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ANTIQUITÉS D'HERCULANUM.
GRAVÉES
PAR TH. PIROLI
ET PUBLIÉES
PAR F. ET P. PIRANESI, FRÈRES.
TOME III.
EINTURES.
À PARIS
{PIRANESI, Frères, place du Tribunat, n°. 1354; CHEZ {LEBLANC, Imprimeur-Libraire, place et maison {Abbatiale St.-Germain-des-Prés, n°. 1121.
AN XIII. = 1805.
PLANCHE I.
(XXVII, t. III de l'Édition royale.)
Ces deux peintures sur fond noir, trouvées ensemble dans les fouilles de Gragnano, paraissent avoir quelque rapport entre elles. Dans la première, on voit une jeune femme assise sur un siége doré, demi-nue, avec une draperie rouge à bordure blanche, tenant d'une main un miroir dont la couleur est d'or, et, de l'autre, arrangeant ses cheveux; le miroir et le soin de la parure semblent désigner Vénus dans cette peinture, comme dans plusieurs monumens antiques. Le personnage qui fait le sujet du second tableau, également demi-nu, assis sur un siége semblable, un bras replié sur la tête, pourrait représenter Vulcain se reposant de ses fatigues. Ses traits rudes, ses cheveux courts et peu soignés, et le rapprochement du premier sujet, semblent le désigner; et si l'on ne remarque pas ici la difformité qui le rend célèbre dans la Mythologie, on doit observer que l'art, qui parle aux yeux, craint, plus que la poésie, de nous offrir des images offensantes: c'est ainsi que dans ce Recueil (planche X, t. I.) on peut considérer sans horreur ce Polyphême qui reçoit un message de sa Galatée. Cependant sans voir, dans ces deux tableaux, des sujets mythologiques, on pourrait y reconnaître deux jeunes mariés; la nouvelle épouse arrangeant ses cheveux au sortir du lit nuptial, et le jeune époux dans une attitude annonçant le calme d'un amour satisfait.
CHAQUE SUJET.--Hauteur, 1 P. 4 p°.--Largeur, 9 p°. 9 1ig.
PLANCHE II.
(XXVIII, t. III de l'Edition royale.)
Le mouvement de cette figure agréablement peinte sur un fond noir, semble désigner une Danseuse comme celles qui font suite dans notre premier volume. Nous les avons considérées comme sujets Dionysiaques, rappelant les mystères de Bacchus ou de Cérès, et ornant avec propriété un lieu destiné au plaisir de la table et aux délassemens. La bandelette qui ceint la tête de cette Danseuse, est un ornement adopté par les suivans de Bacchus; cependant ce pourrait bien n'être ici qu'un ruban, accessoire ordinaire de la coiffure. Ces draperies larges et flottantes, et dont le tissu transparent décèle les formes, tenaient au costume des peuples de l'Asie, dont les Grecs conquérans, et après eux les Romains, adoptèrent les usages voluptueux; on les voit sur-tout souvent employées par les Bacchantes. Nous avons déjà cité les étoffes de cette espèce auxquelles la ville de Tarente avait donné le nom. La draperie de cette figure est jaune; elle l'enveloppe entièrement et laisse seulement la tête découverte, en formant au-dessus une espèce de voile. Tous les plis vivement agités refluent en arrière; la Danseuse paraît en observer l'effet avec complaisance; le mouvement de ses bras, plein de grâce, mais étudié, semble désigner une Danseuse de profession.
Cette peinture fut trouvée avec les trois suivantes dans les fouilles de Civita.
Hauteur, 1 P. 3 p°. 3 lig.--Largeur, 11 p°. 3 lig.
PLANCHE III.
(XXIX, t. III de l'Edition royale.)
Cette figure, peinte avec autant d'agrément que la précédente, est encore une Danseuse dans le caractère d'une Bacchante. Elle porte la couronne de lierre; ses cheveux blonds sont dénoués et abandonnés au vent; la vive action de sa tête, renversée sur ses épaules, exprime la fureur sacrée qui saisit les Ménades au cri d'Evoé. C'est de ce mouvement que les poètes Grecs ont tiré l'épithète de Rhiptokephaloi (jetant ou agitant violemment la tête) qu'ils donnent aux suivans de Bacchus. Son ample draperie d'une couleur incertaine entre le vert et le bleu, d'un tissu tout transparent, est, suivant l'expression des poètes, comme une vapeur fuyante, promenée par les vents, qui laisse entrevoir ses formes brillantes et flexibles; un bras est abandonné le long de son corps; l'autre est étendu, et sa main rassemble avec grâce quelques plis de son vêtement léger.
Hauteur, 1 P. 3 p°. 3 lig.--Largeur, 11 p°. 3 lig.
PLANCHE IV.
(XXX, t. III de l'Edition royale.)
La draperie dont cette figure est plutôt voilée que couverte, est couleur d'eau de mer (thalassina vestis, selon l'expression de Lucrèce). Comme l'onde même, fluide, transparente, elle glisse sur le corps et ne reçoit l'ombre que dans les plis flottans qu'elle dessine en tombant de la main de la danseuse, en voltigeant derrière elle et en formant autour de sa tête une espèce de capuchon. Le mouvement de cette figure est gracieux et tranquille; si ses fonctions sont relatives aux rites de Bacchus, on pourrait voir, dans le coffret d'or qu'elle porte d'une main, l'acerra ou cassolette de parfums, qui accompagnait toujours les autres ustensiles des sacrifices. Ses chaussons rouges sont attachés sous le pied avec de larges bandes de même couleur.
Hauteur, 1 P. 3 p°. 3 lig.--Largeur, 11 p°. 3 lig.
PLANCHE V.
(XXXI, t. III de l'Edition royale.)
Le thyrse orné d'un ruban, et la couronne de pourpre que porte ce personnage, désignent clairement une suivante de Bacchus; une tunique flottante et une écharpe forment son vêtement; elle porte sur la tête une corbeille dorée remplie de feuillages et recouverte d'une draperie. Ces différens attributs rappellent la danse des Canephores, prêtresses, portant les offrandes ou les instrumens du sacrifice. Dans ce sens, la bandelette jaune qu'on remarque à l'un des poignets de la figure, est moins un ornement qu'une ligature mystérieuse. On peut, avec raison, rapporter à la danse le mouvement de la plupart des figures bacchiques; la danse prêtait son expression à toutes les cérémonies des mystères (Lucien, de saltat.). Cependant, sans voir absolument des Danseuses dans toutes ces charmantes compositions, on peut se rappeler, sur le témoignage d'Athénée (XIV, 6, p.629) que les Artistes empruntaient souvent les images de la danse pour donner un développement gracieux leurs figures. Les ouvrages excellens des anciens en camées, où l'on voit les figures se détacher sur un fond obscur, sans aucun plan de repos, ont pu faire naître aussi l'idée de peindre, par imitation, des figures détachées sur des fonds d'une couleur unie, et de leur donner un mouvement qui motivât leur situation aérienne.
Hauteur, 1 P. 3 p°. 3 lig.--Largeur, 11 p°. 3 lig.
PLANCHE VI.
(XXXIV, t. III de l'Edition royale.)
