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ÅUVRES COMPLÃTES
DE
LORD BYRON,
AVEC NOTES ET COMMENTAIRES,
COMPRENANT
SES MÃMOIRES PUBLIÃS PAR THOMAS MOORE,
ET ORNÃES D'UN BEAU PORTRAIT DE L'AUTEUR.
Traduction nouvelle
PAR M. PAULIN PARIS,
DE LA BIBLIOTHÃQUE DU ROI.
TOME CINQUIÃME.
Paris
DONDEY-DUPRÃ PÃRE ET FILS, IMPR.-LIBR., ÃDITEURS,
RUE SAINT-LOUIS, N° 46,
ET RUE RICHELIEU, N° 47 bis.
1831.
LE GIAOUR,
FRAGMENT D'UNE
HISTOIRE TURQUE.
_One fatal remembrance--one sorrow that throws Its bleak shade alike o'er our joys and our woes-- To which life nothing darker nor brighter can bring, For which joy hath no balm--and affliction no sting_.
(MOORE.)
Un fatal souvenir,--un chagrin qui jette son ombre noire sur nos joies comme sur nos douleurs,--auquel la vie ne peut rien apporter de plus sombre ni de plus brillant, pour lequel la joie n'a pas de charme--et l'affliction pas d'amertume.
A
SAMUEL ROGERS, ESQ.
Comme une légère, mais très-sincère marque d'admiration pour son génie,
de vénération pour son caractère, et de gratitude pour son amitié,
CETTE PRODUCTION EST DÃDIÃE
Par son obligé et affectionné serviteur,
BYRON.
AVERTISSEMENT.
L'histoire qu'offrent ces fragmens décousus est fondée sur des circonstances moins communes maintenant dans l'Orient qu'autrefois, soit parce que les femmes y sont plus circonspectes que dans les vieux tems, soit parce que les chrétiens sont plus heureux ou moins entreprenans. L'histoire, lorsqu'elle était complète, contenait les aventures d'une femme esclave, qui fut jetée dans la mer, à la manière des Turcs, pour infidélité, et vengée par un jeune Vénitien, son amant, dans le tems que les Sept Iles étaient possédées par la république de Venise, peu de tems après que les Arnautes eurent été chassés de la Morée qu'ils avaient ravagée après l'invasion russe. La désertion des Maïnotes, à qui le pillage de Misitra avait été refusé, fit abandonner cette entreprise, et causa le ravage de la Morée, durant lequel la cruauté exercée de part et d'autre est restée sans exemple, même dans les annales des Croyans.
LE GIAOUR.
Aucun souffle d'air léger pour rider la surface des flots qui se déroulent sous le tombeau de l'Athénien; ce tombeau[g1] qui, apparaissant sur le rocher, salue le premier le navire rentrant dans le port, en dominant la contrée qu'il sauva en vain: quand un semblable héros, reparaîtra-t-il sur la terre?
Beau climat! où chaque saison sourit avec amour sur ces îles fortunées qui, vues des hauteurs du lointain Colonna, réjouissent le cÅur ému par ce délicieux spectacle, et prêtent un charme à la solitude. Là , gracieusement ondulée, la surface de l'Océan réfléchit les teintes des pics nombreux dont l'image est reproduite par les vagues souriantes qui baignent ces Ãdens de l'Orient; et si parfois une brise passagère vient à rompre le cristal des flots, ou détache une fleur des arbres du rivage, qu'il est ravissant chaque souffle d'air qui réveille et emporte avec lui les plus doux parfums! Car c'est là --sur les collines ou dans les vallées, que la rose, sultane du rossignol[g2], la vierge pour laquelle il fait entendre sa mélodie et ses mille chants d'amour, fleurit en rougissant aux histoires de son amant harmonieux: la reine des jardins, sa reine, sa rose, non courbée par les vents, non glacée par les neiges, loin des hivers du nord, caressée par les brises de chaque saison, renvoie, en doux encens vers le ciel, les parfums que lui a donnés la nature, et embellit, par ses brillantes couleurs et ses soupirs odorans, ces cieux qui semblent lui sourire. Là brillent maintes fleurs printannières; maint ombrage invite à l'amour, maintes grottes invitent au repos, en même tems qu'elles servent d'asile au pirate dont la barque, cachée sous l'abri protecteur, guette l'arrivée d'une proue pacifique, jusqu'au moment où la guitare du joyeux marinier[g3] se fait entendre, et où l'étoile du soir se montre à l'horizon. Alors, voguant avec leurs rames enveloppées, et protégés par les rochers du rivage, les voleurs nocturnes fondent sur leur proie, et aux chants de joie font succéder les plaintifs gémissemens.
Il est étrange que là où la nature s'est plu à répandre ses dons comme pour le séjour des dieux, et à faire briller tous ses charmes dans ce paradis enchanté, l'homme amant de la destruction, veuille le changer en désert, et foule aux pieds, pareil à la brute, ces fleurs qui ne demandent pas les soins d'une main laborieuse pour croître sur cette terre féconde, mais qui fleurissent comme pour prévenir les soins de l'homme, et qui, dans leurs séduisantes caresses, ne veulent--qu'être épargnées! Il est étrange--que là ou tout est en paix, les passions triomphent dans leur orgueil, et la rapine étende son cruel et sanguinaire empire. C'est comme si les démons prévalaient contre les séraphins glorieux, et, assis sur les trônes célestes, rendaient ces anges libres héritiers de l'Enfer; aussi douce est cette contrée formée pour le bonheur, aussi maudits sont les tyrans qui l'oppriment et la désolent!
Celui qui s'est penché sur--le cadavre d'un être expiré avant que le premier jour de la mort soit enfui, le premier sombre jour du néant, le dernier du danger et de la détresse (avant que les doigts dévorans de la destruction aient effacé les traits où la beauté respire encore), et a remarqué l'air doux et angélique, l'extase du repos qui est là , les traits fixes, quoique tendres, qui relèvent la langueur d'une paisible joue, et--mais pour cet Åil triste et voilé qui ne brûle plus, ne sourit plus, ne pleure plus; pour ce front immobile et froid où l'apathie[g4] de la mort effraie le cÅur désolé de celui qui le contemple, comme s'il avait le pouvoir de lui faire partager le destin qu'il redoute et dont il ne peut cependant se détacher: oui! pour ces choses, et ces choses-là seules, pendant quelques momens--une heure traîtresse,--il pourrait mettre en doute le pouvoir tyrannique du trépas; tant est beau, tant est calme, tant est doux, le premier, le dernier, aspect révélé par la mort[g5]!
Tel est aussi l'aspect de ce rivage: c'est la Grèce; mais la Grèce qui n'a plus de vie! si froidement douce, si tristement belle, que nous tressaillons, car l'ame manque là ! Son charme est celui de la mort qui ne disparaît pas entièrement avec le souffle de la vie; mais c'est une beauté qui a cette fleur sinistre, cette couleur appartenant à la tombe, dernière et fugitive lueur de l'expression, auréole dorée qui plane sur une ruine, le rayon d'adieu du sentiment qui n'est plus! étincelle de cette flamme d'une origine peut-être céleste, qui éclaire encore, mais qui n'échauffe plus désormais sa terre chérie!
