se fermait toujours avec des aiguillettes. Au reste, dans le cours du seizième siècle, le costume des hommes, sans redevenir long et ample, affecta une décence qu’il n’avait jamais eue, quoique les vieillards et les libertins conservassent l’antique braguette, «ce vain modèle et inutile d’un membre, que nous ne pouvons seulement honnestement nommer, duquel toutesfois nous faisons montre et parade en public (Essais de Michel de Montaigne, liv. I, ch. 22).» Les vêtements rembourrés étaient de mode, mais on n’attachait pas, ce nous semble, une pensée malhonnête à cette manie de mettre du coton partout et d’enfler ainsi le buste, la panse, les cuisses et les reins, avec des baleines et des coussinets. Nous avons lu, pourtant, que les mœurs italiennes, qui régnaient alors à la cour de France, furent seules causes de cette ostentation de formes arrondies et provoquantes, que les jeunes débauchés enviaient aux femmes. Celles-ci, du moins, se montraient fidèles aux traditions de leur sexe, en découvrant leur gorge autant que possible et en se disputant entre elles les attributs de Vénus Callipyge. Les vertugales et les basquines furent inventées, et firent fureur. Un commentateur de la Satyre Ménippée (édit. de Ratisbonne, 1726, t. II, p. 388) dit que ces vertugales avaient été imaginées par les courtisanes, «pour cacher leurs grossesses.» Aussi, lorsque les femmes honnêtes commencèrent à vouloir réhabiliter les vertugales en les adoptant, un cordelier, qui prêchait alors à Paris, dit, dans un sermon, que les dames avaient quitté la vertu, mais que la gale leur était restée. (Voy. l’_Apologie pour Hérodote_, de H. Estienne, t. I, p. 310, édit. de le Duchat.) Cette mode était déjà dans toute sa vogue en 1550: un poëte moral et facétieux publia, vers ce temps-là, la satire ou Blason des basquines et vertugales, avec la belle remonstrance qu’ont fait quelques dames, quand on leur a remonstré qu’il n’en falloit plus porter. La pièce eut assez de vogue pour exciter la verve satirique des imitateurs: l’un composa et fit paraître la Complainte de monsieur le C.., contre les inventeurs des vertugales; un autre, la Réponse de la Vertugale au C.., en forme d’invective. Ces espèces de gros bourrelets, que les femmes portaient, par-dessus la robe, tout autour des reins, avaient pris métaphoriquement un nom fort grossier, qui eut cours dans la langue usuelle pendant plus de quarante ans. Quand une dame voulait sortir, elle disait à ses chambrières: «Apportez-moi mon cul!» Et les chambrières, qui le cherchaient, se disaient l’une à l’autre: «On ne trouve pas le cul de madame! Le cul de madame est perdu!» (Voy. le Dial. du nouveau langage françois italianisé, par H. Estienne, édit. d’Anvers, 1579, p. 202.) On lit aussi, dans la Satyre Ménippée, écrite en 1593: «Pareillement fut aux femmes enjoint de porter de gros culs et d’enger (ce mot est évidemment altéré: on pourrait le remplacer par enginer, dans le sens de besogner) en toute seureté sous iceux, sans craindre le babil des sages femmes.»
Le mot ordurier, dont les plus grandes dames n’hésitaient pas à se servir pour désigner leurs basquines et leurs vertugales, avait été créé par le peuple, qui eut bien de la peine à s’accoutumer à une pareille mode. Les méchantes langues poursuivaient de brocards graveleux et injurieux les vertugales qui osaient se montrer dans les rues et les promenades. L’un disait:
. . . O la gente musquine!
Qu’elle a une belle basquine!
Sa vertugalle est bien troussée
Pour estre bientost engrossée!
L’autre disait:
. . . . . O quel plaisir,
Qui pourroit tenir à loisir
Ceste busquée, si mignonne,
Qui a si avenante trogne!