Ces quatre Génies et trois de la planche suivante, faisaient partie de la décoration d'une salle découverte à Civita en 1749, avec les figures que nous avons données dans le tome Ier, sous le n° XVII et suivans, jusqu'au n° XXVIII, et avec les danseurs de corde qu'on trouvera sous le n° XIII de ce volume. Toutes ces figures ont rapport à Bacchus, et désignent un lieu consacré aux plaisirs de la table; leur réunion favorise leur explication mutuelle. Plusieurs de ces Génies semblent représenter ceux qui servaient dans les festins; le premier, portant un vase dont il verse la liqueur dans une patère, fait l'office d'échanson (pocillator) particulièrement confié aux enfans. Le second porte sur l'épaule un grand vase cylindrique à une seule anse (peut-être le vase dit cotyla), et soutient de la main droite une grande patère qu'il appuie avec grâce sur sa cuisse. Le troisième porte sur ses épaules un chevreau peint avec beaucoup de vérité, animal consacré à Bacchus, et faisant peut-être allusion aux danses pétulantes de ses suivans. Le quatrième, enfin, tient un vase cylindrique en forme de petite tour, et dans lequel on pourrait reconnaître celui dit pyrgus, où l'on agitait les dés qui nommaient le roi du festin. La forme de ce dernier instrument n'est cependant pas très-bien déterminée, et l'on pourrait encore y voir, avec quelques Antiquaires, une lanterne, un verre presque de la forme ordinaire des modernes, ou, enfin, une petite cista ou corbeille mystique.
Diamètre, 1 P. 8 p°.
PLANCHE VII.
(XXXV, t. III de l'Edition royale.)
Ces Génies, comme les précédens, font allusion aux cérémonies ou aux plaisirs bacchiques. Le premier, portant le thyrse, le tympanum entouré de sonnettes, et une corbeille sacrée sur la tête, exécute une danse. Le second porte un vase deux anses, dont la forme semble annoncer le cypellon, vase dont on faisait usage à la fin du repas, et plus grand que celui dit simplement poculum. Le troisième Génie est prêt à verser le liquide de son petit vase (hydria) dans une coupe hémisphérique (ciborium) ou (hemitomum) et paraît faire le mélange de l'eau ou des parfums avec le vin, fonction confiée aux enfans. Le quatrième, portant sur la tête une conque et tenant un sceptre, emblêmes de la domination de Vénus, paraît faire allusion au coup de Vénus, célèbre dans le jeu de dés, qui désignait le roi ou la reine du festin. Ce coup heureux, dit jactus basilicus, consistait à amener les trois six ou à présenter trois points différens. On doit remarquer que ce dernier Génie n'ayant pas été trouvé avec les sept précédens, cette circonstance peut rendre raison d'une analogie moins frappante avec les premiers.
Diamètre, 10 p°. 8 lig.
PLANCHE VIII.
(XXXVII, t. III de l'Edition royale.)
Cette peinture curieuse et d'un bon coloris, représente un Bacchus contemplant en riant un Satyre renversé par terre, et auquel il verse sa liqueur enivrante. Le Satyre, pressé sous le pied du Dieu, faisant un vain effort pour se lever, et laissant échapper le vin de sa coupe, offre l'image de l'abrutissement causé par l'ivresse. Bacchus est couronné de fleurs et de pampres; son front est ceint du bandeau ou diadême dont il inventa l'usage; le jeu des rubans qui attachent la couronne, produit ici deux espèces de cornes qu'on a cru indiquées mystérieusement; Bacchus se représentait quelques fois avec des cornes, et, suivant Diodore (III, 64 et IV, 4.) cet attribut rappelait que, le premier, il avait employé les bufs à labourer la terre. Le Dieu porte la nébride, une longue draperie qui le laisse entièrement nu, et les brodequins formés de la peau d'un animal, dont la tête est figurée au devant de la jambe. Son vase en forme de corne (rhyton) se termine en trois pointes destinées peut-être à servir de pied. Le fond du tableau représente un vaste jardin, planté d'arbres, d'où pendent des pampres en festons. Sur un piédestal rustique, on remarque le redoutable gardien des jardins, armé, comme le peint Horace, pour faire peur aux voleurs et aux oiseaux. (Vide L.I. sat. 8.)
La frise qui est au bas de la planche IX, représente trois figures grotesques de Pygmées, avec leurs habitations. L'un de ces êtres fabuleux poursuit une grue, insolente ennemie qui menace sa maison.
Hauteur, 1 P. 6 p°.--Largeur, 1 P. 2 p°. 8 lig.
PLANCHE IX.
(XXXIX, t. III de l'Edition royale.)
Une Victoire aîlée érige un trophée en présence d'un héros. Ce trophée rappelle ceux qu'on érigeait, dans les temps les plus reculés, avec les dépouilles des vaincus. Long-temps un respect religieux pour le malheur, défendit d'élever un monument plus durable. (Diod. XIII, 24). Les Thébains furent accusés devant la redoutable assemblée des Amphictyons, pour avoir consacré, par un trophée en bronze, leur victoire sur les Lacédémoniens. (Cicero, de Inv. II, 23). Domitius Ænobarbus et Fabius Maximus qui, les premiers, élevèrent Rome des tours pour y suspendre les dépouilles des ennemis vaincus, n'obtinrent point les éloges de leurs concitoyens (Florus III, 2). Cependant l'orgueil prévalut sur l'humanité; ces trophées en marbre représentant les anciens trophées tels que ceux dits de Marius au Capitole, ces arcs de triomphe, ces colonnes rostrales qui décoraient le forum, sont encore de nos jours les fastes de la puissance romaine. Ici la Victoire a dans sa main un marteau pour attacher les armes au tronc, comme on la voit sur les médailles d'Agathocles. Le simulacre du trophée est composé d'une armure complète. On y remarque le casque armé de deux cornes avec les deux parties qui couvraient les joues (bucculæ) et la mentonnière; les bras avec les deux mains ont été pris pour des brassards et des gantelets; mais il est évident, par leur dimension plus petite, que ce ne sont que des bras sculptés en bois, et attachés au tronc du trophée pour y passer des armes et la cuirasse, proprement dite thorax, garnie de la saie. La multiplicité des boucliers et des autres armes annonce une victoire signalée. Les cornes, qui font partie des casques, sont, dans les médailles, l'emblême de la force et de la valeur: ici on peut les considérer comme la représentation fidelle d'une armure usitée chez plusieurs nations; on les rencontre également dans les monumens étrusques. L'un des casques est surmonté d'un panache élevé (cristæ). Le héros est couronné de feuillages; il porte l'égide et la cuirasse, proprement dite lorica, avec la saie, la chlamyde, le baudrier (parazonium) et les brodequins de peau avec des mascarons. Il tient d'une main une longue lance et attache un étendard au trophée. Cette peinture fut trouvée dans les fouilles de Civita.
SUJET PRINCIPAL.--Hauteur, 1 P. 5 p°..--Largeur, 1 P. 5 p°.
PLANCHE X.
(XL, t. III de l'Edition royale.)
On reconnaît facilement le sujet de ce tableau, l'introduction du fameux Cheval de bois dans les murs de Troyes. On voit déjà paraître une partie du colosse, la tête ornée d'une espèce de crète qui prend la place de la crinière. Il est monté sur un plateau auquel s'attachent les cordes que tire une foule religieuse. Les masques et le costume succinct de quelques personnages, semblent indiquer les réjouissances des Bacchanales ou celles des fêtes de Cybèle, très-souvent confondues, et célébrées à cette occasion extraordinaire par les Troyens égarés. Au pied des murs s'avance une procession de personnages vêtus d'habits longs, voilés et tenant des rameaux. Sur le troisième plan, on voit en marche une autre file portant des torches allumées en signe d'allégresse; trois personnages expriment la joie publique par leur danse; des bandes de pourpre sont suspendues en festons aux crénaux des murailles. La fatale machine s'avance lentement, renfermant dans son sein l'épouvante et la mort. Déjà paraît sur un lieu élevé la coupable Hélène, le sein découvert, et secouant une torche, signal connu des Grecs. (Triphiodore, v.5o8). Sur le devant un vieillard tristement assis, la tête appuyée sur sa main, semble être le malheureux Laocoon privé de ses fils, frappé d'aveuglement et prévoyant la ruine de sa patrie. Une femme à genoux au pied d'une statue de Minerve, est peut-être Hécube ou Cassandre suppliante; et ce personnage debout exprimant la compassion, le prêtre Pantheus, servant le temple de la Déesse, qu'on voit un peu plus loin derrière des cyprès. C'est là que doit arriver le perfide colosse (Voyez la Table Illiaque, Fabretti, col. tr. p. 314 et 365). Au milieu du tableau s'élève une colonne portant une urne cinéraire, honneur rendu, peut-être, au grand Hector. Dans le lointain, on apperçoit les murs et les tours qui forment l'enceinte de la ville.