Patrie des braves échappés à l'oubli! dont le sol, depuis les plaines jusqu'aux cavernes des montagnes, fut l'asile de la liberté, ou le tombeau de la gloire! temple des héros[loc1]! se peut-il que ce soit là tout ce qui reste de toi? Approche, esclave timide et rampant; dis, ne sont-ce pas là tes Thermopyles? Ces ondes bleues qui s'étendent au loin, ô race dégénérée d'un peuple libre! dis, quelles sont-elles? quels sont ces rivages? N'est-ce pas le golfe, n'est-ce pas le rocher de Salamine? Ces lieux célèbres, leur histoire qui n'est pas inconnue au monde, ô Grecs! levez-vous, et faites-en de nouveau votre patrie! Cherchez parmi les cendres de vos pères les étincelles du feu divin qui les embrasait; et celui qui expirera dans le combat ajoutera à leurs noms un nom terrible qui fera trembler la tyrannie: il laissera à ses fils une espérance, une renommée pour lesquelles ils mourraient plutôt que de les livrer au déshonneur; car le combat de la liberté une fois commencé, le père expirant en lègue le triomphe à son fils, triomphe qui succède toujours à toutes les défaites. O Grèce! tes pages vivantes en sont témoins, et attestent la gloire de tes siècles immortels! Tandis que tes rois enfouis dans l'obscurité poudreuse des âges ont laissé une pyramide sans nom, tes héros, malgré les ravages du tems qui a renversé la colonne monumentale de leurs tombes, ont encore un monument plus imposant, les montagnes de leur terre natale! Là , la muse montre aux regards des étrangers les tombeaux de ceux qui ne peuvent mourir!--Il serait trop long de rappeler, et trop pénible de retracer l'histoire et la description de chaque lieu célèbre, depuis ses tems de splendeur jusqu'à ses jours de misère: assez--aucun ennemi étranger n'a pu dompter ton courage, jusqu'à ce qu'il se soit flétri lui-même. Oui! un abaissement, une dégradation volontaires, ont aplani la route aux chaînes honteuses de l'esclavage, à la domination des tyrans.
[Note loc1: Shrine of the mighty!]
Que peut-il raconter celui qui foule aujourd'hui tes rivages? Aucune histoire de tes vieux tems, aucun sujet capable d'inspirer à la muse un essor aussi élevé que celui des jours qui ne sont plus, lorsque l'homme était digne de ton climat.
Les cÅurs nourris dans tes vallées, les ames ardentes qui auraient pu conduire tes enfans à des actions héroïques et sublimes, rampent, depuis le berceau jusqu'à la tombe, esclaves--oui! esclaves d'un esclave[g6]! et sourds, excepté à la voix du crime, couverts de tous les vices qui souillent l'humanité et font descendre l'homme au-dessous de la brute, sans avoir même le mérite d'une sauvage vertu, du courage opprimé, mais indompté d'un homme libre. Ils portent encore dans les ports voisins leurs ruses proverbiales et leur ancienne astuce. C'est en cela que l'on reconnaît encore ce Grec subtil; et c'est en cela, en cela seul qu'il a conservé son ancien renom. En vain, la liberté ferait-elle un appel au courage pour briser son joug, ou pour relever le cou qui semble courtiser son esclavage: je cesse de plaindre ces malheurs.
Cependant cette histoire sera une histoire plaintive; et ceux qui l'entendront croiront sans peine que celui qui l'entendit pour la première fois en fut touché.
Lointaines, sombres et se projetant sur la mer bleue, les ombres des rochers font tressaillir, le pêcheur dont elles frappent les regards, comme la barque d'un pirate des îles ou d'un Maïnote. Craignant pour son léger caïque, il évite l'anse prochaine et périlleuse; quoique abattu et harassé par ses travaux, et surchargé de son heureuse pêche, il vogue lentement, à force de rames, jusqu'à ce que le rivage sûr du port Léone le reçoive à la lueur délicieuse de l'astre qui embellit de tant de charmes une nuit orientale.
Quel est celui qui accourt sur un coursier noir, bride abattue, au galop retentissant comme un tonnerre? Le bruit des fers et les coups de fouet répétés font retentir les échos des cavernes d'alentour. L'écume qui couvre les flancs du coursier semble être celle des vagues de l'Océan: bien que les flots de la mer soient tranquilles et comme abîmés dans le calme, il n'en est point dans le sein du cavalier; le murmure de la tempête qui se prépare est encore plus calme que ton cÅur, ô jeune Giaour[g7]! Je ne te connais point, je hais ta race; mais je découvre dans tes traits quelque chose que le tems ne pourra que fortifier et non effacer. Quoique jeune et pâle, ce front blême est sillonné par les passions; quoique tenant fixé vers la terre ton Åil farouche, et que tu passes comme un météore, je vois bien dans toi un de ceux que des fils d'Othman devraient faire périr ou éloigner de leur demeure.
Loin,--loin,--il fuit, et mes regards étonnés le suivent à peine; et quoique, semblable à un démon de la nuit, il ait passé et se soit évanoui à ma vue, son aspect et son maintien ont laissé dans mon ame un souvenir de trouble et de confusion, et les pas retentissans de son coursier noir résonnent encore à mon oreille étonnée. Il pique vivement de l'éperon; il approche de ce rocher escarpé qui projette son ombre sur l'abîme; il en fait rapidement le tour; il galope sur ses bords. Le rocher l'eut promptement dérobé à ma vue, car je sentis bien que j'étais désagréable à celui qui cherchait à éviter tout regard indiscret; et il n'est pas une étoile qui ne paraisse trop brillante à celui qui s'échappe à une heure si étrange. Il s'éloigne rapidement; mais avant de disparaître, il lance un dernier regard en arrêtant un moment son coursier qui bondit, et respire un moment dans sa course ralentie; un instant il se dresse sur ses arçons.--Que regarde-t-il dans le bois d'olivier? Le croissant brille sur la colline; les hautes lampes de la mosquée brûlent encore: quoique trop éloigné pour entendre le bruit du lointain tophaïque[g8] répété par l'écho, on aperçoit les éclairs de chaque joyeuse détonnation, qui prouvent le zèle des religieux musulmans. Ce soir, le dernier soleil du Ramazan s'est couché; ce soir commence la fête du Baïram[loc2]; ce soir--mais qui es-tu? qu'as-tu fait, toi, au vêtement étranger, au front terrible? Que te font ces jeux, ces fêtes, pour t'arrêter ainsi ou pour fuir?--Il s'arrête encore.--Quelque frayeur légère se peignait sur son visage; bientôt l'expression de la haine la remplaça. Elle ne se manifesta point avec la rougeur subite d'une colère passagère, mais avec une pâleur semblable au marbre de la tombe, dont la funèbre blancheur augmente encore les sombres teintes. Son front était penché, son Åil avait un éclat vitreux; il leva son bras avec un mouvement menaçant de fierté, en frappant rudement de la main, ne sachant s'il devait retourner ou fuir. Impatient de sentir différer sa fuite rapide, le noir coursier pousse un lourd hennissement.--La main du cavalier retomba sur la garde de son sabre; ce hennissement a dissipé sa rêverie, comme le cri du hibou réveille un homme en sursaut.--L'éperon s'enfonce dans le flanc du coursier; il part avec la rapidité d'un djerrid[g9] lancé dans les airs par une main puissante; le rocher est dépassé, et le rivage ne retentit plus de ses pas rapides; la crête est franchie, on ne voit plus le cimier et le front altier du chrétien. Ce n'était que pour un instant qu'il avait contenu l'ardeur de son vigoureux coursier; ce n'était que pour un instant qu'il s'était arrêté; et tout-à -coup il avait redoublé de vitesse comme s'il avait été poursuivi par la mort. Mais dans cet instant, des hivers de souvenirs semblaient avoir passé sur son ame, et rassemblé, dans cette seconde[loc3] de tems, une vie de peine, un siècle de crimes. Pour celui qu'agitent l'amour, la haine, ou la crainte, un tel moment accumule toutes les douleurs passées. Alors qu'éprouva-t-il, l'inconnu, accablé qu'il fut par tout ce qui peut le plus déchirer le cÅur? Cette halte qui décida sa destinée, oh! qui pourra mesurer sa durée terrible! Quoique, dans les registres du tems, elle soit comme imperceptible, elle fut une éternité pour sa pensée! car elle est infinie comme l'espace incommensurable, la pensée que le sentiment peut embrasser, et qui peut comprendre en lui-même des maux sans nom, sans espérance, ou sans fin!