L’auteur anonyme du Blason des vertugales leur fait la guerre au point de vue chrétien, et les représente comme des dissolutions infâmes qui ne servaient qu’à engendrer le scandale et à damner les gens. Il veut même prouver que toute femme qui se déshonore par cette mode dissolue, est une paillarde, ou une médisante, ou une maquerelle meschante, ou une épouse adultère. L’auteur de la Complainte traite la chose avec moins de sévérité: il se plaint seulement de ce que la vertugale expose davantage la vertu des femmes à des assauts et à des périls, contre lesquels les cottes serrées les défendaient, du moins; il raconte, dans les termes les plus libres, le rôle complaisant que jouait la vertugale quand un galant voulait en venir à ses fins; il prétend que Lucifer, ou son serviteur Fricasse, a sans doute inventé une mode aussi favorable à la débauche, pour se donner le plaisir de compromettre la pudeur des femmes qui tombent à la renverse:
Depuis qu’on les a inventées,
On voit les femmes effrontées
Et, si elles font renversure,
On les voit jusqu’à la fressure.
La Vertugale, dans sa Réponse à monsieur le C.., n’épargne pas le vilain qui l’avait invectivée: elle lui dit son fait, avec une incroyable liberté, et elle s’étend avec orgueil sur ses propres mérites:
Faicte je suys pour grandes dames
Vertueuses de corps et d’ames,
Faicte je suys pour damoiselles
Qui ont vers leurs marys bons zelles.
Je dis qu’une femme de bien,
Pour avoir meilleur entretien
Et plaire plus fort à son homme,
Me veust porter, voyre dans Rome,
Non pas une femme commune
Qui change ainsi comme la lune...
Bien venue suys en la court,
Pourveu que l’argent ne soit court.
Là tout le monde me salue,
Là je suys la très bien venue!
L’auteur de la Réponse n’admet donc pas que les vertugales puissent être mal portées, et cette mode, dont il attribue l’invention à un homme sage, il la justifie hardiment contre le reproche qu’on lui avait fait de ne plus convenir qu’aux femmes de vie désordonnée. Là-dessus, il remonte à la source de cette calomnie, et il raconte qu’une vertugale, ayant été volée par un citadoux (proxénète), arriva dans un mauvais lieu du Champ-Gaillard, et fut donnée en présent à une fille d’amour, qui osa s’en parer pour aller à la messe et faire la fanfare en pleine rue. Mais cette fille, ne sachant porter cet accoutrement nouveau pour elle, n’eut pas plutôt mis le pied dehors, qu’elle tomba en arrière, et resta une heure et demie dans une position embarrassante,
Et lors monstroit ses gringuenauldes,
Plus dures que les baguenaudes
Qui pendoient de son cul infect.
Les vertugales, du moins, étaient bien innocentes des vilaines choses que leur indiscrétion laissait voir quelquefois, car elles n’avaient été imaginées, disait-on, que pour faire circuler l’air sous les robes et y entretenir une fraîche température, aussi salutaire à la propreté du corps que capable de réprimer les ardeurs des sens. Cette destination des vertugales se trouve à peine indiquée dans ces vers de la Complainte:
Mauldits soient ces beaux inventeurs,
Ces coyons, ces passementeurs
De vertugalles et basquines,
Que portent un tas de musquines
Pour donner air à leur devant!
Les vertugales servaient encore à cacher une grossesse pendant cinq ou six mois et à conserver aux femmes enceintes les apparences d’une taille fine et gracieuse. Il paraîtrait, d’après un passage des Dialogues du langage françois italianisé, que cette mode, qui développait singulièrement la circonférence du ventre et des reins, n’avait pas d’abord pour objet de faire un embonpoint postiche aux femmes qui en manquaient, car, au milieu du seizième siècle, les maigres étaient plus estimées que les grasses. «Les dames vénitiennes, dit le Français qui figure dans les Dialogues, cherchent, par tous moyens, à estre non-seulement en bon poinct, mais grasses (et on me disoit que, pour cest effect, elles usoient fort, entre autres viandes, de noix d’Inde): or, vous savez que les nostres hayent et fuyent cela.» Néanmoins, pour exprimer que tout n’était pas coton et bourre dans les vertugales d’une femme, on faisait son éloge en usant de cet italianisme: C’est une bonne robbe! Mais les messieurs se vantaient d’aimer la chair et non la graisse: ce qui est bien rendu dans cette profession de foi d’un débauché latiniste: Carnarius sum, pinguiarius non sum. Les vertugales furent abandonnées sous le règne de Louis XIII, mais elles devaient reparaître, à de longs intervalles, avec des proportions moins fantastiques, sous les noms de vertugadin, de paniers, de lustucru, de tournure, etc. Au reste, ces vertugales avaient ramené avec elles un ancien usage qui n’intéressait pas moins la propreté que la pudeur: les femmes s’étaient remises à porter des caleçons, pour se garantir du froid et de la poussière, en même temps que de la honte d’une chute. De plus, «ces calçons, dit le Français italianisé des Dialogues d’Henri Estienne, les asseurent aussi contre quelques jeunes gens dissolus, car, venans mettre la main soubs la cotte, ils ne peuvent toucher aucunement la chair.»