Cette peinture curieuse, trouvée dans les fouilles de Civita en 1761, est remarquable par la richesse de la composition et la beauté de l'ordonnance.
Hauteur, 1 P. 1 p°. 10 lig.--Largeur, 1 P. 9 p°..
PLANCHE XI.
(XLI, t. III de l'Edition royale.)
Douze morceaux de peinture antique faisant le sujet de diverses planches de l'édition royale, donnent, comme ceux que nous avons sous les yeux, l'idée de ces portiques d'un forum, où s'exerçaient également les arts libéraux et mécaniques: on peut y distinguer une école de jeunes filles, rappelant celle où le décemvir Appius devint épris de Virginie en la voyant lire sous un portique; un marchand de souliers, un écrivain public ou un dessinateur devant une statue équestre; un marchand d'effets à l'usage du sexe; une boutique de comestibles, une autre de potions chaudes, et autres sujets semblables. Ces sujets, d'une exécution médiocre, offrent peu de variété dans le style ou la composition, et nous en donnons une idée suffisante dans les deux que nous réunissons ici. Le premier portique représente une école; le personnage debout ayant une barbe, vêtu d'un simple manteau, est le philosophe ou le grammairien qui donne ses leçons; des jeunes gens assis ou debout sont appliqués la lecture; l'un des écoliers, dépouillé de ses habits, portés par deux jeunes gens, subit une correction à coups de verges (catomum); punition plus en usage chez les Grecs que chez les Romains. Le second portique peut représenter une boutique où l'on voit un marchand d'étoffes en présenter des femmes assises, tandis que d'autres femmes paraissent entrer aussi pour faire des emplettes.
Toutes ces peintures furent trouvées dans les fouilles de Civita.
CHAQUE SUJET.--Hauteur, 1 P. 5 p°. 3 lig.--Largeur, 2 P. 2 p°.
PLANCHE XII.
(XLVII, t. III de l'Edition royale.)
Cette belle figure d'Hercule représente le héros portant le terrible sanglier d'Erimanthe, en accomplissement de l'un des douze travaux qui lui étaient imposés par Eurysthée. Le roi de Mycènes, représenté jeune et sans barbe, effrayé à la vue de cet objet affreux, se réfugie dans un tonneau d'airain enfoncé dans la terre, tel que ceux où les anciens conservaient le vin ou le bled. Diodore (IV, 12) rapporte qu'Hercule prit et porta ainsi le sanglier vivant: on ne distingue point si le peintre s'est conformé à cette circonstance. Eurysthée, né deux mois avant le fils de Jupiter, devrait, comme lui, se montrer barbu; cette marque de virilité peut être refusée, avec intention, au lâche favori de Junon, qui n'osait pas même soutenir les regards du héros.
Cette peinture fut trouvée à Portici en 1761. La frise qui représente de jolis vases, n'a aucun rapport avec le sujet.
SUJET PRINCIPAL.--Hauteur, 1 P. 4 p°. 10 lig.--Larg. 1 P. 3 p°. 7 lig.
PLANCHE XIII.
(XXXIII, t. III de l'Edition royale.)
Ces Danseurs de corde faisaient partie de la décoration d'un lieu consacré à Bacchus, comme nous l'avons annoncé au n°. VI de ce volume. Le peintre, en les représentant sous la figure de Faunes, offre un emblême qui est d'accord avec l'intention de toute la décoration. Il peut faire aussi allusion l'agilité surprenante de ces baladins célèbres chez les Romains, et dont les nôtres approchent à peine. Chacun de ces Faunes porte une coiffure étrangère à son caractère particulier, et qui paraît appartenir ici au Danseur comme une sorte de défense pour la tête dans les accidens: en effet, le danger de ces exercices extravagans ne fut que trop prouvé par de funestes expériences. L'Empereur Marc-Aurèle ordonna même, pour les prévenir, qu'on fît tendre des matelas sous les cordes, et dans la suite on imagina, avec plus de prévoyance encore, d'y substituer des filets; c'est une précaution que l'humanité a négligée parmi nous, et que la disposition de nos théâtres permettrait d'employer sans nuire à l'illusion qui excite si vivement notre curiosité pour les dangers dont nous sommes exempts. Ces Danseurs sont remarquables par l'énergie du dessin et par la vivacité, l'adresse ou la force de leur action.
Le cadre de chaque figure a environ 7 p°. 6 lig. de haut, sur 6 p°. 6 lig. de larg.
PLANCHE XIV.
(I et VIII, t. IV de l'Edition royale.)
Jupiter est porté sur les nuages avec ses attributs. La tête couronnée de branches de chêne, il tient le sceptre d'une main; l'autre est armée de la foudre. L'aigle s'élève sur un groupe de nuages; l'arc céleste paraît en signe de courroux: «Jupiter, dit Homère (Ill. XVII) déploye la rougissante Iris devant les hommes, signal de guerre et de tempête». Chez les anciens poètes, Iris est toujours une messagère funeste; mais Cupidon retient le bras vengeur, il semble désigner le sceptre, symbole d'une domination plus douce. Le maître des Dieux va céder, et déjà la bonté vient adoucir ses traits sévères. Cette peinture ingénieuse fut trouvée, ainsi que la suivante, dans les premières fouilles de Portici.
L'usage qu'avaient les anciens de décorer l'intérieur de leurs appartemens, de peintures voluptueuses, peut rendre raison du sujet de ce second tableau, à défaut d'indices suffisans pour le déterminer: la couronne de lierre que porte le jeune homme ne suffit pas pour faire reconnaître, dans ce groupe, Bacchus et Ariadne; ce sont plutôt deux amans ou deux nouveaux époux au lit nuptial, et la couronne est un ornement du festin qui a précédé. La présence du personnage qui touche de la lyre, celle d'un autre personnage presque effacé, semblent rappeler la dissolution introduite dans les murs par les abus du culte de Bacchus: cependant, à considérer que les anciens rapprochaient souvent dans leurs représentations des sujets censés éloignés, on pourrait penser que la musicienne (citharistria) est supposée à la porte de l'appartement, chantant l'épithalame, suivant l'usage antique. La faiblesse des teintes, à défaut de plans très-bien sentis, éloigne cette figure, et rien ne peut la désigner pour celle d'Apollon, qui chanta l'hymne nuptial aux noces de Bacchus et d'Ariadne.
1er. SUJET.--Hauteur, 1 P. 10 lig.--Largeur, 2 P. 8 lig. 2e. SUJET.--Hauteur, 1 P. 4 p°. 5 lig.--Largeur, 2 P. 2 p°. 6 lig.
PLANCHE XV.
(II, t. IV de l'Edition royale.)