[Note loc2: Carême turc.]
[Note loc3: En anglais, drop, goutte.]
L'heure est passée; le Giaour est déjà loin; a-t-il fui seul ou succombé seul? Maudite soit l'heure de son arrivée ou de sa fuite: la malédiction, pour le péché d'Hassan, a changé un palais en tombeau. Il vint, le Giaour, il passa comme le simoun[g10], cet avant-coureur de la désolation et de la mort, sous le souffle dévorant duquel les cyprès même s'anéantissent;--arbre sombre, et encore triste lorsque les autres douleurs sont évanouies; seul fidèle aux souvenirs passagers de la mort.
Le coursier a disparu de l'étable déserte; on ne voit plus d'esclaves dans les salles du palais d'Hassan. L'araignée solitaire couvre les murs de sa toile grisâtre; la chauve-souris bâtit son nid dans son harem; et le hibou s'est emparé de la plus haute tour de son château fort: le dogue sauvage, tourmenté de soif et de faim, hurle sur les bords de ses bassins desséchés; car le ruisseau a disparu de son lit de marbre, où maintenant les ronces croissent sur une poussière désolée. Il était beau jadis de le voir se jouer dans cette enceinte, et chasser la chaleur étouffante du jour, en faisant jaillir en haut sa rosée d'argent dans des tourbillons fantastiques, et en répandant dans l'air, et sur le vert gazon, une délicieuse fraîcheur. Il était doux, quand des étoiles sans nuages brillaient dans les cieux, de voir des vagues de lumière se projeter sur ce marbre, d'entendre, la nuit, la mélodie de ces ondes! L'enfance d'Hassan avait souvent joué sur les bords de cette cascade; et souvent, sur le sein de sa mère, il s'était endormi au bruit harmonieux des vagues. La jeunesse d'Hassan avait été souvent bercée, sur ces bords, par les chants de la beauté; et chaque accord harmonieux semblait plus harmonieux encore mêlé à la voix d'Hassan. Mais jamais la vieillesse d'Hassan ne viendra se reposer sur ces bords à la chute du crépuscule: la source qui alimentait ce ruisseau est tarie.--Le sang qui échauffait son cÅur est versé! Jamais aucune voix humaine ne fera entendre ici des accens de rage, de regrets ou de plaisir. Les derniers et tristes sons qu'ait répétés l'écho furent les lamentations funèbres d'une femme; et ces sons expirèrent dans le silence!--Tout est muet!--excepté, parfois, la jalousie que le vent agite. Que la tempête, retentisse, que la pluie tombe par torrens, aucune main ne viendra désormais fermer les ouvertures de ce château.
Ce serait une joie pour le voyageur de découvrir, sur ces sables déserts, les pas grossiers d'un homme,--tellement que la voix même de la douleur réveillât un écho consolateur. Au moins elle lui dirait: «Tout n'est pas mort en ces lieux, la vie murmure encore, bien qu'elle soit le soupir d'un seul.--Car de nombreux appartemens dorés étalent encore ici une splendeur que la solitude semble devoir oublier; dans ce palais, la destruction a opéré lentement son Åuvre dévorante;--mais la sombre désolation est assise sur le seuil de la porte, que le fakir[loc4] lui-même n'oserait plus franchir. Là , le derwiche[loc5] errant ne voudrait pas s'arrêter, car la charité hospitalière n'est plus là pour le recevoir; l'étranger, harassé de fatigues, ne viendra plus s'y reposer pour y bénir «le pain et le sel sacré[g11].» La richesse et la pauvreté passent également aux environs avec la même insouciance; car la politesse hospitalière et la charité bienveillante ont disparu avec Hassan, tombé sur les montagnes. Son toit, qui était le refuge de l'homme, est devenu l'antre affamé du désespoir.
[Note loc4: Moine turc.]
[Note loc5: Moine mendiant.]
L'hôte a fui la salle de festin, et les vassaux leurs travaux champêtres, depuis que le sabre de l'infidèle a fendu le turban de la tête d'Hassan[g12].
J'entends un bruit de marche qui approche, mais aucune voix n'arrive à mon oreille. Il s'approche davantage;--je puis distinguer chaque turban, et chaque ataghan au fourreau d'argent[g13]. Le chef de la troupe se distingue; c'est un émir à la robe verte[g14]. «Ho! qui es-tu?--Cet humble _salem_[g15] vous dit que je suis un croyant. Le fardeau que vous portez avec tant d'attention semble réclamer tous vos soins, et, sans doute, c'est une précieuse cargaison. Mon humble barque est toute prête pour la recevoir.
--Tu parles convenablement; démarre ton esquif, et emmène-nous loin de ce rivage silencieux. Laisse déployée ta voile, et vogue à force de rames. Au milieu de cette baie entourée de rochers, où les eaux sombres et emprisonnées dorment dans un calme profond, ta tâche sera finie.--Nous y sommes.--Tu as ramé à merveille; notre course a été rapide; cependant c'est le plus long voyage, je pense, qu'un de...»
L'objet mystérieux fut plongé dans les flots, et s'enfonça lentement; la vague calme roula doucement jusqu'au rivage. Je veillais attentivement sur ce qui avait été précipité, et il me sembla un instant, par le mouvement du courant, que quelque chose s'était comme débattu..... ce n'était qu'un rayon de la lune qui se réfléchissait sur le courant. Je ne cessai de prêter mon attention à cette scène singulière que lorsque l'objet qui la causait eut disparu totalement à ma vue, comme une pierre lancée dans l'onde, qui laisse après elle un tournoiement passager se rétrécissant de plus en plus, et forme comme une tache blanche, perle aqueuse qui se moque de l'Åil qui la contemple. Tous les secrets sont ensevelis et dorment sous les ondes, connus seulement des génies de l'abîme, qui, tremblans dans leurs grottes de corail, n'osent en rien murmurer aux vagues.