Nous croyons que la mode des caleçons pour les femmes était essentiellement française, car cette mode, déjà introduite à la cour vers la fin du quatorzième siècle, se recommandait par des raisons d’utilité et de décence. Mais la mode des robes ouvertes, décolletées et débraillées, cette mode qui régna si audacieusement pendant tout le seizième siècle, avait été naturalisée en France, avec les mœurs italiennes, sous le règne de François Ier. A cette époque, le peuple appelait dames à la grand’gorge les femmes qui portaient des robes ouvertes sur la poitrine; le peuple n’avait plus alors qu’un vague souvenir des robes à la grand’gore, qui le scandalisèrent tant, lorsque Isabeau de Bavière les mit à la mode. Ce fut évidemment l’Italie qui donna l’exemple de ce nouvel abus des nudités de la gorge. Une facétie, imprimée en 1612, ayant pour titre la Mode qui court et les singularités d’icelle, nous autorise à soutenir cette accusation contre Chouse. C’est ainsi qu’on nommait la France italianisée. «Chouse, dit l’auteur de la Mode qui court, a encore inventé de représenter le teton bondissant et relevé par des engins au dehors, à la veue de qui voudra, pour donner passe-temps aux altérez, et, suivant cela, on dit:
Jeanne, qui fait de son teton parure,
Fait veoir à tous que Jeanne veut pasture.»
Les poëtes et les romanciers de ce temps-là nous parlent tous de ce prodigieux débraillement, que favorisait l’usage des corsets, armés de buscs d’acier, de baleines et de fil d’archal. Dans le Discours nouveau de la Mode, excellente satire en vers publiée en 1613, l’auteur anonyme, après avoir dépeint sans trop de répugnance
D’un large sein le tetin bondissant,
nous apprend que, si par un reste de pudeur la femme du bourgeois usait encore de points coupés et ouvrages de prix pour s’en couvrir la gorge, au lieu d’avoir, comme autrefois, le haut de la robe fermé avec une agrafe, les dames de qualité,
. . . Au moins pour la plus part, n’ont cure
D’avoir en cest endroit aucune couverture;
Elles aiment bien mieux avoir le sein ouvert
Et plus de la moitié du tetin descouvert;
Elles aiment bien mieux, de leur blanche poitrine,
Faire paroistre à nud la candeur albastrine,
D’où elles tirent plus de traits luxurieux
Cent et cent mille fois, qu’elles ne font des yeux.
On peut dire que jamais, à aucune époque, les femmes de haut parage n’avaient mis tant de recherches et tant d’apprêts dans l’art de se faire une belle gorge et de paraître en bonne conche, comme on disait alors; la plus maigre trouvait moyen, à force de se serrer la taille, de montrer un simulacre d’embonpoint qui reposait sur des coussinets de bourre; la plus grasse ne cherchait pas à dissimuler l’énormité de sa tablature, selon l’expression équivoque empruntée à la notation musicale du temps. Les vieilles elles-mêmes ne se croyaient point exemptes de cet indécent abus des nudités de la gorge. Le Divorce satyrique nous représente la reine Marguerite, à l’âge de cinquante ou cinquante-cinq ans, allant recevoir la sainte communion, trois fois par semaine, «la face plastrée et couverte de rouge, avec une grande gorge descouverte qui ressemble mieux et plus proprement à un cul que non pas à un sein.» (Voy. le Div. satyr., à la suite du Journal de l’Estoile, édit. de 1744, t. IV, p. 511.) Cependant Brantôme, dans ses Dames galantes, qu’il fit lire en manuscrit à la reine Marguerite, n’a pas l’air de craindre une allusion désagréable pour cette princesse, lorsqu’il parle sans ménagement de certaines femmes «opulentes en tetasses avalées, pendantes plus que d’une vache allaitant son veau.» Brantôme ajoute plaisamment que, si quelque orfévre s’avisait de prendre le modèle de ces grandes tetasses pour en faire deux coupes d’or, ces coupes ressembleraient à «de vrayes auges, qu’on voit de bois, toutes rondes, dont on donne à manger aux pourceaux.»