Le champ de cette peinture est rouge; la niche, proprement dite ædicula, avec la corniche ornée d'arabesques, est peinte d'un jaune clair; le socle sur lequel elle pose imite un marbre veiné; le piédestal cylindrique et l'autel qui porte la statue, sont de couleur d'or; la statue, peinte à l'imitation du marbre, représente le dieu Mars nu, imberbe, comme dans la belle statue du palais Ludovisi, avec le casque en tête, le bouclier et la lance. Homère et Ovide le représentent avec ces mêmes armes; ici il porte de plus une épée garnie du baudrier (balteus). On le retrouve avec tous ces attributs sur quelques médailles et dans d'autres monumens.
Hauteur, 2 P. 1 p°.--Largeur, 1 P. 5 p°. 6 lig.
PLANCHE XVI.
(III, t. II de l'Edition royale.)
Cette Vénus, portée sur les flots, rappelle la fable de sa naissance, et telle, sans doute, elle parut portée sur une conque, alors que Zéphyre, de son souffle propice, la poussa vers Cythère. Deux cercles d'or aux poignets, deux autres au bas des jambes, un voile étroit sur la tête laissant échapper les boucles flottantes de sa chevelure; voilà toute sa parure: rien ne dérobe aux yeux le charme de cette attitude où régnent la grâce et l'abandon. Vénus est légèrement appuyée sur le coude; la longue draperie, qui lui sert de tapis jusqu'aux pieds, est d'une couleur changeante, entre le jaune doré et le vert foncé; formant un tour à son bras droit, et retenu par l'extrémité dans ses doigts délicats, le léger tissu s'élève en arc, enflé par l'air, comme une voile qui dirige la conque sur les flots. Dans la main droite de la Déesse, on remarque un éventail qui emprunte sa forme à une feuille d'eau, et sa couleur à la rose. Un Dauphin se joue dans l'onde, et Cupidon, qu'on voit paraître les aîles étendues derrière la conque, semble aider sa marche. Les monumens antiques où l'on voit Vénus représentée avec la conque, sont très-rares: le plus remarquable est un marbre du palais Mattei à Rome, représentant deux tritons élevant une conque, où repose Vénus. C'est ainsi que la représente Lucien dans le dialogue de Zephyrus et de Notus. Les coquilles ont été consacrées à Vénus; et Plaute fait allusion à cet usage, en recommandant, assez plaisamment, deux jeunes filles à la Déesse (Rud. III, 3, 43). Tibulle invoque Cypris traînée dans sa conque (III. Ell. III, 34); les poètes qui l'ont suivi ont adopté la même figure. Cette peinture, trouvée à Civita, faisait partie de la vue d'un petit jardin, circonstance qui rappelle encore que les jardins étaient sous la protection de la reine des Amours, et que son image y était consacrée.
Hauteur, 1 P. 9 p°. 10 lig.--Largeur, 2 P. 6 p°.
PLANCHE XVII.
(V, t. IV de l'Edition royale.)
On reconnaît, dans ce tableau, Hercule étouffant de ses bras vigoureux le lion redoutable de la forêt de Némée. Ses cheveux sont bruns et sa carnation bronzée; mais ses traits annoncent la jeunesse. Quoique cette circonstance puisse s'appliquer l'aventure du lion Cithéronien, il est cependant plus vraisemblable que le sujet de cette peinture est la victoire d'Hercule sur le lion Néméen. Le monstre était invulnérable, et le fils de Jupiter abandonna ses armes pour l'étouffer dans ses bras: cette particularité est exprimée dans la peinture par le groupe des armes du Héros, jetées à terre. Plusieurs médailles et pierres gravées qui représentent Hercule étouffant le lion, nous l'offrent nu et imberbe, tel qu'on le voit ici. Des arbres et des rochers où l'on remarque une caverne, forment le fond du tableau; sa dégradation permet peu de distinguer quelle est l'espèce de draperie groupée sur le premier plan, avec la massue, l'arc et le carquois rempli de flèches.
Hauteur, 1 P. 7 p°. 8 lig.--Largeur, 2 P. 4 p°. 5 lig.
PLANCHE XVIII.
(VI, t. IV de l'Edition royale.)
Cette peinture, trouvée dans les fouilles de Portici, se fait admirer par l'esprit de la composition et l'agrément de l'exécution; elle représente l'aventure d'Hylas. Le favori d'Hercule s'en vint puiser de l'eau à la source du fleuve Ascagne en Mysie; les Nymphes de la fontaine, éprises de la beauté du jeune garçon, le saisirent et l'enlevèrent. Théocrite a conservé les noms de ces Nymphes téméraires (Id. XIII, v. 45): Eunica, Malis et Nycheia, dont le regard brille comme le printemps. Hercule, désolé, courut tout le bois en criant Hylas! mais en vain; Hylas ne reparut point: de-là le proverbe grec, crier Hylas. Hercule, occupé à chercher son favori, fut laissé par les Argonautes qu'il accompagnait dans leur expédition. Depuis les habitans firent tous les ans un sacrifice à la fontaine; le prêtre criait trois fois Hylas, et l'écho lui répondait. La Nymphe accroupie, qui saisit le jeune homme par les cheveux, est d'un dessin élégant et gracieux; ses compagnes semblent, en la regardant, prendre ses avis pour ne point laisser échapper le beau garçon, qui étend en vain les bras comme pour se sauver la nage. Le fond du tableau est occupé par une épaisse forêt; l'altération qu'il a subie empêche de reconnaître une figure éloignée de la scène, et qu' sa forte proportion on peut imaginer être le héros Cius, qui seul entendit les cris d'Hylas, qui apporta la nouvelle de sa perte à Hercule, et qui, abandonné comme lui par les Argonautes, devint le fondateur de la ville de Cios en Mysie.
Hauteur, 1 P. 6 p°.--Largeur, 2 P. 11 p°. 3 lig.
PLANCHE XIX.
(VII, t. IV de l'Edition royale.)
Il est à regretter que cette peinture, trouvée Civita, en 1761, ait souffert de grandes altérations. La belle pose des figures, et sur-tout l'excellence du coloris et l'extrême délicatesse avec laquelle les nus sont traités, en font un morceau très-précieux. Le fond représente la mer et des rochers; de l'un d'eux on voit descendre Andromède, fille de l'orgueilleuse Cassiope, qui excita le courroux de Neptune en se vantant d'être plus belle que les Néréides. Le vaillant Persée vient de délivrer la princesse du monstre horrible auquel elle était exposée. Elle est à demi-couverte d'une longue draperie d'un bleu très-clair, arrêtée sur son épaule gauche; ses deux bras nus, son sein, une partie de son corps et ses pieds, annoncent, dans leurs formes délicates et légères, la plus tendre jeunesse; un bracelet d'or est à son bras droit; son bras gauche élevé est soutenu par la main du Héros; l'expression de sa tête est languissante, et son regard fixé sur son libérateur; ses cheveux blonds sont retenus sur sa tête par un ruban. Une carnation plus mâle anime les formes robustes, mais élégantes, du fils de Danaé; son air calme et sévère annonce un Héros victorieux; toute son attention paraît employée à soutenir la princesse et à la garantir des écueils. Il a, pour tout vêtement, la chlamyde agraffée sur la poitrine et retombant par derrière: il est difficile de distinguer l'objet attaché sur son dos par un cordon; on peut, cependant, supposer que c'est le casque de Pluton, qui rendait invisibles ceux qui le portaient sur la tête, et à l'aide duquel Persée put s'approcher des Gorgones. De la main gauche, le Héros tient l'arme dite harpé de sa forme recourbée, et qui ressemble assez ici à une petite hallebarde; à son côté gauche, et comme cachée sous sa draperie, on voit suspendue la tête redoutable de la Gorgone, qui pétrifiait ceux qui la regardaient, et dont le secours l'a servi contre le monstre. La dégradation de la peinture ne permet pas de voir les pieds de Persée, garnis, sans doute comme ceux de Mercure, de la chaussure aîlée, ni le monstre qu'il a vaincu. Sur le rivage est un objet peu visible, et que des cordons peuvent faire soupçonner pour être le sac où Persée portait la tête de Méduse, suivant Hésiode. (Scut. v. 220 et suiv.) Deux Nymphes assises sur un rocher, et dont l'une, couronnée de roseaux, se montre de profil, paraissent prendre intérêt à la scène.