Comme on voit, dans les prairies émaillées du Kachemire, la reine des papillons[g16] s'élever sur ses ailes de pourpre, en invitant le jeune enfant à la poursuivre, en le promenant de fleurs en fleurs pendant une heure inutile et laborieuse; elle le quitte pour s'envoler dans les airs, en lui laissant le cÅur déchiré et les yeux pleins de larmes: ainsi la beauté se joue du jeune homme échappé de l'enfance, brillante aussi et volage comme elle: chasse d'espérances et de craintes frivoles, commencée dans la folie et terminée dans les larmes. Si toutes deux elles se laissent prendre, le malheur attend la reine des papillons et la jeune fille; une vie de peines, la perte de la tranquillité; l'une est le jouet de l'enfant, l'autre, le caprice de l'homme: ce bijou charmant, recherché avec tant d'ardeur, perd son charme dès qu'il est obtenu; car chaque attouchement caressant fait disparaître ses plus brillantes couleurs, jusqu'à ce que charme, couleurs, beauté, étant évanouis, on le laisse s'envoler ou on l'abandonne sans compassion. L'aile blessée, ou le cÅur déchiré, hélas! dans quel lieu l'une et l'autre de ces victimes pourront-elles trouver un asile? Celle-ci, avec son aile abattue, pourra-t-elle voltiger de la rose à la tulipe comme dans ses jours de liberté? ou la beauté, flétrie dans une heure, pourra-t-elle retrouver son bonheur et sa joie dans sa retraite profanée? Non: les insectes joyeux qui passent près de celui qui va mourir, ne le couvrent jamais de leurs ailes. Les aimables et jeunes beautés sont compatissantes pour toutes les fautes, excepté pour celles de leurs semblables; tous les malheurs peuvent attendre d'elles une larme, excepté la honte d'une sÅur abusée.
Le cÅur qui se nourrit des remords du crime ressemble au scorpion environné de flammes, dans un cercle qui se rétrécit à mesure qu'elles font des progrès. Les flammes resserrent le prisonnier jusqu'à ce que, consumé intérieurement par mille dards brûlans, et se torturant dans sa rage, il ne voie plus qu'une seule et triste ressource contre ses cruelles douleurs: le dard venimeux qu'il conservait pour ses ennemis, et dont le venin n'avait jamais été vainement lancé; ce dard qui ne cause qu'une douleur et guérit tous les maux, il le tourne contre lui-même dans un accès de désespoir: ainsi expire celui qui a l'ame noire et déchirée de remords[loc6], ou il vit, comme le scorpion, environné de flammes dévorantes[g17]. Ainsi se ronge celui que le remords dévore; maudit sur la terre, condamné par le ciel, les ténèbres sont sur sa tête, et le désespoir à ses pieds; autour de lui est un cercle de flammes, et dans son sein--la mort!
[Note loc6: The dark in soul!]
Le sombre Hassan fuit de son harem, il n'arrête ses regards sur les charmes d'aucune femme: la chasse inaccoutumée l'occupe uniquement désormais; et cependant il ne partage aucune joie du chasseur. Hassan n'était point ainsi habitué à courir dans les bois, lorsque Leïla habitait son sérail. Leïla ne l'habiterait-elle plus?--c'est ce qu'Hassan seul pourrait dire. D'étranges rumeurs se sont répandues dans la ville à ce sujet: on dit que Leïla s'enfuit dans cette soirée où se coucha le dernier soleil du Ramazan[g18], et où l'éclat d'un million de feux allumés au sommet des minarets proclamait la fête du Baïram dans l'immense Orient. Ce fut alors qu'elle s'éloigna comme pour aller au bain, et qu'elle rendit inutiles et vaines les recherches et la colère d'Hassan. Dans le déguisement d'un page géorgien, elle avait trompé l'active surveillance des gardes du palais, et, loin de la tutelle musulmane, elle est allée s'en venger dans les bras d'un infidèle Giaour.
Quelque chose de ce récit avait fait naître les soupçons d'Hassan; mais Leïla paraissait encore si tendre, elle lui paraissait encore si belle, qu'il eut trop de confiance dans l'esclave dont la trahison méritait la mort. Ce soir même il s'était rendu à la mosquée, et de-là il était allé assister à une fête qu'il donnait dans son kiosque. Telle est l'histoire que racontent ses Nubiens, dont la surveillance aurait dû être plus active; mais d'autres disent que cette nuit même, à la pâle et tremblante lumière de Phingari[g19], le Giaour avait été vu seul sur son coursier d'un noir de jais, galopant à force d'éperons le long du rivage; il n'emportait en croupe derrière lui aucune jeune fille, aucun page.
Ce serait vainement que j'essaierais de décrire le charme de l'Åil noir de Leïla; regardez ceux de la gazelle, ils aideront admirablement votre imagination. Ceux de Leïla étaient aussi larges (ou fendus); aussi languissamment noirs, mais l'ame s'échappait de chaque étincelle qu'ils dardaient sous leurs sourcils arqués, aussi brillans que les joyaux de Giamschid[g20].
Oui, son ame se peignait dans ses regards; notre prophète pourrait-il dire que cette forme si belle n'était rien qu'une argile brillante? Par Allah! je répondrais non, quand même je serais sur la fameuse arche d'Al-Sirat[g21] jetée sur la mer de Flamme, avec la perspective du paradis sous mes yeux, et toutes ses houris qui me feraient signe d'y entrer. Oh! celui qui a connu l'éclat des yeux de Leïla pourrait-il ajouter foi à cette partie de sa croyance[g22], qui dit que la femme n'est que poussière, un jouet sans ame destiné aux caprices sensuels d'un tyran? Les Muftis, en la contemplant, auraient pu avouer que la divinité brillait dans ses regards. Les jeunes fleurs pourprées de la grenade jetaient sur les belles et fraîches couleurs de ses joues un éclat toujours nouveau[g23]; sa chevelure d'hyacinthe[g24] était flottante, et, au milieu de ses suivantes qu'elle dominait de toute sa beauté, elle en laissait descendre les boucles jusqu'au pavé de marbre sur lequel ses pieds brillaient plus blancs que la neige des montagnes avant que les nuages qui lui ont donné naissance ne soient tombés sur la terre, et n'y aient amassé des souillures.
Le jeune cygne s'avance noblement sur la surface de l'onde; ainsi marchait sur la terre la belle fille de Circassie, l'aimable oiseau du Franguestan[g25]! Comme le cygne relève sa tête élancée, et frappe l'onde de ses ailes orgueilleuses, quand un étranger passe sur les bords de son domaine; ainsi Leïla élevait un cou plus blanc que celui du cygne:--ainsi, armée de sa beauté, elle eût repoussé avec dignité un regard indiscret; aussi noble et aussi gracieuse était sa démarche! Son cÅur était aussi tendre pour son compagnon.--Son compagnon, terrible Hassan, quel était-il? Hélas! ce nom n'était pas fait pour toi! Le terrible Hassan est parti en voyage, accompagné de vingt vassaux, chacun armé, comme il convient le mieux à un homme, d'arquebuse et d'ataghan; le chef les précède, équipé comme pour la guerre: il porte à sa ceinture le cimeterre teint autrefois du meilleur sang arnaute, quand les rebelles se révoltèrent, et que peu d'entre eux s'en rétournèrent dans leurs foyers pour raconter l'histoire de ceux qui étaient tombés dans la vallée de Parne. Les pistolets qu'il porte à sa ceinture sont ceux dont un pacha fit autrefois usage, et que maintenant, quoique ornés de pierreries et bosselés d'or, des voleurs trembleraient même de regarder. On dit qu'Hassan est allé chercher une fiancée, plus fidèle que celle qui à abandonné sa couche, l'esclave coupable qui a déserté son harem, et plus coupable de l'avoir déserté pour un Giaour!