Ce n’étaient pas seulement les confesseurs et les prédicateurs qui condamnaient ces nudités, c’étaient les philosophes et les moralistes qui conseillaient aux femmes de ne pas perdre une partie de leurs avantages naturels en ne laissant rien désirer au regard. «La satiété engendre le desgoust, disait Montaigne (Essais, liv. II, ch. XV); c’est une passion mousse, hébétée, lasse et endormie.» Puis, comme s’il n’avait pas vu les objets que la mode exposait effrontément à tous les yeux, Montaigne s’imaginait que les dames de la cour de Henri III étaient encore vêtues aussi amplement, aussi décemment, que les matrones romaines: «Pourquoy, disait-il dans sa naïve préoccupation, a-t-on voilé jusque dessoubs les talons ces beautés que chascune desire monstrer, que chascun desire veoir? Pourquoy couvrent-elles de tant d’empeschemens les uns sur les autres les parties où loge principalement nostre desir et le leur?» Montaigne, qui n’avait pas pris garde à cette monstre perpétuelle du sein nu chez ses contemporaines, s’était aperçu pourtant des proportions monstrueuses de leurs vertugales, qui procédaient d’un système de coquetterie tout différent; car Montaigne leur demande avec une malicieuse bonhomie: «Et à quoy servent ces gros bastions, de quoy les nostres viennent armer leurs flancs, qu’à leurrer nostre appetit par la difficulté, et à nous attirer à elles en nous esloingnant?» On est tenté de croire que la pudeur alors consistait moins à cacher certaines parties du corps, qu’à ne point en exagérer la forme sous des voiles qui la faisaient mieux ressortir. La Prostitution, il est vrai, avait sa part dans toutes ces curiosités de la mode, et, comme Brantôme a eu l’audace de le prouver par des anecdotes qu’on ira chercher dans un chapitre intitulé De la veue en amour, les yeux étaient toujours les corrupteurs de l’âme et les complices de l’imagination. L’habitude cependant avait diminué sans doute l’indécence des nudités, qui n’offensaient pas la vue des hommes les plus graves, quand elles accompagnaient, comme un accessoire indispensable, la grande toilette de cour. Ainsi nous avons vu, au château de Chenonceaux, Catherine de Médicis donnant un festin qui était servi par ses filles d’honneur à moitié nues. Les mémoires du temps nous fourniraient une foule de faits analogues: rien n’était plus ordinaire que de voir, dans les ballets, dans les mascarades, dans les banquets, des femmes figurant des nymphes et des déesses, les cheveux épars flottant sur les épaules, la poitrine découverte jusqu’à la ceinture, les jambes et les cuisses nues, le reste du corps se dessinant sous une étoffe souple ou transparente. Il résulterait de bien des exemples semblables, qu’on peut faire remonter aux anciennes entrées solennelles des rois et des reines (car ces jours-là le peuple ne s’indignait pas de voir, sur des échafauds dressés dans les rues et les carrefours de Paris, certains mystères ou tableaux allégoriques représentés par des femmes et des hommes entièrement nus); il résulterait, disons-nous, que la nudité n’était pas considérée comme un outrage à la pudeur, quand on la dégageait de toute idée malhonnête et de toute convoitise charnelle. Gabrielle d’Estrées s’était fait peindre plusieurs fois, d’après nature, par les peintres ordinaires du roi, Raimond Dubreuil et Martin Freminet, dans le simple appareil d’une baigneuse qui sort du bain ou qui y entre; ce qui éloigne de ces tableaux naïfs le soupçon d’une pensée libertine ou même voluptueuse, c’est que la maîtresse de Henri IV, en se faisant peindre toute nue, n’a jamais négligé de faire placer dans le fond de la toile les nourrices et les berceuses de ses enfants.