SUJET PRINCIPAL.--Hauteur, 1 P. 1 p°. 8 lig.--Largeur, 1 P. 10 lig.
PLANCHE XX.
(XXI, t. IV de l'Edition royale.)
A l'ombre d'un grand arbre et sur un bloc de pierre, repose un jeune homme appuyé sur le bras gauche, et tenant le bras droit replié sur la tête; il porte une espèce de bonnet sans bord (pileus); la chlamyde rouge qui le laisse entièrement nu, les brodequins bleus qui forment sa chaussure, appartiennent à l'habit de chasse (Oppianus I, 109 et Nemesianus, Cyneg. v. 90); la lance et le chien vigilant désignent sur-tout un chasseur, et peuvent faire reconnaître dans celui-ci le bel Endymion endormi, comme on le voit dans le bas-relief du Capitole. Nous avons déjà parlé de ce célèbre favori de Sélène au n°. XXXIV de notre second volume.
La planche inférieure représente quelques vases d'airain; l'instrument dressé contre le petit autel, est le colum dont on se servait pour mêler la neige avec le vin.
SUJET PRINCIPAL--Hauteur, 1 P.--Largeur, 1 P. 1 p°. 8 lig.
PLANCHE XXI.
(XXIV, t. IV de l'Edition royale.)
Cette Danseuse paraît désignée, parle disque couleur d'argent qu'elle soutient de la main gauche, pour être une Cernophore. Le mouvement forcé de la jambe droite paraît convenir à la danse décrite par Pollux sous le nom de bibasis (IV, 102); c'était une danse lacédémonienne où l'on devait, dans des sauts vifs et pressés, battre du talon les formes que découvre notre Danseuse. C'est encore dans l'attitude où elle se présente, que le scoliaste d'Aristophane (in Vesp. 1483) peint une femme exécutant une autre sorte de danse, dite l'eclactisma; mais, dans cette danse, l'effort demandait plus de souplesse, le talon devait frapper l'épaule (Poll, ibid.) Notre personnage rappelle encore les courtisannes admises dans les fêtes voluptueuses; un voile léger et transparent, d'une couleur incertaine, entre le bleu et le blanc, retenu d'un côté sur son bras, de l'autre, soutenu par les doigts de sa main droite étendue avec grâce, cache à peine quelques-uns de ses charmes. Les plis qui refluent à l'extrémité de la draperie indiquent la vivacité du mouvement, et s'ils menacent de venir cacher quelques beautés, ce sera pour en découvrir de nouvelles. Cette peinture fut trouvée à Civita, en 1761.
Hauteur, 1 P. 10 p°. 6 lig.--Largeur, 1 P. 5 p°. 6 lig.
PLANCHE XXII.
(XXVIII, t. IV de l'Edition royale.)
Dans le volume précédent, nous avons eu occasion de parler de l'infortune d'Ariadne; cette peinture semble nous offrir son apothéose: «Montons ensemble au-ciel, dit Bacchus; tu partages ma couche, partage aussi mes titres; ne sois plus Ariadne; sois Libera». (OVID. Fast. III, 510.) C'est, en effet, sous ce nom qu'Ariadne était adorée chez les Romains; elle porte ici sur ses cheveux blonds une coiffe ou mitra relevée sur le devant en forme de diadême, qui se retrouve dans les médailles de Libera; parée de pendans en forme de poire, de bracelets et d'une chaîne d'or, une main unie à celle de Bacchus, un bras levé au-dessus de sa tête, elle soutient entre ses doigts la draperie dont les plis, vivement agités par l'air, forment une ceinture et un voile qui couvre la partie inférieure de son corps, ne laissant à découvert que ses pieds dont le cothurne ou la chaussure est blanche. Cette figure est d'une légèreté charmante et semble monter comme une vapeur. Celle de Bacchus paraît moins heureuse; les cheveux déliés et couronnés de lierre, il porte le thyrse sur l'épaule; une peau passe en écharpe sur sa poitrine; sa draperie ondoyante est d'une couleur changeante, entre le vert et le jaune; ses traits et ses regards expriment le contentement; ceux d'Ariadne, la crainte et l'émotion.
Cette peinture intéressante fut trouvée dans les fouilles de Gragnano, en 1761.
Hauteur, 1 P. 10 p°. 6 lig.--Largeur, 1 P. 5 p°. 6 lig.
PLANCHE XXIII.
(XXXI, t. IV de l'Edition royale.)
La planche qui précède celle-ci dans l'édition originale, représente deux personnages dans une attitude semblable à celle du jeune homme assis, et avec les mêmes attributs; on a cru les reconnaître tous les trois pour les Cabires. Ces Divinités, souvent confondues avec les Curètes et les Corybantes, ont une origine fort obscure; elles étaient sur-tout célèbres par les mystères de leur culte, et ces mystères paraissent avoir eu beaucoup de relation avec ceux de Cérès et de Bacchus. Bacchus lui-même ou Dionysus a été mis au nombre des Cabires. (Nonnus, Dionys. XIV, 19.) Plusieurs auteurs font les Cabires fils de Vulcain et de la nymphe Cabira; d'après cette origine, ils sont considérés comme les protecteurs des arts mécaniques; quelques Antiquaires leur donnent le marteau pour attribut distinctif; mais l'auteur cité nous offre un rapprochement avec notre peinture, en nous peignant un Cabire «élevant l'haste lemnienne (ou de Lemnos) fabriquée sur l'enclume de son père». (Non. XXIX.) Le bonnet, la lance et la nudité peuvent donc, d'après plusieurs autorités, faire reconnaître les Cabires: c'est ainsi que Fabretti les a désignées dans trois personnages de la colonne Trajane (Col. Traj. pag.75 et suiv.) Le disque ou l'écu (scutum) comme on le voit ici, convient encore à ces Divinités; ils s'en servaient dans leurs danses, selon le même Nonnus (Dionys. XIII.) Denis d'Halicarnasse leur attribue aussi l'invention d'une danse armée qui, comme la pyrrhique, s'exécutait avec la lance et le bouclier. Quoi qu'il en soit, ces Divinités, confondues aussi quelquefois avec les Pénates, dont Enée introduisit le culte en Italie, étaient encore honorées comme protectrices de la maison; c'est peut-être ce que désigne ici l'attitude de la figure assise dans un repos parfait sur le socle ou soubassement d'un édifice. Cette peinture et les deux semblables furent trouvées ensemble à Gragnano, avec la figure de femme comprise dans cette même planche: la similitude de la pose pourrait faire soupçonner qu'elle a quelque rapport avec les autres. La couronne de lierre ou d'autres feuilles; le tympanum avec une image sacrée, désignent particulièrement une Bacchante ou une initiée; mais le rapport des Corybantes et des Cabires avec Bacchus, ainsi que nous l'avons observé; la confusion de leurs mystères et de ceux de Cybèle, leur patronne, avec les orgies dionysiaques, peuvent donner raison de cette réunion.
CHAQUE SUJET.--Hauteur, 1 P. 10 p°. 4 lig.--Largeur, 1 P. 2 p°. 6 lig.
PLANCHE XXIV.
(XXXII, t. IV de l'Edition royale.)