Les derniers rayons du soleil sont descendus sur la colline, et étincellent dans le courant du ruisseau, dont les ondes fraîches et limpides reçoivent les bénédictions des montagnards. Ici le négociant grec, fatigué de ses longues marches, peut trouver ce repos que l'on chercherait vainement dans les cités où sa demeure est trop voisine de celle de ses maîtres, ce qui lui inspire de la terreur pour ses secrètes richesses.--Il peut se soustraire ici à tous les regards. Dans la foule, c'est un esclave; dans le désert, il est libre; il peut ici souiller d'un vin défendu la coupe qu'un bon Musulman ne doit jamais vider.
Le premier de la troupe est un Tartare qui se distingue par son manteau jaune; les soldats le suivent dans un long défilé. Au-dessus d'eux, la montagne élève un pic où les vautours aiguisent leurs becs avides de carnage; ils pourront se repaître dans un grand festin avant que l'aurore du matin ait brillé. En bas, un torrent d'hiver a reculé devant les rayons brûlans de l'été, et a laissé un lit noir et dépouillé de verdure, excepté quelques broussailles qui ne naissent que pour périr aussitôt. Chaque côté, qui forme un sentier, est couvert de débris de granit raboteux et grisâtre, arrachés par le tems, ou par la foudre des montagnes, de ces sommets enveloppés des brouillards du ciel; car où est celui qui a contemplé le pic de Liakura dégagé de ces voiles éternels?
L'émir et sa troupe ont enfin atteint le bois de sapins: «Bismillah [g26]! le moment du péril est passé, car la plaine se découvre à nos yeux, et quand nous y serons parvenus, nous piquerons nos chevaux des éperons.» Ainsi parle le Tchiaous, et à peine a-t-il cessé qu'une balle siffle sur sa tête. Le Tartare qui conduisait la troupe mord la poussière! Les cavaliers d'Hassan n'ont que le tems de saisir la bride et de descendre promptement de cheval; mais trois d'entre eux n'y rémonteront plus; l'ennemi qui porte, les blessures mortelles est invisible; le moribond demande en vain vengeance. Le poignard hors du fourreau, la carabine à la main, quelques-uns d'entre eux restés sur leurs coursiers se penchent pour éviter lès balles, à moitié protégés par leur monture; d'autres fuient derrière le rocher le plus voisin qui les défend des coups invisibles, ne voulant point rester exposés à périr par les flèches d'ennemis inconnus qui n'osent pas quitter leur retraite sûre des rochers. Le sévère Hassan dédaigne seul de descendre de son cheval, et poursuit sa course jusqu'à ce qu'une décharge de carabines l'avertît trop sûrement que le clan de brigands s'est emparé de la seule issue qui pouvait laisser échapper leur proie.
Alors sa moustache[g27] se recourbe avec colère, et son Åil étincelle d'un fier courroux: «Quoique les balles sifflent de toutes parts, dit-il, j'ai échappé à une, heure plus sanglante que celle-ci.» Dans cet instant l'ennemi quitte son embuscade et crie aux vassaux d'Hassan de se rendre. Mais le front d'Hà ssan et un mot terrible sont plus redoutés que le sabre ennemi. Aucun homme de la troupe ne rendra sa carabine ou son ataghan, et n'élèvera le lâche cri: Amaun[g28]! Les ennemis apparaissent plus nombreux, s'approchent de plus en plus, et, débusquant du bois, arrivent ceux qui se plaisent dans les charges avancées. Quel est celui qui les commande armé d'un fer étranger et étincelant dans sa main puissante? «C'est lui! c'est lui! je le connais maintenant; je le reconnais à son front pâle, je le reconnais à cet Åil méchant[g29], qui favorise ses envieuses trahisons; je le reconnais à son noir coursier, quoique déguisé sous un costume d'Arnaute; apostat de sa propre et vile croyance, ce titre ne le sauvera pas de la mort. C'est lui! rencontre heureuse et désirée! Perds l'amour de Leïla, maudit Giaour!»
Comme un fleuve se précipite dans l'océan, en roulant ses eaux écumantes; comme lés vagues de la mer se soulèvent en colonnes azurées pour repousser au loin avec orgueil le courant qui lutte avec ses ondes écumantes; tandis que l'abîme tournoyant, et les vagues qui se brisent, soulevées par le vent impétueux de l'hiver, s'épuisent en terribles mugissemens, et qu'à travers l'écume blanchâtre, le fracas du tonnerre, les éclairs des ondes reluisent d'une blancheur effrayante sur le rivage, qu'ils brillent et se brisent sous la rame; ainsi, comme le fleuve et l'océan se rencontrent avec des vagues qui sont en fureur de se mêler;--ainsi se joignent deux troupes qu'une même haine, un même destin, une même fureur anime. Le cliquetis des sabres qui se heurtent, les cris de guerre qui frappent l'oreille épouvantée, les détonnations retentissantes, le bruit de la mêlée, de la fusillade, les gémissemens des mourans sont répétés par l'écho de la vallée plus accoutumée aux refrains du pasteur. Quoique peu nombreux,--les combattans se livrent une lutte acharnée, car aucun n'épargne la vie d'un autre, aucun ne demande grâce pour la sienne! Ah! deux jeunes cÅurs peuvent se presser avec amour, pour recevoir et partager leurs caresses; mais l'amour lui-même ne pourrait jamais avoir, pour tout ce que la beauté soupire d'accorder, des palpitations la moitié aussi vives que la haine en inspire au dernier embrassement de deux ennemis, lorsque, se saisissant dans le combat, ils plient leurs bras qui ne lâcheront plus leur proie. Les amis se rencontrent pour se séparer; l'amour rit au mot de fidélité; de vrais ennemis, une fois rencontrés, sont unis jusqu'à la mort!
Avec un sabre brisé jusqu'à la garde, et dégouttant encore du sang qu'il a répandu, resté cependant dans la main puissante qui promenait partout cette arme infidèle; son turban roulé par terre derrière lui, et coupé dans ses plis les plus épais; sa robe flottante déchirée par le cimeterre, et rougie comme ces nuages du matin qui, bigarres d'un rouge noir, annoncent par de funestes présages que la journée aura une fin orageuse; une tache de sang sur chaque buisson qui porte un lambeau de son palampore[g30]; sa poitrine couverte d'innombrables blessures, son dos couché sur la terre, son visage tourné vers le ciel, Hassan tombé repose!--Son Åil encore ouvert est fixé menaçant sur son ennemi, comme si l'heure qui a scellé sa destinée eût laissé survivre sa haine inextinguible; et sur lui est penché cet ennemi avec un front aussi sombre que celui qui gît par terre ensanglanté--.