La nudité de la gorge n’était donc, à cette époque, qu’un ornement indispensable du costume d’apparat, et personne, excepté les ecclésiastiques et les protestants, ne songeait à s’en formaliser. La plupart des beaux portraits, aux trois crayons, que Dumoustier et ses imitateurs ont exécutés à la fin du seizième siècle, constatent la généralité de cette mode, qui avait atteint dès lors ses dernières limites; car les robes, du moins celles de gala, étaient ouvertes, de manière à laisser paraître la moitié du sein, et quelquefois plus, les épaules et le haut des bras jusqu’aux aisselles, le dos jusqu’au-dessous des omoplates. L’étiquette de la cour autorisait cet oubli de toute pudeur, que la morale publique et la religion condamnaient à la fois, sans obtenir une réforme qui semblait tant intéresser les mœurs. Les femmes qui allaient au sermon pour entendre un discours dirigé contre les habits dissolus, ne craignaient pas de rester le sein découvert sous les yeux du prédicateur. Elles attribuaient au rigorisme des huguenots la guerre continuelle que l’Église faisait à ces pompes de Satan et à ces vanités du monde; c’était Genève, en effet, qui avait commencé à poursuivre de ses anathèmes les modes déshonnêtes. Dès l’année 1551, un ami de Calvin publia, sans se nommer toutefois, une Chrestienne instruction touchant la pompe et excez des hommes desbordez et femmes dissolues, en la curiosité de leurs parures et attiffements d’habits. Cette instruction avait été, quelques années plus tard, refaite à l’usage spécial des calvinistes, sous ce titre: Traité de l’estat honneste des chrestiens en leur accoustrement (Genève, Jean de Laon, 1580, in-8º), et à l’usage des catholiques, par Jérôme de Chastillon, sous ce titre: Bref et utile discours sur l’immodestie et superfluité des habits (Lyon, Séb. Gryphius, 1577, in-4º). Les casuistes catholiques s’attachaient de préférence à réprimander le luxe au point de vue de l’orgueil; les hétérodoxes se montraient plus préoccupés de la chasteté et de la décence, lorsqu’ils attaquaient la dissolution des habits. Il faut donc reconnaître un bon et austère protestant dans ce François Æstienne, qui fit imprimer en 1581, à Paris, un petit traité de morale somptuaire intitulé Remonstrance charitable aux dames et damoiselles de France, sur leurs ornements dissolus, pour les induire à laisser l’habit du paganisme et prendre celui de la femme pudique et chrestienne. Mais les théologiens catholiques se piquèrent au jeu et ne laissèrent plus rien à faire aux protestants pour dénoncer au mépris des personnes pieuses ces effroyables nudités, que le père Jacques Olivier n’avait pas oubliées dans son Alphabet de l’imperfection et malice des femmes (Paris, 1623, in-12). Cette croisade des écrivains ecclésiastiques contre les nudités se continua sans interruption pendant tout le dix-septième siècle, et l’on peut signaler, comme un de ses résultats les plus disputés, l’emprisonnement d’une partie du sein et des épaules dans le corsage de la robe. Il ne faut pas perdre de vue que les ennemis implacables des modes impudiques avaient abordé le point délicat de leur controverse. Polman rompit la glace le premier, en mettant au jour le Chancre ou couvre-sein féminin (Douai, 1635, in-8º); après lui, Pierre Juvernay toucha de plus près encore la question, dans son Discours particulier sur les femmes desbraillées de ce temps (Paris, Lemur, 1637, in-8º). Ce discours eut du succès, sans qu’on puisse dire à quelle espèce de lecteurs il dut ce succès; mais, en 1640, la quatrième édition paraissait avec ce nouveau titre: Discours particulier contre les filles et les femmes découvrant leur sein et portant des moustaches. Tout n’avait pas été dit sur ce sujet, puisqu’un anonyme, sous le voile duquel on a voulu reconnaître l’abbé Jacques Boileau, docteur en Sorbonne, frère du grand satirique, publia enfin le