Une Bacchante semble se défendre, dans cette peinture, contre la violence d'un jeune homme; c'est ainsi qu'Euripide peint les Bacchantes, armées du thyrse, frappant ceux qui voulaient les saisir pour les conduire à Penthée. (Bacch. v. 761.) Le même poète nous apprend qu'au milieu de l'agitation et de la fureur des orgies, elles savaient conserver leur honneur. Dans leur origine, sans doute, les mystères avaient quelque chose d'assez auguste pour contenir la frénésie dans les bornes de la pudeur; mais la licence est la fille de l'ivresse, et la religion servit bientôt de voile à la dissolution la plus effrénée. Lycophron désigne une femme perdue sous le nom de Bassaras une Bacchante. (V. 143, 711 et 1393). Les orgies interdites à Rome par un décret du Sénat, et célébrées avec tant d'impudeur sous les Empereurs, témoignent peu en faveur de la retenue des initiées. Cette Bacchante rappelle, par son mouvement et par le jeu de sa draperie, la Danseuse du n°. XXI. L'action du jeune homme indique aussi la danse, et l'on peut voir, dans ce groupe, une action simulée par des personnages bachiques. Cette peinture sur un fond jaune, trouvée dans les fouilles de Civita, a souffert quelque altération; elle est d'un très-bon coloris; la Bacchante est peinte sur-tout avec beaucoup de délicatesse.
Dans le second tableau (pl. IV, t. IV de l'édit. roy.) on voit une joueuse de cithare, peinte capricieusement sur un fond obscur; sa draperie légère, d'une couleur changeante, entre le vert et le rouge, voltige agitée par l'air; à demi-nue, les cheveux épars et couronnés de lierre, elle touche avec délicatesse les cordes de l'instrument, et rappelle, suivant des observations précédentes, les courtisannes admises dans les fêtes.
1er SUJET.--Hauteur, 1 P. 3 p°. 9 lig.--Larg. 1 P. 4 p°. 4 lig. 2e SUJET.--Hauteur, 6 p°. 7 lig.--Larg. 1 P. 4 p°. 4 lig.
PLANCHE XXV.
(XXXIII, t. IV de l'Edition royale.)_
L'habillement et les masques désignent ces trois figures pour des personnages comiques. Pline fait mention d'un peintre qui se rendait célèbre par des tableaux de ce genre, Caladès ou Calacès. Dans cette scène, on voit un esclave ou valet faisant un geste injurieux à deux femmes; son vêtement désigne sa condition et son caractère; il est composé d'un manteau jaune, d'un habit court de même couleur, avec des rayes blanches en travers, et d'un petit corset blanc (somation) que Pollux donne aux histrions (II, 235). Le geste de ce valet désignait, chez les Romains et chez les Grecs, le même genre de moquerie qu'il exprime parmi nous. Des deux femmes, la plus jeune, celle qui se cache une partie de la figure avec la main, porte une tunique bleue et un manteau blanc. L'autre femme, qui fait un rôle de nourrice et peut-être un rôle moins honnête, porte une pièce blanche sur la poitrine; la coiffe et le reste de l'habillement est rouge, couleur appartenant, selon Pollux (IV, 120) à une profession qu'on ne peut mieux désigner qu'en taisant son nom. Les trois masques de la frise sont des masques tragiques; celui du milieu, orné de pendans, et colorié avec délicatesse, paraît destiné à un rôle de femme.
SUJET PRINCIPAL.--Hauteur, 1 P. 4 p°. 4 lig.--Largeur, 1 P. 3 p°. 4 lig.
PLANCHE XXVI.
(XXXIV, t. IV de l'Edition royale.)
Cette peinture, trouvée avec la précédente dans les fouilles de Portici, représente, comme elle, une scène comique. Le personnage debout, appuyé sur son bâton, porte le masque peu gracieux, décrit par Pollux sous le nom de Sphenopogon; chauve, le sourcil élevé et la barbe en touffe pointue, il est vêtu de blanc, costume affecté aux vieillards de la comédie, suivant un usage très-antique: la manche, qui paraît appartenir à l'habit de dessous, est jaune; cette même teinte se remarque sur les jambes, mais on peut croire que c'est l'effet de l'altération de la couleur. On ne sait pas que les anciens aient connu l'usage d'une chaussure étroite, telle que sont nos bas; on sait seulement que les gens infirmes et délicats y suppléaient par des bandes spirales dont on ne voit ici aucune trace. On voit d'ailleurs que le vieillard a les pieds nus, renfermés dans des sandales. Des autres personnages, tous deux assis, l'un joue des deux flûtes; couronné de feuillage, il porte le riche habit qui paraît commun aux Tibicines et aux Citharèdes; la tunique de dessous est jaune, à en juger par les manches; le manteau ou la palla est rouge; on y remarque une longue pièce rapportée, couleur de pourpre et brochée d'or; cette pièce est ce que les anciens appelaient clavus et patagium, ornement le plus recherché des tuniques, et en usage dans les habits de théâtre. L'autre personnage, dont le masque très-chargé exprime le rire, vêtu de blanc comme l'histrion du tableau précédent, paraît chanter avec l'accompagnement; la couronne qu'il porte favorise encore cette conjecture. On distingue mal l'objet qui est à ses pieds. L'intention générale du tableau peut se rapporter à l'intermède dans lequel le joueur de flûte venait amuser les spectateurs pour remplir le vide de la scène; d'autres ont cru y voir le retour imprévu du maître qui surprend ses serviteurs à se divertir: mais le riche habit du joueur de flûte paraît s'opposer à cette explication.
La frise contient quatre masques; les deux premiers sont tragiques; le troisième est comique, et le quatrième, bien qu'il exprime les pleurs, nous paraît appartenir au même genre.
Hauteur, 1 P. 3 p°. 4 lig.--Largeur, 1 P. 3 p°. 4 lig.
PLANCHE XXVII.
(XXXIX, t. IV de l'Edition royale.)
Le fond de ce tableau, très-altéré, semble représenter la partie du théâtre où s'exerçaient les acteurs, appelée choragium. L'homme assis sur un siége recouvert d'une draperie rouge, bordée de bleu, paraît absorbé dans une profonde méditation. Une tunique à manches courtes, de couleur grise, et un pallium jaune, forment son vêtement. On peut reconnaître en lui le poète ou le directeur de la scène; le personnage qui est entièrement effacé, vient poser près de lui une petite armoire ouverte, à deux battans, et au fond de laquelle on remarque le dessin d'une petite figure; cette armoire rappelle celle qu'on avait coutume d'exposer à l'entrée du théâtre en guise d'annonce, où était représentée la figure du principal acteur, qui donnait son nom la pièce. La femme assise, dont la tête manque aussi, est élégamment drapée d'une tunique bleue et d'un voile rouge; elle tient sur ses genoux un masque comique, et présente à sa compagne un petit rouleau ou volume qui peut être le rôle qu'elle doit remplir.
Hauteur, 1 P. 9 p°.--Larg. 1 P. 7 p°. 6 lig.
PLANCHE XXVIII.
(XL, t. IV de l'Edition royale.)
Ce fragment nous offre encore un sujet scénique. Un jeune homme debout, à demi-vêtu d'une draperie d'un blanc sale, porte un masque tragique, remarquable par une longue chevelure et l'élévation du front. Un autre personnage d'un âge moyen, négligemment drapé d'un manteau d'une couleur jaunâtre, est assis devant lui, et considère le masque avec une attention qui se peint également sur son visage et dans son attitude. On voit près de lui une espèce de chevalet, destiné, sans doute, à poser l'attirail du costume théâtral: il est probable que ce tableau représente des acteurs se préparant paraître sur la scène. La rudesse de leurs traits et la pauvreté de leur costume, rappellent ces histrions que Lucien nous dépeint, reprenant leurs viles dépouilles, après avoir brillé dans la pourpre royale et les riches vêtemens de Priam ou d'Agamemnon.