«Oui, Leïla sommeille sous les vagues; mais cette terre sera un tombeau plus sanglant: l'esprit de Leïla a guidé le fer qui a appris à ce cÅur félon ce que c'est que ses atteintes. Il a appelé le prophète, mais son pouvoir fut vain contre le Giaour vengeur; il a invoqué Allah--mais ce mot s'est élevé inexaucé ou inentendu. Oh! sot païen! la prière de Leïla n'aurait pas été écoutée, et la tienne serait ici exaucée? J'ai ménagé mon tems, je me suis ligué avec ces hommes pour saisir le traître à son tour: ma vengeance est assouvie, l'Åuvre est consommée; je pars--mais je pars seul.»
On entend tinter les clochettes des chameaux dans leurs pâturages. La mère d'Hassan regarde inquiète du haut de ses jalousies,--elle voit la rosée du soir qui couvre sous ses yeux, de ses perles étincelantes, le vert pâturage; elle voit les étoiles qui ne brillent plus que d'un pâle éclat. «C'est l'aurore, dit-elle.--Hassan avec sa troupe ne doit pas être éloigné.»
Elle ne peut demeurer dans le bosquet du jardin, mais elle regarde à travers les créneaux de sa tour la plus élevée.
«Pourquoi ne vient-il pas? Ses coursiers sont d'une race vigoureuse et choisie, ils ne craignent pas les chaleurs de l'été. Pourquoi le fiancé n'envoie-t-il pas le présent promis? Son cÅur est-il plus froid, ou son cheval de Barbarie moins agile? Oh! reproche non mérité! voilà un Tartare qui a déjà gagné le sommet de la plus proche montagne, et il descend avec précaution le penchant escarpé: il est maintenant dans la vallée; il porte le présent sur les arçons de sa selle.--Que son cheval me paraît marcher lentement! Mes largesses sauront bien récompenser sa vitesse et les fatigues de sa route.»
Le Tartare est descendu de cheval à la porte du château; mais à peine peut-il soutenir son corps chancelant: son visage basané porte l'expression de la détresse; mais c'est peut-être l'effet de la fatigue: son vêtement est souillé de sang; mais c'est peut-être celui de son cheval fatigué de l'éperon: il tire de dessous son manteau le présent.--Ange de la mort! c'est le cimier brisé d'Hassan! son calpac déchiré[g31]--son caftan ensanglanté.--«Madame, ton fils a épousé une fatale fiancée; ils m'ont épargné, mais non par pitié, mais pour t'apporter ce présent ensanglanté. Paix au brave! dont le sang est versé: malheur au Giaour! c'est lui qui l'a tué.»
Un turban sculpté[g32] sur une pierre brute, une colonne que les ronces couvrent de leurs épines, où l'on peut lire à peine maintenant le vers du Koran qui déplore la mort du défunt, indiquent le lieu où Hassan est tombé victime dans le vallon solitaire. Il dort là comme un fidèle Osmanli, aussi bien que s'il avait été fléchir le genou à la Mecque, aussi bien que s'il eût repoussé avec dédain le vin défendu, ou prié la face tournée vers le tombeau saint, au cri solennel d'_Allah hu_[g33]! Cependant il est mort par la main d'un étranger, au sein de sa terre natale; cependant il est mort les armes à la main, et il n'a pas été vengé, du moins par le sang de son ennemi: mais les vierges impatientes du paradis l'invitent déjà à leur demeure, et le cil noir des yeux des houris lui sourira à jamais. Elles s'avancent--elles agitent leurs voiles bleus[g34], et saluent le brave avec un baiser! Celui qui est tombé dans la bataille contre un Giaour est le plus digne de leurs faveurs immortelles.
Mais toi, faux infidèle! tu seras livré à la faux vengeresse de Monkir[g35], et tu n'échapperas à ses tourmens que pour errer autour du trône perdu d'Eblis[g36]. Un feu dévorant, inextinguible, t'entourera, te consumera, te dévorera le cÅur. Aucune oreille ne peut entendre, aucune langue ne peut dire les tortures de cet enfer intérieur! Mais d'abord, envoyé sur la terre comme un vampire[g37], ton cadavre sera arraché de sa tombe. Alors tu hanteras comme un fantôme ton lieu natal, et tu suceras le sang de toute ta race. Là , à l'heure de minuit, tu tariras la source de la vie de ta fille, de ta sÅur, de ta femme.
Cependant tu assisteras avec dégoût au banquet où, malgré toi, tu devras te nourrir de ton livide et vivant cadavre; tes victimes, avant d'expirer, reconnaîtront un démon dans leur père, et comme elles te maudiront, tu les maudiras, et ces jeunes fleurs, tes filles, seront flétries sur leur tige. Mais une d'elles doit surtout mourir pour expier ton crime, la plus jeune, la plus aimée de toutes, qui te bénira, en t'appelant du nom de père,--Ce nom déchirera ton cÅur! Cependant, tu devras achever ton Åuvre sanglante, et voir s'effacer sur sa joue le dernier coloris de la vie; s'éteindre de son Åil la dernière étincelle, et contempler le dernier regard vitreux qui se glacera sur son teint livide. Alors, d'une main impie, tu arracheras les tresses de sa chevelure dorée; chevelure dont une boucle enlevée pendant sa vie eût été portée comme un gage de la plus tendre affection. Mais maintenant tu l'emportes, souvenir de ton affreuse agonie! Humectée de ton meilleur sang, elle s'échappera [g38] de tes dents grinçantes et de ta lèvre hideuse. Alors, retourne, en arpentant, à ton noir tombeau, va--et livre-toi à tes hideuses frénésies avec les Afres et les Goules, jusqu'à ce qu'ils fuient d'horreur loin du spectre encore plus maudit qu'eux.
«Comment nommez-vous ce caloyer que j'aperçois seul là -bas? J'ai déjà entrevu ses traits dans mon pays natal, il y a nombre d'années: j'errais sur le rivage solitaire de la mer; je le vis pressant les flancs de son coursier rapide, qui semblait favoriser les vÅux de son cavalier. Je n'ai vu qu'une fois ce visage, mais il était alors si empreint d'une douleur intime, que je n'ai pas eu besoin de le voir une seconde fois pour le reconnaître. Aujourd'hui, il respire la même douleur sombre, comme si la mort était imprimée sur son front.
--Il y aura six ans d'écoulés cet été, depuis qu'il est venu parmi nos frères. Il trouve du soulagement, sans doute, à habiter ici pour expier quelque crime sombre[loc7] qu'il ne veut pas nommer; mais, jamais à notre prière du soir, jamais devant le tribunal de la confession, il ne fléchit le genou; il se soucie peu de voir s'élever l'encens ou les hymnes vers les cieux; mais il vit seul dans sa cellule; sa foi et sa famille nous sont également inconnues.
[Note loc7: Dark deed.]