chef-d’œuvre du genre: De l’abus des nudités de la gorge (Bruxelles, 1675, in-12). La seconde édition (Paris, 1677, in-12) est augmentée de l’_Ordonnance des vicaires généraux de Toulouse contre la nudité des bras, des épaules et de la gorge_. Le marquis du Roure a donné, dans son Analecta-Biblion, une curieuse analyse de ce traité célèbre, où l’auteur examine en 113 paragraphes la nuisance et culpabilité de la nudité des épaules et de la gorge: «Les femmes ne savent-elles pas, dit l’analyse du marquis du Roure, que la vue d’un beau sein n’est pas moins dangereuse pour nous que celle d’un basilic?—Quand on montre ces choses, ce ne peut être que dans un mauvais dessein.—Si les femmes et les filles se veulent bien souvenir de ce que dit saint Jean Chrysostome, elles se couvriront.—Ne veulent-elles plaire qu’aux libertins? Mais elles deviendront leurs victimes. Veulent-elles plaire aux honnêtes gens? Mais alors qu’elles se couvrent.—La femme est un temple dont la pureté tient les clefs.—Ses discours seraient chastes et sa parure ne le serait pas, quelle inconséquence!—Un sein et des épaules nus en disent plus que les discours.—Dieu compare la nation corrompue à la femme qui élève son sein pour lui donner plus de grâce.—Couvrez-vous donc, mais tout à fait, et ne couvrez pas ceci pour découvrir cela.»
Cette polémique sorbonnicale finit par entraîner la cour de Rome et par décider le pape Innocent XI à lancer une bulle d’excommunication contre l’abus des nudités de la gorge; mais, à cette époque, l’Église n’était plus, comme au seizième siècle, intéressée dans des questions de vie et de mort. On comprend donc que les modes licencieuses de ce siècle dépravé, tant invectivées par les écrivains protestants, aient presque échappé aux censures des théologiens catholiques, qui ne descendaient pas à ces menus détails de la vie mondaine, et qui se fortifiaient plutôt dans les sphères nuageuses du dogme; mais il y avait alors des moralistes qui se posaient en défenseurs de l’honnêteté publique et qui ne faisaient pas grâce à ces honteux débordements du costume. Le vénérable Jean des Caurres, principal du collége d’Amiens, ce singulier prototype de Michel de Montaigne, revient souvent sur les indécences de l’habillement de ses contemporains, dans le volumineux recueil de ses Œuvres morales et diversifiées en histoires (2e édition, Paris, G. de la Noue, 1584, in-8º de 1,396 pages). Tantôt il s’écrie: «Le desguisement est si grand et superflu, que ce jourdhuy on prend la femme pour l’homme et l’homme pour la femme, sans aucune différence d’habit!» Tantôt il blâme les miroirs que les courtisanes et damoiselles masquées portaient à la ceinture, et qu’il nomme des mirouers de macule pendans sur le ventre: «Et pleust à la bonté de Dieu qu’il fust permis à toutes personnes d’apeller celles qui les portent, paillardes et putains, pour les en corriger!... Qu’on lise toutes les histoires divines, humaines et profanes, il ne se trouvera point que les impudiques et mérétrices les ayent jamais portez en public jusques à ce jourdhuy que le diable est deschaisné par la France!»
L’honnête Jean des Caurres revient souvent sur l’usurpation du costume sexuel, sur le déguisement des sexes par l’habit; il s’indigne, par exemple, de voir «porter aux filles et femmes robes et manteaux à usage d’homme, qui est un habit fort malséant auxdites filles et femmes, défendu de Dieu au Deutéronome, qui dit: Non induetur mulier veste virili, nec vir utetur veste femineâ; abominabilis enim apud Deum est.» Mais les courtisans de Henri III, à l’instar du roi et de ses mignons, avaient poussé plus loin encore que les femmes cette mascarade honteuse, dans laquelle ils s’étudiaient à ne rien garder des caractères ni des attributs de leur sexe. Nous en parlerons plus à propos dans le chapitre que nous sommes forcé de consacrer à la hideuse coterie des Hermaphrodites.