Hauteur, 1 P. 3 p°. 10 lig.--Larg. 10 p°. 7 lig.
PLANCHE XXIX.
(XLI, t. IV de l'Edition royale.)
Cette peinture, trouvée à Portici en 1761, est une des plus belles de la collection, et se fait remarquer par l'esprit et la sagesse de la composition, par la finesse du coloris, et sur-tout par l'heureux agencement des draperies. On a cru y voir un poète dictant son poëme à la Muse même de la tragédie, l'un des trois princes de la scène tragique, Eschyle, Sophocle ou Euripide. Les portraits antiques de ces deux derniers n'offraient aucune ressemblance avec le personnage du tableau; celui d'Eschyle, qui n'est pas assez connu, n'éloignait aucune application, et l'on s'était arrêté à l'idée que ce poète, qui éleva la tragédie à un grand degré de perfection, était ici l'objet d'une allégorie ingénieuse: cependant Eschyle, suivant le costume de son pays et de son siècle, aurait dû porter la barbe; d'un autre côté, il est bien plus simple de reconnaître, dans ce tableau, un sujet tout-à-fait du même genre que les précédens. La figure assise, le sceptre d'argent à fleuron d'or dans sa main droite, l'épée revêtue du fourreau dans sa gauche, ne sera qu'un acteur remplissant le rôle d'un roi. Une femme est près de lui; un genou en terre et l'autre élevé, elle trace des caractères sur une tablette dressée devant elle; sa tunique, retenue par une ceinture, laisse à découvert son épaule et son bras; ses cheveux sont relevés avec art sur le sommet de la tête; au-dessus de la tablette est un masque tragique: cette femme appartenant à la scène, est, à ce qui paraît probable, dans l'action d'écrire le titre de la tragédie qu'on va jouer, pour l'afficher à la porte du théâtre. Derrière elle est un jeune homme prêtant attention, et qui peut désigner un acteur secondaire, ou l'un des personnages composant la tragédie.
Hauteur, 1 P. 3 p°..--Largeur, 1 P. 1 p°. 3 lig.
PLANCHE XXX.
(XLII, t. IV de l'Edition royale.)
Il est à regretter que cette peinture ait subi une grande altération; trouvée avec la précédente, elle en fait le pendant, et se fait remarquer par une touche délicate et un fini précieux. Le sujet est un concert, ou plutôt la répétition d'un concert qui se fait dans le Choragium. Cette explication se rapproche de celle des tableaux précédens; les personnages sont couronnés de fleurs et richement vêtus. La joueuse de cithare debout a son instrument attaché au bras avec un ruban, en sorte que le mouvement de ses deux mains est libre; elle touche les cordes avec beaucoup de grâce, et de l'archet et des doigts; le joueur de flûte a les joues resserrées par la bandelette, dite capistrum; on voit, sur le devant de sa tunique, cette même pièce de pourpre chamarée d'or, que nous avons remarquée dans la planche XXVI; le mouvement de ses pieds indique qu'ils marquent la mesure. Sur un siége, garni d'un riche coussin, est assise une belle femme, un genou passé sur l'autre, à demi-penchée, tenant un volume ouvert, où quelques lignes obscures indiquent des paroles ou des signes représentant les notes du chant; drapée avec élégance, son épaule reste à nu, ainsi que son bras; le double bracelet, les pendans d'oreille et la chaîne à fibules qui descend sur sa poitrine, sont d'or. Les deux figures d'hommes qu'on voit debout derrière elle, paraissent, par leurs couronnes de lierre, devoir faire partie du chur, et prendre leur part au concert.
Hauteur, 1 P. 3 p°.--Largeur, 1 P. 9 lig.
PLANCHE XXXI.
(XLIII, t. IV de l'Edition royale.)
Des femmes occupées à leur toilette font le sujet de cet agréable tableau. Sachons gré au désir de plaire du soin de la parure; parmi nous et chez les anciens Romains, une aimable émulation a seule été l'aliment du goût; les Grecs ombrageux à l'excès, sur ces matières délicates, avaient des inspecteurs chargés de veiller, dans toutes les réunions, à la décence et à l'élégance des costumes; mais sans doute les Gynéconomes ces agréables magistrats, avaient rarement occasion d'exercer leur censure. Le goût fixa ses modèles sous leur heureuse administration. La mode puise encore dans ce trésor intarissable; inconstante, légère, artificieuse, elle étale à nos yeux les richesses de l'antiquité, et, tous les jours rajeunie, nous paraît fraîche et nouvelle. Sur une table de forme élégante, repose un objet à demi-effacé, qui paraît être cette cassette précieuse renfermant tout l'arsenal féminin (mundus muliebris). Quelle autre qu'une initiée pourrait nombrer tous ces instrumens qui, sous des noms différens, servaient à l'art de la coiffure, et ces charmes auxiliaires qui variaient, au gré des amans, les couleurs d'une belle, ou le trompaient pour lui plaire! L'adroite esclave qui possédait les secrets de cet art, était la Cosmetis. Celle qui savait rendre les cheveux dociles, en faisant éclater en rosée quelques gouttes d'eau, était la Psecas. La suivante qui coiffe la jeune fille, paraît mériter ce nom; celle-ci est richement vêtue; sous son manteau bleu-céleste, passe une tunique couleur de laque, ornée d'une large broderie; ces garnitures étaient appelées acupict, peintes à l'aiguille; leur usage, comme nous l'avons déjà observé, semble être venu de la Phrygie. La belle femme assise avec gravité sur un siége magnifique, est parée avec beaucoup d'élégance; son voile qui descend de la tête, et qu'elle soutient entre ses doigts, est d'une couleur dorée. Son premier habit est d'un tissu blanc, dont la transparence laisse briller sa carnation délicate; son manteau est couleur de laque; d'un bras elle retient contre son sein une jeune fille, dont la draperie élégante est blanche et jaune. C'est sans doute une mère avec ses deux enfans: la noblesse d'un côté; de l'autre, la grâce et l'ingénuité désignent des personnages de distinction dans l'intérieur de leur palais.
Hauteur, 1 P. 2 p°. 3 lig.--Largeur, 1 P. 1 p°. 2 lig.
PLANCHE XXXII.
(XLIV, t. IV de l'Edition royale).
Le sujet de cette peinture est très-obscur, et son état de dégradation nous prive peut-être encore de quelques éclaircissemens. Un jeune homme nu, dont un bout de draperie indique la chlamyde héroïque, s'appuie sur un long bâton dans l'attitude d'un homme qui vient d'arriver et qui porte la parole. Il a pour chaussure des semelles lacées avec des cordons; la tête et l'épaule droite sont effacées. Un héros assis sur un trône, entièrement nu, une épée près de lui, l'écoute avec attention. Sur le côté et dans un plan séparé, on aperçoit la partie inférieure d'un cheval; le reste est dégradé. Le sujet du tableau paraît être un message qui a rapport l'histoire héroïque, et rappelle ou la députation des Etoliens à Méléagre, ou les supplications de Patrocle, engageant Achille à reprendre les armes, ou le message relatif à l'entrevue d'Etéocle et de Polynice, sans arguer, en faveur de cette opinion, du Sphinx qui sert d'ornement au trône, rapprochement beaucoup trop recherché pour en faire ici l'application. On sait que ces monstres de la fable étaient le soutien le plus ordinaire des bras de siéges; et celui qui paraît dans ce tableau, n'ayant pas la figure humaine, doit être envisagé plutôt comme un griffon ou comme une chimère, que comme un Sphinx.
Hauteur, 1 P. 2 p°. 3 lig.--Largeur, 1 P. 1 p°. 2 lig.