»Il est venu des contrées payennes en traversant la mer et en se rendant ici de la côte. Cependant, il ne semble pas appartenir à la race musulmane, car son visage indique un chrétien. Je le croirais quelque renégat égaré, et repentant de son apostasie, s'il ne fuyait pas notre saint temple, s'il ne refusait pas de goûter notre pain et notre vin consacrés. Il a fait de grandes largesses à notre couvent, et il a ainsi captivé ta faveur de notre abbé. Mais si j'étais prieur, je ne souffrirais pas un jour de plus la présence parmi nous d'un tel étranger, ou il serait condamné à habiter pour toujours notre cellule pénitentiaire. Il parle souvent dans ses visions d'une jeune fille précipitée dans la mer, de cliquetis de sabres, d'ennemis mis en fuite, d'outrages vengés, de musulman expirant. On l'a vu, debout sur ce roc escarpé, se livrer à des accès de délire, comme à l'apparition d'une main sanglante, fraîchement séparée de son corps, visible pour lui seul, lui montrant le lieu de sa tombe, et l'invitant à se précipiter dans les vagues.
»Sombre et non terrestre est le regard sourcilleux qui brille sous son noir capuchon. L'éclair de cet Åil mobile révèle trop bien des jours qui ne sont plus. La couleur de ses traits, quoique changeante, est insaisissable: souvent son regard fait repentir celui qui l'observe de sa témérité; car il possède cet ascendant irrésistible et sans nom qui parle, mais que l'on ne peut définir; esprit indompté et fier qui impose par son influence puissante; et comme l'oiseau agite en frémissant ses ailes, sans pouvoir fuir le serpent qui l'aspire, ceux sur lesquels tombe le regard de cet homme sont comme frappés de consomption, et ne peuvent fuir son prestige magique.
»Le moine intimidé, qui se trouve seul sur son passage, s'empresse de s'éloigner, comme si cet Åil et ce sourire amer transmettaient aux autres la crainte et la déception. Cet homme ne descend pas souvent à sourire, et, quand il sourit, il est triste de voir que c'est seulement par moquerie de la misère. Comme cette pâle lèvre se renfle et frémit! Bientôt elle devient plus immobile que jamais, comme si la douleur ou le dédain lui défendaient de sourire de nouveau. Que n'en est-il ainsi!--Un sourire si horrible ne peut jamais être l'expression d'une joie pure; mais il serait encore plus triste de rechercher quels furent autrefois les sentimens qui se manifestèrent sur ces traits: le tems n'en a pas encore fixé les rides, mais il y a confondu ensemble quelque chose de noble et de criminel: ses traits, qui ont encore conservé de la fraîcheur, indiquent une ame que les crimes dans lesquels elle s'est plongée n'ont pas entièrement dégradée. La foule vulgaire ne voit dans cet homme que l'aspect sinistre d'un coupable poursuivi par l'accomplissement de sa réprobation. L'observateur attentif peut reconnaître dans cet étranger une ame noble et une haute naissance: hélas! quoique ces dons précieux que la douleur a rendus méconnaissables, et que le vice a souillés, lui aient été accordés en vain, ce n'est pas un être vulgaire celai qui en a été favorisé; et cependant c'est presque avec effroi que le regard s'arrête sur lui. La chaumière dont le toit est tombé, qui n'offre plus que des ruinés, attire à peine l'attention du passant: la tour que la guerre ou la tempête a renversée, tant qu'il lui reste quelques créneaux, demande et obtient un regard de l'étranger. Chaque arche tapissée d'ifs, chaque colonne solitaire plaident fièrement pour ses gloires passées!
»Sa robe flottante dont les larges plis l'enveloppent balaie la poussière, tandis qu'il s'avance dans l'enceinte du temple parsemée de colonnes. Il est aperçu avec terreur, lui qui contemple d'un air sombre les cérémonies qui sanctifient l'enceinte sacrée. Mais lorsque l'hymne religieux ébranle le chÅur, que les moines s'agenouillent, lui se retirer et on voit son ombre errer sous ce portique qu'éclaire une lampe isolée et vacillante; c'est là qu'il attend la fin des cérémonies--et écoute la prière, sans jamais en murmurer une seule. Regardez:--près de ce mur à moitié éclairé, le voilà qui rejette en arrière son capuchon; ses noirs cheveux tombent en désordre et recouvrent son front pâle, comme si là Gorgone avait arraché de sa tête ses plus noirs serpens, et qu'elle les eût jetés sur le front terrible de cet étranger; car il décline les règles du couvent, et laisse croître cette chevelure impie: mais il porte toujours la robe de notre ordre. Ce n'est point par piété, mais par orgueil, qu'il donne des richesses à un couvent qui n'a jamais entendu de lui ni vÅux ni même une parole.
»Mais!--remarquez, tandis que l'harmonie fait retentir des hymnes de louange vers les cieux, remarquez cette joue livide, cette attitude immobile mêlée de défi et de désespoir! Saint François! éloigne cet homme de l'autel! Autrement nous pouvons craindre que la colère divine ne se manifeste par quelques signes terribles. Si jamais un mauvais ange a revêtu la forme d'un mortel, telle a été celle qu'il a choisie. Par toutes mes espérances dans la miséricorde divine, de tels regards n'appartiennent ni à la terre ni au ciel!»
Les cÅurs tendres sont facilement portés à l'amour; mais trop timides pour partager ses peines, trop faibles pour attendre ou braver le désespoir, de tels cÅurs ne sont jamais à lui tout entiers. Les cÅurs plus durs seuls peuvent ressentir des blessures que le tems ne peut jamais cicatriser.
Le métal brut de la mine doit être passé par le feu avant de briller par son poli; plongé dans la fournaise ardente, il se plie et se fond--mais sans changer sa nature. Alors, façonné pour tes besoins, ou au gré de tes désirs, il servira à te dépendre où à donner la mort; cuirasse pour ton heure de danger, ou lame pour percer ton ennemi. Mais s'il porte la forme d'un poignard, que ceux qui aiguisent son tranchant prennent garde! Ainsi le feu des passions et l'art séducteur d'une femme peuvent amollir et façonner le cÅur le plus dur; ce sont ces deux choses qui lui donnent sa forme, et ce qu'elles l'ont fait, c'est pour toujours, car il se briserait--plutôt que de se plier de nouveau.
Si la solitude succède au malheur, la délivrance de ses peines est une légère consolation; le cÅur vide et désert pourrait remercier l'angoisse qui le rendrait moins vide et moins solitaire. Nous nous dégoûtons de ce que personne ne partage avec nous; le bonheur même--deviendrait un malheur s'il fallait le supporter seul.
Le cÅur, une fois laissé ainsi désolé, doit recourir enfin, pour éprouver quelque soulagement,--à la haine. C'est comme si les morts pouvaient sentir les vers glacés circuler autour de leurs corps, et ramper comme pour faire un festin sur leur sommeil en putréfaction, sans pouvoir chasser ces froids reptiles rongeant et dévorant leurs cadavres! C'est comme si l'oiseau du désert [g39], dont le bec s'ouvre le sein pour nourrir sa jeune famille affamée, sans regretter une vie qu'elle lui transmet, ne la trouvait plus dans son nid abandonné, au moment où il vient de se déchirer le sein maternel.