PLANCHE XXXIII.
(XLV, t. IV l'Edition royale.)
Ces trois bandes ou frises peintes sur un fond noir, faisaient partie d'une décoration d'architecture trouvée à Civita. Le culte de Bacchus, de Cérès et des autres Divinités subalternes, présidant aux travaux rustiques et à la reproduction constante de la nature, avaient, dans la religion des anciens, des rapports qui, souvent, en faisaient confondre les mystères et les cérémonies. C'est ce qu'on peut remarquer particulièrement dans la suite curieuse de figures que nous avons sous les yeux. Le principal caractère qu'on y saisit, est celui des processions bachiques et des fêtes dionysiaques. Les bornes, les colonnes, les Hermès ou Priapes placés de distance en distance, sont les emblêmes des campagnes et des jardins où l'on faisait des processions à certains jours de l'année; c'est aussi l'indication des stations religieuses et la représentation des Divinités, qui, sous différens noms, présidaient aux chemins (Dii viales). L'antique Hermès ou Mercure avait les mêmes attributs que Priape; on l'adorait comme Dieu de la génération sous le même emblême. (PAUSAN. VI, 26. ARTEMIDORE, I, XLVII.) Bacchus recevait les mêmes honneurs. Dans une médaille de Béger, on voit un Bacchus avec un Cippe, où est sculpté le signe ithyphallique; on en portait la représentation dans les pompes du Dieu, et elle tenait la principale place dans la ciste mystique. Dans notre peinture, on remarque d'abord un pasteur, indiqué par le pedum, traînant un bouc à l'autel par les cornes, suivant la description de Virgile (Georg. II, 395); vient une femme en habit talaire portant une corbeille; un autre personnage est assis, couronné et tenant un thyrse; près d'une colonne, une femme debout et inclinée, prête attention à une prêtresse richement drapée, assise par terre et récitant une prière dans le rituel sacré; ensuite est un personnage avec le thyrse, un enfant tenant un vase et un plateau où l'on peut supposer des fruits; au milieu de ces figures, l'Hermès, objet du culte. Dans la seconde bande, un autre Hermès ou Priape, avec le roseau et un bonnet à deux pointes, paraît l'objet de la cérémonie; une vieille femme assise tient une branche; une jeune debout, un flabellum; d'autres figures portent le thyrse, un vase et une offrande. Le but de la cérémonie est plus déterminé dans la troisième frise; l'arbre, la colonne, la table de pierre, indiquent l'autel principal de la campagne; un prêtre majestueux, couronné du lierre avec ses corymbes, fait une libation. Le bouc est traîné à l'autel; deux canephores, une joueuse de flûte, une prêtresse tenant un roseau, avec une verge entourée d'un serpent, complètent la solemnité.
CHAQUE FRISE: Hauteur, 4 p.º 7 lig.--Largeur, 2 P. 9 p.º
PLANCHE XXXIV.
(LII, t. IV de l'Edition royale.)
Ce tableau, d'un goût fantasque, faisait encore partie d'une décoration. La scène paraît se passer devant une grotte et sur une rive favorable aux plaisirs du bain. Une grande voile suspendue à l'arbre qui s'élance du sommet d'un rocher, offre un abri contre les rayons du soleil. Des guirlandes de feuillage décorent la voûte, où l'on voit plusieurs statues, de grandeur inégale, posant sur des tables et sur des soutiens d'une autre espèce. Ce sont probablement les statues des divinités locales de ce rivage; leurs symboles se rapportent à cette explication: l'une d'elles a une corbeille et un bâton recourbé; un peu plus loin, on voit un pedum et un thyrse; les bandelettes qui décorent l'arbre desséché et les deux colonnes, témoignent la piété des habitans. Le sujet principal du tableau paraît être la nymphe ou la jeune fille surprise par une Divinité champêtre. Son attitude exprime la pudeur et son embarras; à demi-nue, elle retient ses vêtemens sur ses genoux. Le Dieu, caractérisé par la couronne de roseaux, le pedum et une peau de panthère, semble la supplier: on peut le considérer avec ces attributs, comme le Dieu du fleuve, ou plutôt comme un Sylvan, divinité rustique de la contrée.
Hauteur, 7 p.º--Largeur, 9 p°.
PLANCHE XXXV.
(LV, t. IV de l'Edition royale.)
Ces petites figures gracieuses, renfermées dans leurs câdres par compartimens et d'autres semblables, décoraient les parois d'une salle découverte dans les fouilles de Gragnano, en 1759. Leur disposition et les ornemens accessoires imitaient l'ensemble d'un pavé en mosaïque; cet art précieux qui, peut-être, a précédé la peinture, lui a souvent fourni des modèles: on peut en juger par le rapport qu'on trouve entre les ouvrages en mosaïques et des peintures du genre de la décoration. C'est ainsi qu'une mosaïque, d'une délicatesse exquise, conservée au Musée royal de Portici, s'est trouvée répétée dans une peinture qui en offre la copie exacte. Les enfans aîlés et les nymphes qu'on voit ici, disposés alternativement, et qui font le sujet de la plupart des mosaïques, dans les tombeaux, les thermes, les salles triclinaires et les basiliques, peuvent être considérés comme les génies des Divinités qui s'intéressent à l'existence des mortels. Le plus souvent ces génies font allusion aux mystères de Bacchus, au culte de Vénus, et à la recherche de toutes sortes de voluptés. Ici, l'un des enfans tient un sceptre, ou peut-être le fût d'un flambeau; un autre une lyre; le troisième paraît figurer une danse. La première nymphe tient l'oiseau de Junon; la seconde un écrin ouvert, et la dernière une sorte de feuille servant d'aspersoir ou d'éventail.
Hauteur, 1 P. 6 p°. 10 lig.--Largeur, 2 P. 3 p°. 6 lig.
PLANCHE XXXVI.
(LXI, t. IV de l'Edition royale.)
Cette peinture, très-altérée, nous offre une scène semblable à celle d'Andromède, délivrée par Persée (voy. planche XIX de ce volume); mais les caractères du Héros libérateur paraissent mieux convenir à Hercule délivrant Hésione, la fille du parjure Laomédon. Les rochers escarpés, les arbres dépouillés rendent le rivage affreux; la princesse est attachée les bras étendus; son libérateur s'avance dans les flots, prêt à frapper le monstre de sa massue. Cette femme qui s'enfuit, est sans doute l'une des compagnes de la belle Troyenne, effrayée l'aspect du monstre suscité par Neptune; peu rassurée dans sa terreur par le secours du Héros, elle jette sur son amie un regard douloureux comme un dernier adieu.
Hauteur, 11 p°. 4 lig.--Largeur, 1 P. 2 p°. 4 lig.
PLANCHE XXXVII.
(LXII, t. IV de l'Edition royale.)
Le tableau précédent a paru nous offrir l'aventure d'Hésione; celui-ci appartient à la même histoire. Il représente ce qui s'était passé auparavant, et il nous retrace le péril de la princesse, comme l'autre nous en a montré la délivrance. Le fond de la scène représente les murs de Troie; derrière s'élève le mont Ida. La princesse nue est conduite à la mer par une matrone, sa mère ou sa nourrice. Hercule, armé de sa massue, lui promet son secours. Télamon, compagnon du Héros dans cette entreprise, s'avance chargé d'un bloc énorme, prêt à écraser le monstre qui paraît sur les flots. Le paysage est peint avec vérité; les figures, d'un coloris incertain, ne paraissent qu'ébauchées.
Hauteur, 11 p°.--Largeur, 10 p°. 8 lig.
PLANCHE XXXVIII.
(LXIII, t. IV de l'Edition royale.)