Les angoisses les plus aiguës que puisse éprouver le malheureux seraient des ravissemens, en comparaison de ce vide redoutable, de ce désert aride du cÅur, de ce ravage, de ce débordement de sentimens superflus et sans objet. Qui voudrait-être condamné éternellement à contempler un ciel sans nuage ou sans soleil?
Le mugissement de la tempête est beaucoup moins terrible que l'idée de ne plus jamais braver le courroux des vagues--pour le malheureux jeté, au milieu de la lutte des élémens, comme un débris solitaire sur quelque rivage abandonné, au sein d'une baie calme et silencieuse, destiné à mourir dans une lente et solitaire agonie. Il vaut mieux être englouti dans le choc des tempêtes que de se consumer peu à peu sur un rocher!
»Père! tés jours ont été passés--paisiblement en comptant les grains de ton chapelet, et en récitant d'éternelles prières; ils ont été passés à effacer les péchés des autres: toi-même exempt de crime et de soucis, excepté ces maux passagers que tous les hommes doivent souffrir: tel a été ton sort depuis ton berceau jusqu'à ton âge avancé. Tu te félicites d'avoir été préservé de ces passions violentes et sans frein, telles que t'en découvrent tes pénitens, dont les secrets péchés et les peines mortelles demeurent ensevelis dans ton sein pur et indulgent. Mes jours, quoique peu nombreux, ont été consumés dans les plaisirs, mais plus encore dans le malheur. Au moins, dans ces heures d'amour et de détresse, j'ai échappé à l'ennui profond de la vie; tantôt dans la compagnie d'amis, tantôt environné d'ennemis, je n'avais de dégoût que pour la langueur du repos. Maintenant qu'il ne me reste plus rien que je puisse aimer ou haïr, rien qui relève mon espérance ou mon orgueil, je préférerais être l'insecte qui rampe sur les murs du cachot, que d'être condamné à passer mes jours stupides et monotones dans la méditation et la contemplation. Cependant il germe dans mon sein un désir de repos--mais pour la jouissance duquel je n'ai point de penchant. Bientôt ma destinée accomplira ce désir, et je dormirai sans rêver, à ce que je fus et à ce que je voudrais être encore, quelque sombres que te paraissent mes actions.
»Ma mémoire n'est plus maintenant que le tombeau de joies, qui ne sont plus; mon espérance est de partager leur destinée, quoiqu'il eût mieux valu pour moi mourir avec elles que de traîner une vie de languissantes douleurs. Mon ame n'a point refusé de supporter les traits déchirans d'une douleur impérissable; elle n'a point cherché dans la tombe le refuge volontaire des fous de l'antiquité et des lâches de nos jours: cependant ce n'est pas la mort que j'ai redoutée; elle m'eût été douce sur le champ dé bataille, si le sort m'eût destiné à être l'esclave de la gloire, au lieu d'être celui de l'amour. J'ai bravé le danger--non pour de vains honneurs: je souris des lauriers conquis ou perdus; que d'autres usent leur vie pour obtenir une haute renommée ou un vil salaire. Mais placez devant mes yeux quelque chose qui me semble un prix digne du danger: la jeune beauté que j'aime, l'ennemi que je hais, et je saurai me précipiter sur les pas du destin, à travers la pointe déchirante des épées, à travers des torrens de flammes pour sauver l'objet chéri, ou pour percer un cÅur détesté. Tu ne dois point regarder ces paroles comme sortant de la bouche vaniteuse d'un homme qui agirait ainsi;--mais ce sont les paroles de celui qui a déjà fait ces actions. L'ame fière et indomptée défie la mort, le faible la supporte, le malheureux doit l'implorer. Alors que la vie retourne à celui qui l'a donnée: je n'ai point chancelé à l'approche du danger quand j'étais puissant et heureux;--tremblerais-je aujourd'hui?
«Je l'aimai, ô moine! oui, je l'adorai;--mais ce sont des mots dont tout le monde se sert:--je le prouvai plus par mes actions que par mes paroles. Il est sur cette épée une tache de sang qui ne s'effacera jamais. Ce sang fut versé pour elle, qui mourut pour moi; il échauffait le cÅur d'un ennemi abhorré: oui, ne frémis pas--non--ne fléchis pas le genou, ne compte pas une telle action au nombre de mes péchés, car c'était aussi un ennemi de ta croyance! Le nom seul du Nazaréen irritait l'humeur sombre de ce païen. Sot ingrat! puisque ses blessures ont été faites par une main galiléenne habile à manier le fer, le plus sûr moyen d'arriver plus promptement dans son ciel turc;--car pour lui ses houris impatientes attendraient peut-être encore à la porte du prophète. Je l'aimai--l'amour sait pénétrer dans des lieux où les loups mêmes redouteraient d'aller chercher leur proie, et s'il sait assez oser, il serait difficile que la passion ne fût pas couronnée de quelque succès.--Qu'importe comment, où, et pourquoi, je ne cherchai ni ne soupirai en vain: cependant quelquefois, plein de remords, je voudrais qu'elle n'eût pas aimé une seconde fois. Elle mourut--je n'ose te raconter comment; mais regarde--cela est écrit sur mon front! Là se lit le crime et la malédiction de Caïn, en caractères que le tems n'a point effacés. Mais avant de me condamner, écoute: quoique j'eusse été la cause de son supplice, je n'en fus pas l'auteur; et cependant son meurtrier n'a fait que ce que j'aurais fait moi-même, si elle avait été infidèle une fois de plus. Elle l'avait trahi, et il l'a immolée; elle m'était fidèle, et je l'ai vengée: quelque mérité qu'ait été son sort, sa trahison était de la fidélité pour moi; à moi elle donna son cÅur, la seule chose que la tyrannie ne puisse soumettre: et moi, hélas! j'arrivai trop tard pour la sauver! Cependant, tout ce que je pus alors lui donner, je le lui ai donné: une tombe à notre ennemi. Sa mort m'est légère; mais le sort de sa victime m'a fait--ce qui te fait horreur dans moi. Son destin était inévitable--il le savait bien, averti qu'il était par la voix du redoutable Tahir, à l'oreille prophétiquement sinistre de qui[g40] le bruit funèbre des balles de la mort avait présagé l'approche du meurtrier, à mesure que sa troupe défilait dans le passage où il est tombé!
«Il mourut heureusement dans le tumulte de la bataille, moment où le trépas n'est accompagné ni de souffrances ni d'agonie. Il implora l'aide de son prophète, et adressa ses prières à Allah: il me reconnut, et nous croisâmes le fer dans la mêlée.--Je le contemplai dans sa défaite, étendu sur la terre, et je voulus lui voir rendre son dernier soupir. Quoique percé de coups comme un léopard sous le fer des chasseurs, il ne ressentit pas la moitié des tourmens que j'endure maintenant.--Je cherchai, mais ce fut vainement, de trouver dans ses mouvemens l'expression d'un esprit humilié: chaque trait, chaque mouvement de ce corps abattu et austère trahissaient sa rage, mais non ses remords. Oh! que ma vengeance n'eût-elle pas donné pour saisir quelques traces du désespoir dans ce visage expirant! le dernier repentir de cette heure où la pénitence a perdu son pouvoir d'arracher une terreur de la tombe, celui de donner des consolations, et où elle ne peut plus donner d'espérance de salut.